1 Tenue 1 Bouquin : L'usage du monde


Hello mes chatons,

Tout d'abord, toutes mes excuses pour ces publications spasmodiques, j'ai été très occupée à créer des vidéos philo sur IGTV (vous pouvez les voir ici), et du coup cela a repoussé sans cesse la rédaction des articles ici. Si la philosophie c'est merveilleux, c'est aussi une discipline qui a besoin de beaucoup de temps, non seulement de lecture, mais aussi de réflexion, puis de méditation. Et prendre son temps n'est malheureusement pas très en accord avec le rythme de vie et de productivité qu'on est obligé d'avoir dans notre monde pour rester compétitif.

Suite à mon article introductif sur le minimalisme, j'avais très envie de reprendre cette rubrique 1 Tenue 1 Bouquin, que j'ai lancé en 2016 (il y a 4 ans, déjà !! il me semble que c'était hier !). L'idée de base était de vous présenter un livre que j'ai aimé avec une tenue accordée au thème du livre et à sa couverture. Même si l'idée vous plaisait et à moi aussi, j'ai eu du mal à tenir un rythme de publication régulier, souvent trop prise par mes problèmes de confiance en moi, l'impression d'écrire dans le vent, le sentiment d'inutilité me paralysait et me rendait malheureuse. C'est donc devenu la rubrique un peu maudite, que je reprend et que je délaisse, pour mieux la reprendre plus tard.

Mais la voici de nouveau, la chère désaimée !

Et pour l'occasion, j'aimerais vous parler d'un livre qu'on peut tout à fait lier aujourd'hui à une démarche minimaliste.


L'usage du monde, Nicolas Bouvier


Pourquoi ce rapport au minimalisme ? Nicolas Bouvier a 24 ans en 1953 quand il décide, avec son ami illustrateur Thierry Vernet, de partir de France pour explorer les Balkans, première étape d'un long périple qui le mènera jusqu'en Inde. Ils partent tous les deux avec pratiquement rien, juste un peu d'argent pour arriver à leur première étape. Leur grand voyage avance péniblement, les deux jeunes hommes devant parfois rester des mois dans la même ville pour travailler afin de gagner suffisamment pour reprendre la route.

Nicolas Bouvier raconte comment ils vivent dans la plus humble simplicité, apprenant ainsi à apprécier l'essentiel. Quand, après une journée éreintante à dépanner leur voiture en plein milieu du désert, ils arrivent enfin dans un village et qu'ils peuvent boire un peu de thé, c'est l'extase épicurienne. Souvent ils n'ont pas grand chose à manger, ou bien ils tombent malades tour à tour, épuisés par la chaleur mais aussi par le décalage culturel, qui peut être charmant comme très pénible par moment. Malgré tout, Nicolas Bouvier raconte comment ces conditions de vie difficiles l'aide à aimer la vie, dans ce qu'elle a de plus dépouillé, certes, mais aussi de plus spontané. Au fil de leurs aventures, il n'est pas rare que des villageois, complètement estomaqués de tomber sur des étrangers, improvisent une fête, et si les mets sont simples et rustiques, la sincérité et la bonhomie rendent ces moments de partages précieux.

Ce qui est appréciable dans ce livre, c'est le regard que porte Nicolas Bouvier sur ces rencontres. Il n'a pas le regard occidentalisé qui soit idéalise, soit méprise (à travers le prisme des vieux restes coloniaux) les populations qu'il croise. Au contraire, il profite de cette possibilité pour remettre en question ses croyances, habitudes et réflexes sociaux. Par exemple, il prend une grande claque quand il arrive en Perse, où il voit de lui-même une culture si ancienne qu'il se sent presque mal à l'aise, comme s'il arrivait dans un monde inconnu, incroyablement fier et distant, plein de mystères impénétrables et qui souhaitent le rester. Parfois, lui et Thierry tombent sur des villes hostiles, pas charmantes du tout, les gens les fuient, ils ont de la peine à gagner même de quoi se nourrir. Et d'autres fois, c'est le contraire, les gens les accueillent avec une générosité presque démesurée, une curiosité non dissimulée, et même certains locaux veulent se montrer avec les deux étrangers à leurs côtés, pour montrer leur pouvoir (la scène avec le gardien de prison est hilarante).

Ce qui fait le charme de ce livre, c'est qu'il n'est pas anecdotique. Nicolas Bouvier livre souvent des réflexions philosophiques sur le voyage, l'humain, les échanges... toujours avec beaucoup de sincérité, sans mots ostentatoires, le style n'est pas verbeux ni ampoulé, on sent vraiment sa sincérité. Parfois, on dirait qu'il écrit complètement pour lui-même, et qu'il n'a pas retouché ces passages avant la publication du livre, ce qui donne ainsi une dimension intime à ses réflexions qui ne font qu'accentuer leur intensité et leur portée.

