La fin de la mode "à usage unique" : vers une libération de soi.



Hello mes chatons,

Il y a quelques jours sur Instagram je vous parlais de cette dictature de l'usage unique dans la mode qui m'attira beaucoup de misère personnelle. Cela a fait pas mal écho avec votre propre vécu et j'ai eu envie de m'étendre un peu plus à ce sujet ici, sur le blog.

Il y a 8 ans environ j'ai ouvert mon blog (eh oui, déjà !!), pour entre autres peupler ma vie solitaire d'étudiante en Allemagne, alors que je vivais dans une petite ville et que, sauvage comme je l'ai toujours été, je n'avais pratiquement personne à qui parler. Au début je faisais beaucoup de nail art (qui s'en rappelle ? hahaha !), j'ai toujours les articles sur ce sujet, vous pouvez les consulter dans mes archives. Mais peu à peu j'ai pris goût à prendre en photos mes tenues, ou plutôt à martyriser mon copain pour qu'il le fasse, et au début il traînait la patte ! (ça a bien changé depuis)

Cependant voilà, j'étais étudiante, et donc je n'avais pas une garde robe de folie, et surtout je pense que mon principal problème était que je n'arrivais pas à connaître mon style donc j'achetais des trucs qui ne me convenaient pas forcément ou qui n'allait avec rien dans ma garde-robe. Au final, je mettais souvent les mêmes vêtements pour mes photos, des vêtements dans lesquels je me sentais jolie et bien, et puis de toute façon dès le début je prenais plus de plaisir à composer la photo et créer un univers qu'exposer à la face du monde l'étendue de mes possessions matérielles.

La blessure de l'égo


On le sait, s'exposer sur internet amène nécessairement (hélas), son lot de mauvaises langues et de méchantes personnes, décidant que puisque vous avez le culot de vous afficher aux yeux de tous-tes, cela veut dire que vous méritez quelques pointes bien tournées en plein dans la tronche. Je n'ai pas manqué à la règle, et quelques personnes vraiment désagréables se sont foutu de moi, sur internet, et pire encore, dans la vraie vie. "Mais tu vas changer de vêtements quand même de temps en temps ?" "encore cette jupe, mais tu n'as que ça à te mettre ?" "c'est répétitif, change tes fringues" "tu les laves tes vêtements ou quoi ?". Ajoutez à cela mon ego très fragile de l'époque, mon désir stupide de vouloir à tout prix plaire à tout le monde, et mon hypersensibilité : ces remarques m'ont énormément blessée.

Blessée à tel point, que j'ai eu depuis la peur angoissée de porter plusieurs fois le même vêtement et que les gens s'en rendent compte et se moquent de moi. (là vous ne le voyez pas mais en écrivant je lève les yeux au ciel d'exaspération). En fait je n'avais pas compris que de toute façon, ceux-elles qui veulent vomir leur méchanceté trouveront n'importe quel prétexte pour le faire. Que ce soit la façon dont on écrit, la façon dont on s'habille, le lieu où on vit ou bien les choix que l'on fait, une personne mauvaise trouvera n'importe quelle occasion pour cracher son venin. J'aurai vraiment dû ne pas faire attention à ces remarques, et continuer à tracer mon chemin.

Mais ce ne fut pas le cas. J'ai vraiment été très blessée par ces remarques. Alors du coup, c'est devenu presque obsessionnel : porter les mêmes vêtements était honteux, j'allais me faire détester, personne ne voudrait de moi. Et même dans la "vraie" vie : je ne portais jamais les mêmes choses deux jours de suite. Même trois jours de suite. Cela me rendait malade. Si quelqu'un souriait, j'avais l'impression qu'on se foutait de moi. Je ne rigole pas, j'étais vraiment obsédée par le fait d'être ridicule et d'être la risée du monde.

La mode à usage unique, symbole d'un Occident inconscient et immoral


Bon alors, je vous rassure, si je vous écris tout ça aujourd'hui c'est parce que tout ça c'est fini (ou presque, les peurs comme ça restent toujours un peu dans l'ombre). D'une part, j'ai compris que je n'étais pas le centre du monde et que les 3/4 du temps personne n'en a rien à faire de moi, et que même si c'était le cas, en fait je m'en fous un peu de l'avis des autres sur mon apparence physique. Et d'autre part, il faut apprendre à vivre en encaissant ce type de méchanceté, car elle arrivera toujours, c'est à nous de ne pas nous laisser déstabiliser pour si peu.

Et d'ailleurs, je trouve cette pression tacite sur les blogueuses/créatrices de contenu (non, je ne dirai pas infl*enceuse, j'exècre ce mot comme j'exècre les poivrons) complètement stupide. Il n'y a rien de honteux à mettre plusieurs fois le même vêtement. En fait c'est même NORMAL. Sérieusement, qui a les moyens de s'acheter des vêtements neufs toutes les semaines ? Et qui a la place pour les stocker ensuite ? Et attendez, ne me lancez pas sur l'impact que ça a sur l'environnement... Tout ce gaspillage, tous ces vêtements portés une fois puis jetés dans l'oubli, la plupart du temps c'est de la fast fashion, et donc fabriquée à la sueur de l'exploitation de personnes qui ont juste eu la malchance de naître dans un pays moins riche que le nôtre... le sang et l'esclavagisme moderne valent-ils donc la peine d'exister uniquement pour satisfaire l'égo de quelques Occidentaux qui s'emmerdent ?

