The plaid dream


Hello mes chatons,

A vrai dire, j'avais prévu de vous poster un article sur des idées cadeaux pour Noël, mais l'ampleur de la tâche m'a découragée, et puis je vois défiler teeeeellement d'articles de blog à ce sujet que je ne me sentais pas de rajouter ma pierre à l'édifice de la consommation. Chaque année c'est le défilé des concours de l'avent, des wishlists, des photos des piles de cadeaux sous le sapin, si bien que ça finit par m'écoeurer, et je n'ai pas envie de prôner par mon blog ou par les réseaux sociaux la consommation. Surtout que ce serait une excuse parfaite pour caser tous mes partenariats, ce qui est ridicule, puisque j'estime que si les marques collaborent avec moi c'est pour un respect artistique et non une démarche mercantile et rajouter mon nom à leur longue liste de publicité qui ne coûte pas grand chose. Bref, je me sentais finalement contrainte et dégoûtée de penser que je "devais" faire ce type d'article, et ce n'était pas honnête envers vous.

En plus, à vrai dire, chaque Noël qui passe pour moi est moins sous le signe de la dépense que celui du mois douillet, tranquille, avec mon joli sapin et les décorations qu'on a depuis 10 ans, nos chats et un bon repas le 24 décembre. Je ne fais même plus de liste de cadeaux, franchement je m'en fous royal, si mon copain souhaite m'en faire un c'est à lui de voir.

Je pense qu'avant j'aimais tant faire des listes de cadeaux et voir les paquets sous le sapin c'était plutôt pour compenser un grand vide émotionnel que je sentais à l'intérieur de moi. Le nombre de paquet remplissait ce creux existentiel qui me bouffait de l'intérieur, en me donnant l'illusion que j'existais au fur et à mesure que je déchirais le papier cadeau et que j'ouvrais les boîtes. Mais, cette année officiellement, j'aborde Noël tout autrement. Je prends vraiment ce moment de l'année pour une occasion de réfléchir sur moi-même, sans dureté, sans méchanceté. Ai-je été une bonne humaine ? Que puis-je changer ou améliorer ? Quelles furent mes avancées, mes progrès ? C'est regarder le passé pour se tourner vers l'avenir, mieux préparée. J'avais si peur du futur avant... j'étais tellement angoissée, je me sentais si illégitime de vivre, bon dieu quand je repense au stress que j'avais dès la fin novembre, c'est d'une tristesse. Et puis je me mettais tellement la pression pour tout que je faisais tout de travers, d'autant plus que je me chargeais d'une obligation de me faire aimer par tout le monde de peur de passer pour une mauvaise personne... toute cette pression me dévorait de l'intérieur et agrandissait ce creux néantisant qui, tel un trou noir, absorbait et compressait en lui tout mon désespoir de vivre.

Cette année, j'ai pris ma vie en main, littéralement. J'ai affronté plein de choses que je ne pensais pas un jour être capable d'affronter, et c'est tout simple mais en même temps énorme, puisque c'est moi que j'ai affronté. J'ai arrêté de tout reporter sur les autres : pourquoi je trouvais les autres stupides, insipides, ridicules et insupportables ? Ce n'était que ce que je pensais de moi que je reportais sur les autres. Alors je me forçais à copiner avec des personnes qui n'étaient pas du tout sur la même longueur d'onde que moi, forcément ça finissait mal !
Bref, je me suis pris moi-même entre mes mains, et je me suis regardée. Suis-je, à 27 ans, quelqu'un dont je suis fière ? Non. Pourquoi ? Parce que ça fait 27 ans que je refuse de vivre. Que je vivote. Que je fais des compromis, parce que j'ai peur. J'ai peur d'assumer mes désirs. J'ai peur que, si je m'affirme telle que je suis réellement, je finisse abandonnée de tous. J'ai peur de vivre, parce que le monde est impitoyable, et qu'à 27 ans je ne suis plus une ado, je suis une adulte, ce qui veut dire que je dois apprendre à affronter ce monde injuste et stupide seule.