Ce livre m'a énormément plu, et il a beaucoup résonné en moi. J'ai toujours aimé voyager, mais de lire Nicolas Bouvier cela a remis en question mon rapport au voyage, et il m'a donné envie de partir avec plus de simplicité les prochaines fois. C'est ce que j'avais fait à Venise, et c'est vrai que de voyager avec peu, en exigeant rien d'autre que de s'ouvrir à l'étranger, est ce qui rend le dépaysement plus vibrant et intense. Nicolas Bouvier est souvent très choqué par la misère des villages qu'il traverse, pour ensuite revenir sur ce choc quand il voit combien les populations trouvent malgré tout de la joie, de l'insouciance et du plaisir dans le peu qu'ils ont. Cela l'aide à réfléchir beaucoup sur le luxe dans lequel nous vivons en Occident (et encore, c'était en 1953 ! qu'aurait-il dit en 2020...), et sur l'ethnocentrisme qui biaise notre regard sur les autres cultures. Ce qu'il écrit a fait beaucoup écho en moi, sans doute aussi parce qu'il évoquait des scènes que j'ai bien connu petite quand je vivais en Tunisie. J'ai eu même un peu de nostalgie, à me rappeler des scènes d'extrême simplicité mais pourtant si joyeuses, si intenses émotionnellement, que j'ai eu beaucoup de mal à retrouver en France.

Alors, le but n'est pas de diaboliser l'Occident (en mode "bouh les méchants blancs super riches"), ni de porter un regard idéalisé sur la pauvreté, et d'ailleurs jamais Nicolas Bouvier n'idéalise qui que ce soit. Il est extrêmement honnête, et si au début Thierry et lui se font avoir par leur naïveté, ils s'endurcissent par la suite. L'idée principale de Nicolas Bouvier c'est de montrer qu'il n'y a pas une bonne manière de vivre, et que le modèle occidental n'a rien de parfait, ni d'absolu, et que nous pouvons, en nous ouvrant aux autres cultures, nous améliorer en tant qu'humain.

Je dirais que ce qui est le plus dur avec ce livre, c'est de comparer l'état à l'époque des Balkans, de l'Iran et des autres pays que Nicolas Bouvier traverse, avec l'état dans lequel ils sont aujourd'hui... tant de guerres sont passées, ou sont encore là, tant de vies brisées, de cultures piétinées, de massacres, d'injustices, de haine... Je pense que c'est ce qui m'a le plus fait mal en lisant ce livre. Nicolas Bouvier donne très envie d'aller dans certaines régions, mais quand on regarde l'état dans lequel elles sont aujourd'hui, impossible de ne pas sentir le coeur se serrer.

Bref, un livre que j'ai vraiment aimé et que je vous recommande chaleureusement. Que vous aimez voyager ou non, l'écriture sincère et poétique de Nicolas Bouvier touchera n'importe quel coeur, et pourra certainement vous donner envie de partir à la rencontre de l'inconnu, pour vous retrouver vous-mêmes...

Quelques mots sur ma tenue...

 

Je ne parle pratiquement plus du tout de ce que je porte sur mes photos, pourtant mes vêtements ont toujours leur histoire un peu singulière, souvent le fruit d'un heureux hasard qui se transforme en joie répétée et constante. 
Je ne sais pas trop pourquoi j'ai de plus en plus de mal à parler de mes vêtements. Peut-être que je m'en suis lassée, cela fait si longtemps maintenant que je tiens ce blog. Aussi, comme j'ai donné un ton plus philosophique à mes dernières publications, ça me fait bizarre de parler de mode, vous savez combien l'apparence est méprisée par les discours "intellectuels". C'est complètement con d'ailleurs, ce mépris ridicule que porte le monde universitaire sur le monde esthétique. J'ai un peu honte de me faire contaminer par ce faux orgueil, alors je vais vous parler de mes vêtements ! (et puis les premiers à rager parce que je fais de la philo mais que j'aime aussi m'habiller, je leur envoie La Phénoménologie de l'Esprit dans la tronche, ça va les calmer (les assommer aussi 😂))

