Toutes les nuances de vert



Hello mes chatons,

Avant toute chose je tiens à vous remercier pour le très bon accueil que vous avez fait à mon dernier article, celui de la semaine dernière, dans lequel je me posais des questions sur ma consommation. Non seulement j'ai eu la satisfaction de lire que vous étiez nombreuses à vous poser les mêmes questions, que ce soit ici ou sur Instagram, mais j'ai pu aussi voir que certaines d'entre vous sont déjà dans une dynamique de quasi nulle consommation matérielle. L'argument principal était de remplacer le matériel par des expériences spirituelles, qui ont elles aussi un coût, mais qui durent toute la vie et nous enrichissent en tant que personne.

A vrai dire, arrêter tout bonnement de consommer est une suite logique quand on décide de consommer de façon éthique. En effet, cela correspond le mieux aux idéaux qui nous poussent à arrêter la fast-fashion et la consommation de masse : polluer moins, dépenser moins mais mieux, et ne plus soutenir des entreprises qui s'engraissent sur le dos des ouvriers-ères, dont on exploite la misère pour un nouveau tee-shirt ou une nouvelle jupe... tout cela ne vaut pas le coup (coût), finalement. On a la conscience beaucoup plus légère quand on consomme éthique, et on fait plus attention à ce qu'on a, car soit on passe du temps à chercher une pièce (vintage ou de seconde main), soit on la paye un peu plus chère (pour les vêtements éthiques, quoique ce n'est plus tout à fait vrai comme je vous le montrais dans ma sélection de boutiques éthiques ici). Pour moi, la consommation éthique s'est faite progressivement : j'ai commencé par ne plus acheter d'accessoires issus de la fast fashion. Je trouvais facilement des équivalents en friperie ou sur etsy. Puis, j'ai arrêté les vêtements en confection de masse au prix fort, je n'achetais qu'en friperie, et puis sinon j'attendais les soldes. Peu à peu, j'ai arrêté les collants, les sous-vêtements, les chaussures... et de même pour la nourriture, j'achète bio depuis plus de sept ans, et peu à peu j'ai fini par remplacer les visites aux grandes surfaces par les marchés locaux, puis par les produits locaux, et aujourd'hui je fais attention à acheter en vrac, local, peu de produits transformés, ou bien faits dans ma région, idem pour la viande et les oeufs (on connaît les producteurs et ça change tout !). Bref, tout cela s'est fait en plusieurs années, et même si j'ai eu quelques craquages honteux en grand magasin c'est si occasionnel que ça en devient epsylonesque.

Au début, c'était un vrai casse-tête : il fallait regarder toutes les étiquettes, vérifier les empreintes carbones, la pollution, l'histoire de la marque, pour la nourriture les pays de fabrication, de production, etc. Bref, ça prend du temps. Mais peu à peu, ça devient une habitude, on connaît les logos auxquels on peut se fier, d'autres moins, on apprend aussi quelque chose d'essentiel : on apprend à se passer de certaines choses.
Car voilà le noeud du problème : notre société capitaliste nous convainc que nous avons besoin, un besoin vital, essentiel, capital... de choses qui, en réalité, sont superflues. On se retrouve bien vite esclaves du superficiel et du consommable-jetable, et comme l'explique Hannah Arendt dans La condition de l'homme moderne, quel drame que de devoir consommer rapidement ce qui met du temps à être fabriqué, au prix de la sueur et du sang de nos semblables... nous jetons trop, nous utilisons trop, et d'un certain côté cela ne fait que nous répéter sans cesse la fragilité du cycle vie-mort qui nous condamne tous dès que nous sommes nés. Les objets en font partie, ils sont un ersatz de cette damnation éternelle de la vie humaine, et le fait de les traiter simplement comme des biens jetables aussitôt qu'ils sont achevés, ne fait que mettre en exergue le côté absurde de la vie : "naître pour mourir".