L'élément déclencheur de tout ça, ce fut la perte de poids. Je ne savais pas trop comment l'aborder sur le blog, car c'était manifeste que je perdais du poids, mais en même temps je n'avais pas envie de faire un article à la con "tout sur ma perte de poids", car je n'ai pas envie de le brandir, comme si je n'avais plus de valeur comme blogueuse que grâce à ça. Parce que je ne savais pas quoi dire, comment la justifier, et que ça me faisait chier de devoir justifier quelque chose de si intime auprès de personnes qui ne me connaissent pas vraiment, et qui demandent des explications juste par principe, parce qu'ils ont envie de sentir qu'on a besoin de leur donner des explications, pour avoir le sentiment d'être importants. Parce que les gens sont trop plein de jugements, trop plein de faux bons conseils, d'opinions illégitimes, et que ça me stressait de devoir affronter tout ça. Parce que cette perte de poids, c'est une putain de lutte quotidienne contre mes angoisses et contre ce que je hais le plus : moi-même. Parce que quand je l'ai annoncé officiellement sur Instagram, j'ai reçu plein de messages de félicitations, qui ne pensaient pas à mal, mais qui m'ont fait mal. Qu'est-ce qu'on félicitait ? Qu'enfin je n'étais plus grosse, je n'avais plus un gros corps, que BRAVO je rentrais enfin dans la normalité ? Que c'était courageux ? Franchement, je ne sais pas. Mais ce n'est pas agréable de se voir dire bravo par des gens que je ne connais pas. Parce que mon corps n'est pas un objet de félicitations, il n'est pas le lieu pour les autres de donner leur opinion. Sûrement que je pense ainsi parce que je le déteste ce corps. Que ça fait des années qu'il me fait souffrir. Mais en mai dernier, j'ai dit : bordel, toi, corps, je veux qu'on fasse la paix tous les deux. On va encore vivre 50  ans ou plus ensemble, autant qu'on se crache à la figure tout ce qu'on se reproche. Et pour la première fois en 27 ans, j'ai écouté les reproches de mon corps : colopathie, dépression, TCA. Mon corps me criait sa détresse, et pour le faire taire je lui fourrais de la bouffe, je le remplissais, pour l'étouffer. Mais là, j'ai décidé qu'il avait le droit de dire stop. Il a le droit d'être là. Alors tous les deux on fait notre chemin vers la paix. Est-ce cela pour quoi on me félicitait ? Je ne suis pas sûre que les gens se rendent compte de ce qu'on doit affronter quand on perd beaucoup de poids. Surveiller toute la nourriture, la voir comme du fuel et non de la consolation pour remplir une vie creuse et insupportable. Accepter de souffler, de transpirer, d'avoir mal aux muscles. De commencer par 10 minutes de marche, pour 7 mois plus tard enfiler 3h sans cracher ses boyaux. Quand on se retourne, on voit que la route a été super longue, et difficile, et qu'on doit en être fière. Puis on regarde devant soi, on voit tout ce qui reste à faire. Le découragement surgit, ronge, se planque dans les coups de déprime : à quoi bon ? Pourquoi je fais ça ? Une crise du côlon arrive, injuste, avec tout ce qu'on contrôle pour ne pas avoir mal. On en veut à son corps "putain mais pourquoi tu me fais souffrir comme ça, tu ne vois pas tout ce que je fais pour toi ? Ingrat !". Et puis, se dire que c'est comme ça. Se résigner à la patience. Lire beaucoup, apprendre la nutrition, le sport, écouter attentivement chaque signe de son corps. Dans ma vie, ce fut toujours mon esprit au centre de tout : on m'aimait parce que j'avais de l'esprit, j'avais le respect de mes profs parce que j'étais intelligente, mes études placent l'esprit au centre de toute réflexion. Eh ben, à 27 ans, j'apprends que l'esprit il est bien de la merde quand le corps décide qu'il ne peut plus fonctionner. Comme disait Descartes dans une lettre à la princesse Elisabeth qui lui demandait comment comprendre le lien entre le corps et l'esprit : "leur lien ne s'explique pas, il se vit."

Pour la première fois, j'ai décidé d'apprendre à vivre.

Je vous embrasse mes chatons.

P.S : j'étais partie pour vous parler de mes dernières trouvailles Vinted, c'est parti en cacahuète, ça faisait des mois que ça germait dans ma tête, fallait que ça sorte.



Crédit photos : Luc Dujardin

* * *

Total look chiné en brocante ou sur Vinted, sauf pour les collants, le pull et la ceinture (Le Bourget, King Louie, et Cotélac d'il y a si longtemps qu'on peut dire que c'est vintage ! haha)







Commentaires

  1. Merci pour ce très bel article qui m'a beaucoup touchée. Cette remise en question est très courageuse, et inspirante. Merci, merci ! De mettre en mots ce que nous sommes nombreux à ressentir et à nous accompagner :)

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  2. Les photos et la tenue sont sublimes, l'article est infiniment touchant. Merci pour ce partage d'expérience, c'est ce qui m'importe le plus désormais, aider quelqu'un, ne serait-ce qu'une seule personne, à tracer sa route, alléger sa souffrance peut-être et sa solitude beaucoup, en montrant qu'on fait tous de notre mieux, qu'on se débrouille comme on peut avec ce qu'on a, et que nos failles nous rapprochent finalement. Je t'embrasse fort.

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  3. Quel bel article ... Je decouvre ton blog via Instagram, tu t'es abonnée à mon compte sans doute dans une démarche de recherche de nouveaux abonnés; en général dans ce cas je jette un oeil mais je ne m'abonne pas, par esprit de contadiction, vieux reste d'adolescence. Mais voilà, tu crées de jolies images, et quelques mots sous ces images me donnent envie d'aller plus loin. Me voilà donc en train de lire cet article, qui n'est d'ailleurs pas celui que je voulais lire, et je ne peux m'arrêter avant la fin. Forme élégante et intelligente, fond profondément juste et touchant.
    Du coup, me voilà bien eue: je vais m'abonner.
    Je te souhaite, pour ce que ca vaut, une belle année 2019, sur la voie -pas si simple- de la bienveillance envers toi même. C'est un chemin que je connais bien.
    Merci pour ces mots.

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