Pour cette tenue, j'ai beaucoup rigolé, parce que mon copain m'a dit que je ressemblais à une petite Catholique qui sortait de son catéchisme... Je lui ai répondu que c'était parfait, je porterai cette tenue à la messe dimanche prochain, haha ! 
Je porte une chemise que j'adore, je l'ai dénichée sur Vinted après avoir passé des mois à écumer l'application pour trouver la petite chemise à pois parfaite. Vu le style, la matière et les finitions, je pense qu'elle date de la fin des années 70, encore une raison de plus pour l'aimer. En la recevant j'ai trouvé un mot adorable dans le paquet, et il s'est avéré que c'était une de mes lectrices qui me l'avait envoyé, en me disant qu'elle espérait la revoir dans ma rubrique 1 Tenue 1 Bouquin ! Et bien c'est chose faite, si la personne en question lit ses lignes, merci encore pour ce soutien et ce petit mot qui m'a beaucoup touchée <3

La jupe aussi a une jolie histoire. Je suis tombée complètement par hasard sur la boutique Etsy de Galia, qui fait elle-même les vêtements entièrement à la main, d'après ses propres patrons, avec du lin certifié Oeko-Tex qui garantit un respect de l'environnement et de la santé des humains qui le produisent. Galia est une personne formidable, pleine de bonté, tellement bienveillante, disponible et gentille. Tous les vêtements sont faits à vos mesures personnelles, du coup il faut parfois attendre 8 semaines avant de les recevoir. Cela en vaut vraiment la peine, Galia fait un travail exemplaire, pour un prix vraiment très raisonnable. J'ai commandé plusieurs de ses créations, et à chaque fois elles tombent à la perfection sur moi, mais je sens aussi tellement de bienveillance qui s'en dégage. Je ne sais pas comment le décrire, mais je sens des ondes ultra positives, si bien que je mets tout le temps ce que j'ai de chez elle. Un peu comme une armure de gentillesse pour affronter le monde ! Je ne saurai vous recommander assez Galia et son travail, c'est si rare de tomber sur des personnes authentiquement gentilles et généreuses...

Tout comme mon diadème (vous savez, celui-ci !) et mes boucles d'oreilles de chez Dissident Sheep, histoire de parfaire mon armure de bienveillance avec celle de Jeanne et de ses morceaux de rêve qu'elle brode avec patience et bonté... Enfin, vous savez que j'aime énormément Jeanne, je crois qu'après cet article à Venise vous le savez ;) 

Ce que j'observe depuis que je suis totalement inflexible sur le fait de m'habiller de façon éthique, c'est que les vêtements que j'ai dégagent beaucoup de choses positives, et me font me sentir comme protégée, adoucie et portée par une vague d'optimisme et de rêve. Je prends de plus en plus de plaisir à m'habiller, même si je porte souvent les mêmes vêtements (si vous me suivez sur Instagram et sur Vinted vous avez pu voir combien j'ai réduit mon dressing cette dernière année, et c'est pas fini !), c'est toujours avec la même joie, le même enthousiasme. Je pense vous faire un article ou une vidéo sur ce sujet d'ailleurs, j'ai plein de choses à vous dire !

Mais là je vais me calmer sinon cet article déjà très long ne va jamais se finir, hahaha !
Voilà mes chatons ! J'espère que ça vous a intéressé ;)
En attendant je vous dis à très vite pour un prochain article, en espérant que je ne mette pas 3 semaines à le publier cette fois 😅

Bécots <3



Crédit photos : Luc Dujardin

* * *

Gilet : Kookaï (via Vinted)

Chemisier : Vintage (via Vinted)

Jupe : GaliaCouture

Chaussures : Chie Mihara (via Vinted)

Serre-tête et boucles d'oreilles : Dissident Sheep

* * *


Hi guys !

Long time no post, I know... I was very busy with publishing weekly philosophy videos on my Instagram, so I had to put on hold my blog. I kind of miss the days when people were so eager to read blogs, lately I've been feeling a void in the blogs world, it's very empty and most blogs are now completely abandoned for Instagram, Twitter, or Snapchat....

But I'm back here ! yay ! Honestly I hesitated if I should translate this post in english, because I'm so lazy hahaha. But, I realised that I've never introduced you this type of blogpost. A few years ago I noticed I was often wearing an outfit matching the book I was reading. That's how I decided to write a blogpost about a book I've enjoyed, with an outfit matching this book's cover, or the book's plot.

I've never translated these posts into english, I didn't have the time back then. But now, I really want to pursue this kind of articles and share them with more people so here you go, in english ! 