Aujourd'hui, j'en viens à être même un peu dégoûtée de toutes ces frénésies de possession, qui, je le croyais, me donnaient de la consistance : "je consomme, donc je suis, j'existe, et je le suis tout autant de fois que je consomme à nouveau", pour reprendre notre cher Descartes avec un petit twist ;)
Alors que j'existe par que je suis, simplement ! parce que je suis là, que ma pensée vit, qu'elle fluctue, qu'elle doute, sent, imagine... L'extérieur stimule la pensée, mais n'en définit pas l'essence. Elle est elle-même son propre moteur. C'est pourquoi je ressens aujourd'hui ce besoin de faire vivre ma pensée autrement que par son attachement au matériel. Bien sûr, j'apprécie toujours les belles choses, et j'aime énormément mes possessions, chacune ayant une histoire et un symbole à mes yeux. Mais, elles ne sont pas essentielles. C'est prendre conscience de cette simplicité même de la vie qui me frappa avec une réalité telle que ce fut presque comme une apparition divine. Vous avez sûrement déjà vécu ce moment, où l'on ressasse des phrases assez simples et évidentes pendant des semaines, des mois, des années parfois, sans qu'elles frappent notre coeur. On les comprend rationnellement, on se dit "oui, ça se tient, c'est logique", mais au fond, on sent bien que ça sonne creux. Et puis un jour, par je-ne-sais quel miracle de l'esprit, une pièce qui manquait vient, et la phrase se révèle et transcende la pure sémantique pour nous toucher en plein coeur. Et là, on s'exclame : "mais j'ai compris". J'ai, en fait, cum-prehendere, j'ai "pris avec moi", intégrer dans ma chair ce qui n'était que de la rationalité externe. Ce phénomène d'incorporation du sens d'une phrase est presque mystique, il ne s'explique pas, il ne peut que se ressentir.

C'est donc dans ce cheminement que mon projet de la semaine dernière se révèle à moi comme la dernière étape vers un autre cheminement, et je prends solennellement l'engagement envers vous de me mettre à une ascèse de la consommation : acheter le moins possible. Aimer ce que j'ai. Apprendre à me contenter. Les autres ont ce qu'ils ont, ce qui compte c'est ce que je fais de ce que j'ai. J'en suis aujourd'hui convaincue, et je me sens dans une grande sérénité que je ne pensais pas avoir un jour. Ah ! Je me sens fière de ce chemin, et si loin de cette jeune fille qui créa son blog 7 ans auparavant pour occuper le temps dans sa petite chambre d'étudiante exilée en Allemagne. Est-ce cela vieillir ? Si c'est le cas, j'en suis bien heureuse, et me rend confiante pour le futur.

Plein de bécots mes chatons, merci encore pour votre soutien, vos messages plein de sagesse et de bienveillance.

A très vite !

P.S : photos prises aux Charmettes, où je me rends très régulièrement, et d'où je ressors à chaque fois soulagée d'un poids. Sans nul doute, ce lieu arpenté il y a près de 300 ans par Rousseau m'aide peu à peu à réaliser que en moi, profondément, le luxe et le matériel ne sont pas ce qui me comblent réellement de bonheur...


Crédit photos : Luc Dujardin

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Robe, ceinture, chaussures : +vintage et seconde main


Accessoire cheveux* : +Miss Bella's Blooms 

Boucles d'oreilles* : +Dissident Sheep

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Tous les articles précédés de + sont des articles produits avec certitude de façon éthique (respect de la main d'oeuvre et de son savoir faire ou respect de l'environnement ou les deux à la fois), ou bien ont été acquis de seconde main dans un soucis écologique et anti-consumériste de ma part.

Tous les articles suivis d'une * ont été offerts par la marque en question.

Aucun lien n'est affilié. 

Retrouvez mon article sur mes marques éthiques préférées >ici< et mes boutiques vintage préférées >ici<

























Commentaires

  1. Merci beaucoup pour cet article (et pour le précédent, bien sûr). Je n'ai pas grand chose à exprimer, si ce n'est un sentiment qui prend de plus en plus en place en moi depuis ces derniers mois, et que je pourrais caractériser grossièrement comme une urgence à ralentir le rythme, les frénésies en tout genre et cette course qui n'est rien d'autre, je crois, qu'une fuite vers l'avant, vers l'anesthésie. A l'heure où tout part en vrille, et où on comprend qu'on fait peut-être partie du dernier maillon d'une civilisation humaine que l'on croyait invincible, je commence à me dire que je préfère être plutôt qu'avoir, tout simplement. Cela passe par le fait d'honorer le "moins mais mieux" matériellement parlant, mais aussi par l'expression de ma reconnaissance envers ceux qui m'aident à grandir au quotidien, d'où ce commentaire. Il y a quelques semaines, j'aurais lu et apprécié cet article, puis je m'en serais retournée faire autre chose, sans faire de bruit. Je commence à comprendre que la logique capitaliste de consommation est encore plus pernicieuse que ce que je pensais, et le fait de lire des articles de blog sur la surconsommation ne suffit pas à s'en extraire si l'on ne rend pas la pareille à ceux qui prennent le temps de les rédiger, gratuitement. Alors je me sens bête d'écrire un commentaire, j'ai toujours autant l'impression que ça ne sert à rien et que ça ne t'intéressera pas, mais au moins, tu peux être sûre que tes réflexions ne sont pas que du contenu prêt à consommer et à jeter une fois la lecture achevée. Merci pour ces textes qui me donnent la force de suivre, pas à pas, ce que je sens au fond de moi être juste. Gros bisous <3

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