Notre Dame de Paris : n'en fait-on pas un peu trop ?



Hello mes chatons,

Je bouleverse un peu mes prévisions de publication, puisque je devais aujourd'hui publier un article philosophie sur la religion naturelle chez Rousseau. Mais vu ce qu'il s'est passé lundi, j'avais assez envie de vous partager plutôt mes pensées et mon état d'esprit quelques jours avant Pâques. Je publierai l'article sur la religion naturelle la semaine prochaine, car il est tout prêt et me tient fortement à coeur.

Il me semble n'avoir jamais abordé la question frontalement sur le blog, et je développerai ce point plus longuement la semaine prochaine, mais je suis de confession catholique depuis mes 18 ans, âge auquel j'ai choisi de me faire baptiser. J'étais très pratiquante puis avec mes problèmes de dépression et de TCA je me suis très éloignée de ma foi, sans compter que je ne me retrouvais pas dans l'Eglise d'aujourd'hui et que j'ai une vision assez "libre" de la religion qui fait que je me sentais un peu à l'écart. Mais cette année, j'ai décidé de refaire Carême, pour la première fois depuis des années. Cette fois, mon but était purement spirituel : arriver à faire la paix entre mon âme et mon corps, arrêter de me torturer psychologiquement, retrouver un équilibre émotionnel avec la nourriture, et surtout retrouver le goût de la prière personnelle et de la lecture de la Bible, que je pratiquais souvent mais que j'ai injustement délaissé pendant des années.

Je dois avouer que j'ai passé un beau Carême. Ce fut dur, ce fut une lutte incessante contre mes démons intérieurs, mais j'ai vraiment découvert à nouveau ma foi et mon plaisir de retrouver la religion, les Ecritures, les psaumes, les prières, et surtout je commence enfin à trouver un équilibre avec la nourriture, même si je le sens précaire et fragile, mais déjà il est là, il s'amorce en moi, et ne demande qu'à devenir plus robuste. Faire la paix avec Dieu passait aussi et peut être d'abord par faire la paix avec moi-même, à m'accorder plus de bienveillance, à accepter ce que j'ai reçu de la nature et de composer avec. Enfin, de tout ça je vous parlerai la semaine prochaine.

Car si j'ai passé un Carême fructueux, l'incendie de Notre Dame de Paris fut un évènement vraiment bouleversant. Je n'ai pas pour habitude de parler de l'actualité sur le blog, j'ai toujours soigneusement évité de mêler des sujets politiques à mes textes car souvent on est tenté de juste donner une opinion maladroite et mal construite plutôt que de faire avancer le débat, et c'est un jeu dangereux que de proclamer des jugements souvent bancales sans blesser des personnes ou sombrer dans l'incompréhension mutuelle. Mais cette fois j'avais envie de vous partager mes pensées sur cet évènement, les interrogations que ça me pousse à formuler, en toute modestie et en espérant ne pas rester dans une opinion stérile.

La destruction absurde d'un bâtiment emblématique

Ce qui m'a le plus désespérée lundi était de voir cette majestueuse cathédrale millénaire se faire dévorer par les flammes avec une grande violence, alors qu'elle avait jusqu'ici survécu à des siècles d'instabilité et de guerres. Même la seconde guerre mondiale ne l'avait pas atteint ! Décennies après décennies, Notre Dame était toujours là, même après la Révolution, elle restait quasiment intacte même en vivant dans des siècles où les normes de sécurité étaient très précaires.
Et là, en 2019, à l'époque où nous croyons être bien protégés par notre technologie de pointe, nos normes de sécurité, nos précautions, Notre Dame flambe, se consume, menace d'être réduite en cendres. Et personne ne pouvait rien faire. Tout le monde était condamné à regarder brûler ces pierres si anciennes dans la plus grand impuissance. Le triomphe de l'absurdité ! Ou bien est-ce plutôt un avertissement pour nous tous qui nous croyons à l'abri de tout sous prétexte que nous avons notre technologie pour nous protéger ? Au final, il suffit d'une petite étincelle, d'un oubli absurde et stupide pour réduire en cendres des centaines d'années de labeur et de précaution. C'était cela qui me fit monter les larmes aux yeux lundi soir : que nous sommes peu de chose, et que nous sommes prétentieux à nous penser à l'abri de tout...
Sans compter que Notre Dame de Paris n'est pas n'importe quel lieu de culte : elle reste quand même un bâtiment historique emblématique de la France. Elle vit rentrer en son sein Saint Louis, Napoléon Bonaparte, Napoléon III, mais aussi de nombreux mariages royaux. Elle est un morceau important de l'histoire de notre pays, et la voir se faire consumer par le feu comme un vulgaire fagot de paille était révoltant, presque obscène. L'Histoire, se faire bouffer par des flammes, se faire réduire en cendres, comme ça, d'un coup, sans prévenir... Nous sommes si peu de choses au final.