For this outfit I was inspired by the amazing book The way of the world by Nicolas Bouvier.
Back in 1953, when he was 24 years old, he decided with his friend Thierry Vernet to travel to the Balkans, all the way to India. 
They travelled with almost nothing, having to stop often in cities in order to work to earn money to be able to continue their travel plans. They could sometimes stay months in the same place before having enough money to go on the road again. From times to times, they couldn't find any jobs and were desperate, living with barely the minimum to survive. 

Those very harsh travel conditions helped Nicolas Bouvier to realize how simplicity and minimalism are great ways to appreciate life with wisdom and to live in a different time line than the one we know in Europe. It helped him thinking about life, death, happiness, and he shares his philosophical analysis throughout this beautiful journey. He gives an honest appreciation about his travel, without idealizing the other cultures he encounters, but taking this opportunity to think about himself and about how different ways of living and thoughts can help him improve his identity.

I really enjoyed this book because there is a lot of funny experiences, but also many deep reflexions about philosophical questions. It made me want to travel more, but in a more simple way. Sometimes, it's good to go away with a few things only, it lets more space to be opened to the unknown.

What made me sad while reading this book, was to compare the situation in Middle-East during the 1950s with the situation now, in 2020. So many wars happened are still happening, so many beautiful cultures and people wiped away, torn apart, destroyed by hatred, selfishness and greediness... That was quite painful to think that now, many things Nicolas Bouvier saw during his days disappeared. Why humans need to always destroy when there are so many great things about simply being alive and have the chance to see the sun rising...

I definitely recomand this book to you, even if you're not passionate about travelling, because this book is not about travelling only. It is mainly about humanity, about how we perceive the world, how we endure life and how complex and plural humanity is. 

A few words about my outfit...

I haven't spoken about what I wear for such a long time, I'm not sure to remember how it's done, lol.
I've been focusing on producing more philosophy content so I pushed away any fashion content, I think mainly because there is still a huge stigma in "intellectual" studies about fashion and clothes and all that stuff. As if, if you want to be taken seriously (especially when you are a woman), you have to focus only on your mind, and as soon as you speak about lighter topics such as fashion and clothes, you appear to be an idiot. 
It is stupid, I agree, but somehow it got under my skin, and I feel sometimes reluctant to speak about fashion, being scared it will make my philosophy content less relevent. But clichés are made to be broken, aren't they ? So I will try to speak more about fashion, because YES you can love reading and acquiring knowledge while appreciating wearing great clothes !

I've been thinking a lot about my clothes lately, I've sold and donated many clothes I used to love but wasn't wearing anymore, and I invested in more useful items of clothing (and into tattoos but that's a different story). For example, I was looking for the perfect dotted shirt for months (because I've seen the coolest outfit on someone on Pinterest and was literally obsessed by reproducing it), and I finally found it on Vinted. I think it's from the 70s, so that's perfect. It arrived at my home with a little note inside the box... the seller was in fact one of my reader ! That was awesome and her note was so adorable I swear I got tears in my eyes.

As for the skirt, it's from the amazing Etsy shop GaliaCouture. I found her shop by chance while procrastinating, I mean, WORKING, on Instagram and fell in love with her designs. Galia makes all the clothes by herself, she makes the patterns too, and uses a certified OEKO-TEX linen in a ethical mindset. Galia is such a sweet soul, she is very kind and makes the clothes based on your body measurements so they can fit perfectly. As a result, you may sometimes have to wait 8 weeks to get your order, but you won't regret the wait, you have my word !
The clothes I have from her shop are among my favorite. They shine with good vibes, and I'm sure Galia is giving so much kindness to make the clothes, she transfers her positive energy to them. I call my clothes from Galia my positive armour, a way to be protected by good vibes while going OUT in a not so kind world. Check her shop (this is not sponsored, I just really love her work), you won't regret it.

Finally, I'm wearing a headband and earrings from my favorite jewelry brand Dissident Sheep. Jeanne, the designer, makes everything herself, from the designs to the final product. I call my pieces from her shop my little pieces of dream, because they are so stunning it is hard to think they are real ! 

Since I've been very demanding on my clothes and to wear only ethical brands or vintage clothes, I'm happy to own pieces like these that have a history but moreover that were handed to me by beautiful souls. I take so much pleasure to dress up, to wear these clothes made with consciousness, with care and love. I have now less and less clothes, but I feel so more free and happy ! I'm thinking about writing a blogpost about this topic, or make a video, because I have so much to tell you about how and why my bond with things has evolved and makes me happier.

But for now, time to say goodbye, or else this already too long article will never end !

Thank you for reading, and bye <3



Commentaires

  1. J'aimerais lire L'Usage du Monde... Et tes photos sont très jolies, elles sont simples et l'atmosphère est sereine.
    Bonne journée :)

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