Pardonnez ma véhémence, mais des fois j'aimerais retourner dans le temps, foutre une grosse baffe à mon moi de 20 ans, et lui dire de ne plus jamais me laisser influencer par ces principes immoraux et honteux.

Quand j'y repense, en fait ce que ce genre de réflexion bête et méchante met en exergue un lourd problème que nous avons par rapport aux objets, et parmi eux, nos vêtements. Nous sommes trop habitué-e-s à être entouré-e-s de choses jetables, destinées à ne vivre que quelques mois, au mieux quelques années, pour devenir obsolètes et devoir être mis à la poubelle. Il en est que au lieu d'apprécier de voir la même chose plusieurs fois mais sous différents aspects, nous sommes entraîné-e-s à penser que c'est honteux, parce que ça ennuie. Mais nous devrions plutôt avoir honte de nous sentir ennuyé-e-s par aussi peu ! Au final, je mets le blâme plus sur la pression qui pèse sur chacun-e de nous à paraître toujours frais et neufs, que sur les gens eux-mêmes. Il faut dire qu'on nous martèle sans cesse que le nouveau c'est mieux que l'ancien, que quand on se sent triste ou déprimé-e alors la solution se trouve dans l'achat de quelque chose de nouveau... On comble un vide existentiel avec des choses qui sont voué-es à la destruction. Vous la voyez l'ironie ?

La pression est encore plus grande quand on tient un blog ou un compte Instagram, où l'on se montre volontairement avec ses vêtements. Les gens veulent être excités, intrigués, ou du moins c'est ce qu'il faut chercher comme impression pour se démarquer parmi les milliards de photos publiées chaque jour sur les réseaux sociaux. Quoi de mieux que de toujours stimuler l'envie, l'admiration et l'enthousiasme qu'une garde robe sans cesse agrandie de nouveautés ?

La misère existentielle


Pour moi, ce qui m'a secouée ce fut de me rendre compte que je remplissais ma propre crainte et insécurité de ne pas être aimée de tous et toutes, par des objets. Et j'ai eu un dégoût de moi-même. Quoi, je voulais donc susciter envie pour penser être digne d'admiration ? Et pourquoi chercher l'admiration, un blog n'est-il pas fait d'abord pour partager des choses, avec simplicité et honnêteté ?
Il y a malheureusement un problème qui apparaît quand on décide de se montrer aux autres, celui de plus paraître qu'être. On a envie, besoin de la validation des autres, mais aussi de se montrer comme "mieux", et dans notre monde où la richesse se mesure plus par la quantité de choses que par la sensibilité morale, on est vite tentées d'acheter, d'avoir, de plus en plus, sans jamais s'arrêter.

J'ai eu alors beaucoup de tristesse de devoir reconnaître toutes ces émotions négatives que cette pression du neuf m'avait mis dans le coeur. Ce n'était pas moi. Et puis au final, il vaut mieux être apprécié-e de moins mais pour qui on est vraiment, pas pour ce que l'on prétend être ni pour ce que l'on possède matériellement. Comme je vous le disais, c'est une fois que j'ai compris que quoique je fasse, il y aura toujours quelqu'un pour me détester (et c'est réciproque d'ailleurs, je ne prétends pas aimer la Terre entière 😂), que ça m'a vraiment libérée. Quitte à être détestée, qu'au moins je m'éclate et que je me fasse plaisir, à moi, avant tout.

Et je suis convaincue que se faire plaisir à soi, c'est montrer du respect envers ce que l'on possède. Accorder plus d'attention à ce qui nous entoure. Eprouver de la reconnaissance pour tous ces objets qui peuplent notre quotidien et qui nous aident à vivre. Remercier son ordinateur de me permettre de créer des photos, d'écrire et de communiquer avec des gens du monde entier. Remercie ma tasse de thé de me permettre d'avoir un moment de paix le matin au réveil. Remercier toutes ces choses que nous prenons pour acquises et évidentes, mais dont nous refusons d'en admettre la nécessité. Oui, bien sûr, on peut toujours avoir "mieux". Mais mieux dans quel sens ? Ma tasse de thé aura toujours la même fonction. Mon ordinateur, tant qu'il supporte mes logiciels de retouche photo, est ce que je peux avoir de mieux par rapport à mes moyens et à mes besoins.

Il en va de même avec nos vêtements. Ils sont là pour nous vêtir, pour nous réconforter, ou pour nous donner la force d'affronter le quotidien. En avoir 20 fois plus ne signifie pas qu'ils seront 20 plus utiles. Apprécier et mettre ce que l'on a déjà, c'est accorder du sens à ce que nous avons, et par là, accorder du sens à notre vie.



Vers un remède ?