Le symbole de la semaine sainte

En tant que catholique, ce qui me frappa aussi fut la date : le premier lundi de la semaine sainte. Comme j'avais vraiment pratiqué Carême de façon spirituelle, je me sentis encore plus concernée par le symbole du moment de l'incendie. Le premier jour de la semaine qui a un sens crucial dans ma religion, puisque c'est à l'issu de la semaine sainte que Jésus mort sur la Croix ressuscite, et devient Jésus Christ le fils de Dieu. Je ne vous ferai pas une leçon de théologie, mais quand même, de voir un lieu saint brûler ainsi au début d'une semaine si importante, c'était bouleversant. J'avais l'impression d'un message, ou en tout cas qu'il faudrait en tirer quelque chose. Un avertissement divin concernant l'Eglise catholique qui est dans la discorde depuis de si nombreuses années, son refus insupportable de se moderniser, d'être plus tolérante, de s'ouvrir enfin aux thèmes de notre époque sans être réac et conservatrice de valeurs qui n'ont plus lieu d'être ? L'occasion pour les catholiques de rebondir, de se réunir et de se ressouder, de repenser l'Eglise ? Peut être aussi un message subliminal pour nous dire que le matériel ne compte pas, que ce qui est important c'est au fond l'humain, notre prochain, car un lieu ne sera jamais qu'une chose qui peut brûler pour un rien, tandis que les liens humains perdurent à travers les siècles ? Les images de l'intérieur de la Cathédrale après le drame sont troublantes : la croix sur l'autel est intacte, un rayon lumineux la frappe en plein milieu, et les statues qui l'entouraient sont intactes. Bien sûr, il y a une explication rationnelle à cela, mais quand même malgré tout je trouve ce symbole très fort, et pour que ce triste évènement ne soit pas stérile, il me semble qu'il faut en tirer quelque chose qui nous fasse avancer. Que ce ne soit pas une catastrophe stérile, qu'elle soit au contraire créatrice de quelque chose de plus grand, de beau et de fort. C'est l'occasion de bâtir quelque chose de nouveau sur les cendres de l'ancien.

Trop, c'est trop.

Malgré toutes ces raisons, et même en avouant que c'est une catastrophe et qu'on peut avoir ses raisons d'avoir le coeur brisé par la destruction d'un si beau lieu (je n'ai pas soulevé le problème de toutes les oeuvres d'art détruites, mais c'est aussi une des raisons qui rendait cette destruction si malheureuse), les réactions à ce sujet sont trop extrêmes. Je trouve quand même ça dingue qu'en moins de quatre jours plus d'un milliard d'euro fut débloqué pour la reconstruction de Notre Dame, quand il y a des millions de personnes dans le monde qui subissent des états d'urgence, qui subissent des catastrophes naturelles et dont on ne parle même pas, qu'on laisse mourir dans la plus grande indifférence et sans aucune aide. Il y a un mois presque jour pour jour, le Mozambique a connu une crue catastrophique qui tua une centaine de personnes et qui laisse 800 000 sinistrés. La famine au Yémen dure depuis plusieurs années et a tué jusqu'ici plus de 85 000 enfants, et continue de faire des victimes. Il semblerait que les USA et la France soient co-responsables de cette famine. Est-ce qu'on en parle avec autant de matraquage médiatique que l'incendie de Notre Dame ? Non. Est-ce que ça émeut les réseaux sociaux ? Non plus. Est-ce que nous faisons des dons, même juste 1€, pour aider les ONG ? Non. Je ne veux accuser personne directement car je suis tout aussi coupable de cette indifférence occidentale pour les malheurs du monde dont nous sommes plus ou moins responsables. Je pense malheureusement que cette indifférence est encouragée par les média, par les réseaux sociaux qui nous poussent à avoir des vagues d'émotion pour des sujets beaucoup moins douloureux et épineux, car quand même l'incendie de lundi n'a fait aucun mort. Il n'y a eu aucune catastrophe humaine, personne n'a perdu son foyer, personne n'a perdu sa famille, personne n'est mort ni blessé. Alors oui on a perdu des oeuvres d'art et c'est triste. Mais sommes-nous à ce point déconnectés de la réalité du monde que nous versons des larmes pour du matériel mais que nous feignons l'indifférence devant nos frères et soeurs humains qui souffrent ?
Comment expliquer ce milliard d'euro soudainement débloqué quand il y a 3 mois Macron nous disait que les grands industriels sont des pauvres malheureux qui ne peuvent pas augmenter les salaires ? Je trouve tout cet argent offert pour Notre Dame indécent, pour la souffrance du monde, mais aussi pour nous le peuple français. Quand nous demandons des salaires plus justes, un système d'impôts qui arrête d'écraser la classe moyenne au profit des plus riches, les politiques trouvent toujours un tas d'excuses. L'Oréal qui ne paye pas ses impôts depuis des années et des années offre 300 millions pour la reconstruction de Notre Dame. Mais enfin, de qui se moque-t-on ??