Vous le savez, depuis plusieurs mois je vous parle souvent du minimalisme. A vrai dire, ce mouvement de pensée a beaucoup résonné en moi. D'abord parce qu'être minimaliste ne veut pas forcément dire vivre avec 10 objets et dormir sur le sol, mais d'enfin accorder du sens et de la nécessité à tout ce que l'on possède. Il met le doigt sur un paradoxe qui à mon sens est un des facteurs de la misère émotionnelle de notre monde : on méprise les objets, on critique les gens "matérialistes", mais d'un autre côté on juge ridicules les gens qui aiment les choses qu'ils possèdent, qui les respectent et leur accorde une vie propre. Pourtant, je suis convaincue que plus nous utilisons les choses, plus elles se remplissent de vie. 

Dans nos placards, nous avons beaucoup de cadavres. Des vêtements morts, souvent avec encore l'étiquette dessus. Des morts-nés. Des coquilles vides, comme nos désirs creux qui nous poussent à combler notre vie creuse en accumulant des choses contingentes. En se débarrassant de toutes ces choses mortes, nous nous accordons le droit de vivre librement. Que notre vie ne soit plus déterminée par la possession pour la possession, mais pour avoir des choses avec du sens. Accorder du sens à tout ce qui nous entoure, c'est pour moi salvateur. Sinon, je me sens écrasée par la contingence de ma propre existence. Alors oui, on pourra dire que c'est un truc de bobo qui s'emmerde. Je ne suis pas d'accord, car malheureusement le fait de s'entourer de merdes inertes n'est pas propre à une catégorie sociale. Et que nous sommes tous-tes dans la capacité de redonner du sens à ce qui nous entoure. Pas besoin d'avoir un doctorat de philosophie pour le faire.  

Enfin, je suis convaincue que c'est une fois qu'on se demande le sens que nous accordons aux choses, qu'on arrive à déterminer le sens qu'on veut donner à notre vie. Il y a un lien de réciprocité entre ce que nous utilisons, qui nous permet de réaliser des actions, et ce vers quoi nous voudrions que nos actions nous mènent. En effet, à quoi sert une pioche si on ne cultive pas son jardin ? C'est pourquoi je pense qu'il est temps d'arrêter le discours hypocrite sur le mépris des biens matériels, et leur accorder la place qu'ils méritent, celle de compagnons de vie. 
Certaines personnes ont besoin de peu, d'autres de plus, cela n'est pas important tant que nous donnons du sens aux choses, et que nous sommes donc actifs dans notre lien avec les choses. Assez de passivité, de subir autant la société de consommation, la pression sociale, que le poids de notre propre misère existentielle. Nous avons chacun-e, en nous, la possibilité de redonner du sens à notre vie. Et cela passe aussi par une réévaluation de notre rapport aux choses qui remplissent notre lieu d'habitation. 



Conclusion


Au fond, pas besoin d'étiquette : "minimaliste", "maximaliste"... tout cela n'a pas d'importance. Ce qui est important, et même urgent, c'est de remettre en question son rapport aux objets, et d'accepter par là de faire face à soi-même. Avoir le courage de s'affronter, et de comprendre ce qui nous pousse à acheter.
Pour vous donner un dernier exemple, j'ai remarqué que j'avais des "crises" d'achats quand je faisais des angoisses existentielles. J'ai besoin de me rassurer en achetant des choses, comme si elles étaient une ancre dans le monde. Par leur biais, j'arrive à trouver ma propre place, et l'instabilité de mon existence arrive à se reposer un peu au travers d'objets qui eux, ne sont pas soumis aux mêmes épreuves de la destruction que je le suis (puisqu'un vêtement bien entretenu et de bonne qualité survit toujours à son/sa propriétaire). C'est en prenant conscience de cela que j'ai aussi appris à accepter cette angoisse. En ce qui concerne mon blog, chaque jour j'apprends à me défaire de cette pression à toujours montrer de nouveaux vêtements. Je prends cela comme le défi de justement arriver à porter de façon différente les mêmes vêtements. Cela m'a permis par exemple de mieux définir mon style. Si avant je papillonnais entre plusieurs influences qui n'avaient rien à voir les unes avec les autres, aujourd'hui j'apprends à être plus sélective et à m'en tenir à des règles absolues pour m'aider à ne pas m'éparpiller. Je me sens mieux, plus sereine, et j'aime absolument chaque pièce dans mon dressing.

Adieu, mode à usage unique, adieu désir de paraître, d'engendrer envie, possession, désir... bienvenue, exigence, quête de soi, et recherche de l'authenticité, dans les rapports aux autres, aux choses, et avec soi-même.



Commentaires

  1. Coucou ma belle,
    Tu as parfaitement raison, il faut savoir se détacher de l'aspect matériel des choses.
    La multi possession ne rend pas plus heureux.
    Moi aussi j'en ai subi des critiques, surtout que je prône la seconde main depuis au moins 15 ans et qu'au début on me traitait de "clocharde". Ça me fait bien rire maintenant lorsque je vois les gens qui m'avaient insultées à l'époque trainer avec délectation sur vinted ou le boncoin...
    bises

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