Je suis à présent plus triste et déçue de comment les médias et les politiques s'emparent de cette tragédie historique pour occulter des tas de problèmes qui concernent directement notre futur à tous, le futur de notre pays mais aussi du monde. J'ai le sentiment qu'on essaye de distraire la foule en lui jetant en pâture des occasions de larmoyer sans jamais les traduire en réflexion. A la télé et partout on ne parle plus QUE de Notre Dame, et quand bien même cette catastrophe m'a brisé le coeur, je trouve que c'est juste disproportionné par rapport à tous les problèmes qui agitent non seulement le monde, mais notre propre pays. J'aimerais qu'on déploie autant d'énergie à dénoncer les injustices, les malheurs et les horreurs qu'il y a partout. J'aimerais que les gens se sentent aussi concernés par le droit du travail, la consommation éthique, la justice sociale.

Cette destruction spontanée d'une magnifique partie de notre histoire doit être une opportunité pour nous tous et toutes de réfléchir sur la fragilité de ce que nous sommes, et nous pousser à nous tourner vers l'essentiel, non à nous apitoyer sur l'irréversible. J'espère de tout coeur que c'est ce qui arrivera, quand enfin nous arriverons à ne pas préférer les effusions "too much" de sentiments souvent affectés, à la réflexion et au désir de faire du monde un endroit plus juste pour toustes.

En attendant, je vous souhaite une belle Pâque, et je vous dis à très bientôt.

Bécots <3



Crédit photos : Fériel Jarbouai

(ne pas utiliser sans autorisation)






Commentaires

  1. Je suis à 100% d'accord avec toi. C'est triste qu'un bel édifice soit dévasté. Mais je crois en effet que la couverture médiatique est disproportionnée de même que l'afflux de dons. Ils ne paient pas leurs imports et font des dons non dénués d'intérêt puisque ça leur permettra d'avoir encore des allègements fiscaux, c'est écoeurant. Pas d'argent pour les gens à la rue, les retraités, la crise des gilets jaunes, les famines au Yemen, ou quand un hopital Guadeloupéen brûle, etc... mais là, d'un coup, on trouve des millions ! C'est très disproportionné tout ça. Enfin ça tombait à pic, pendant qu'on parle de ça à longueur de soirée, on ne parle pas du reste du monde et des belles trouvailles que Macron va nous pondre.... Bref, ça me laisse perplexe. Je suis bien contente que toi, qui est pieuse et pratiquante, ait un discours aussi mesuré sur la question. Si tout le monde pouvait réfléchir ainsi....

    RépondreSupprimer
  2. Hier quand j'ai vu qu'ils avaient fait un "Qui veut gagner des millions?" spécial notre Dame, j'ai démissionné de la vie...C'est vraiment n'importe quoi à mon sens. Et les mots sont faibles.

    RépondreSupprimer
  3. Tu expliques parfaitement ce qui me gêne. On parle tellement de cet incendie, alors je veux bien comprendre que ce soit un accident, mais par contre les gens qui meurent dans les pays en guerre n'émeuvent personne.
    J'ai envie de dire "merde ! Une cathédrale, aussi ancienne soit-elle, n'égale pas des vies humaines éteintes !". En Syrie, des merveilles architecturales et historiques ont été détruites. Qui en parle, qui ? Là on a une cathédrale, tout le monde en parle, alors que des bâtiments centenaires détruits dans un pays, certes lointain mais maintenant ma distance n'a plus lieu d'être, tout le monde (ou presque) s'en fiche. C'est paradoxal...

    RépondreSupprimer
  4. D'accord à 100% !! D'accord notre dame est un sublime monument mais comme tu l'as indiqué personne n'est mort!!! Ok un grand respect aux pompiers évidemment. Des millions d'euros ont été récolté pour réparer au plus vite cet édifice, je suis écoeurée d'entendre ça quand je pense au téléthon qui rame chaque année de plus en plus à faire grimper son compteur pour soigner des enfants, combattre des maladies, sauver des vies! Tellement en colère quand je vois la place que prend cet événement dans les médias, je viens de tomber sur un article qui parle de la hausse affolante du nombre de policiers francais qui se suicident et ça qui en parle?

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Merci pour votre petit mot, je vous réponds au plus vite !

Facebook Twitter Instagram Pinterest Inspilia

Articles les plus consultés