Ethique animale et antispécisme (1/3) : La libération animale


Hello mes chatons,

Ah, que je suis contente de pouvoir enfin débuter un cycle philosophique concernant l'éthique animale ! Cet article fera office d'introduction à cette notion, tout en vous parlant un peu d'un des livres les plus célèbres du mouvement antispéciste, La libération animale, écrit par Peter Singer en 1975 puis révisé en 1992.

Après des semaines de recherche, mais aussi des années de réflexion personnelle, ce cycle philosophique m'angoissait autant qu'il me tenait à coeur. En effet, c'est une question bien délicate que l'éthique animale : comme son nom l'indique, il s'agit de réfléchir sur la place morale et politique des animaux dans notre société, en réfléchissant à leurs droits et à nos devoirs envers eux, pour élaborer des lois qui réguleraient la conduite à tenir envers les animaux. Si vous pensez que ce mouvement est très récent, détrompez-vous : il est bien plus ancien que les années 1970. On retrouve les premiers antispécistes dès le Moyen-Âge, seulement ils sont peu, leurs écrits méconnus et souvent moqués. A mon sens, Rousseau s'inscrivait tout à fait dans la lignée de l'antispécisme : mais regardez comme il fut moqué par ses contemporains, choqués qu'il puisse accorder une éthique à la nature, qu'il puisse adopter une conduite morale envers notre façon de nous comporter à la nature. Bref, bien d'autres comme lui furent ridiculisés, et cela car depuis les origines de la Bible et de la Grèce Antique, les animaux furent toujours considérés par les humains comme des choses, des objets à notre libre disposition.

Pourquoi étais-je angoissée de débuter ce cycle sur l'éthique animale et l'antispécisme ? Parce que c'est un sujet brûlant d'actualité, opposant le plus souvent spécistes et vegan, qui, à coup d'articles de journaux, de blog, de vidéos, de scandales, se déchirent et se détestent. Or, comme tout débat éthique, il est important de se détacher le plus possible des passions, de ces mouvements du coeur qui peuvent hélas rendre aveugle la plus honnête des volontés. Toucher à la vie des animaux, tout comme toucher aux traditions séculaires alimentaires, ça touche forcément les gens dans leur chair, dans les profondeurs de leur être, et c'est très très difficile de trouver un moyen de réfléchir à tête reposée.

J'ai beaucoup réfléchi avant de commencer à écrire cet article, car il me concerne aussi directement dans ma vie, mais j'avais ma conscience de philosophe qui m'appelait non pas à hurler ma révolte ou protéger les traditions, mais à réfléchir à comment concilier ceux qui se détestent aujourd'hui, tout en protégeant ceux qui n'ont pas les mots pour se défendre, les animaux.
Avant de commencer les explications, j'aimerais donc préciser que j'essaierai le plus possible de vous exposer honnêtement les thèses des livres que j'ai lu aux fins de ce cycle d'éthique, pour vous donner envie de les lire et de construire vous-mêmes votre propre avis sur ces ouvrages. Je tiens également à vous dire que j'essaierai autant que possible de ne pas vous donner mon avis personnel, car tel n'est pas mon rôle dans un discours philosophique : je ne suis pas un gourou, encore moins un exemple, et l'éthique que je m'applique à moi-même dans mon quotidien fait partie de ma vie intime, je ne souhaite pas l'exposer au jugement des gens. Mon rôle ici, sera de vous parler des droits des animaux, de regarder les thèses des antispécistes, tout en gardant un esprit critique sur la question, car je pense qu'il est important, pour faire évoluer les mentalités, de ne pas faire preuve de mauvaise foi même si l'on est convaincu d'avoir raison. Faire changer des millénaires de domestication animale, ça ne se fera pas en un jour, et certainement pas si l'on n'accepte pas de régler les conflits en les considérant comme légitimes. Je ne tiendrai donc pas de discours pro-vegan, ni anti-vegan, ni pro-carnistes, etc. (je vous expliquerai les termes au fur et à mesure). Idem, je ne prétends pas avoir de savoir absolu, ni d'être une experte en la question, je souhaite seulement proposer des pistes de réflexion à celles et ceux qui aimeraient commencer à réfléchir à la question mais qui n'ont pas d'alternative un peu plus neutre que les discours vegan ou spécistes.

Voilà, je pense avoir été assez claire, maintenant, place à la réflexion :)

Ethique animale et antispécisme (1/3) :

La libération animale, de Peter Singer

J'ai décidé de commencer par un livre devenu pratiquement culte pour le mouvement antispéciste, qui a d'ailleurs contribué largement à banaliser ce terme, et qui est bien souvent brandi aussi bien par les vegan que les anti-vegan en ce qui concerne la question du spécisme. 

Et pour cause : Peter Singer publie cet ouvrage "choc" en 1975, lorsque la question du veganisme est encore peu commune dans le discours public. Il popularise l'utilisation du mot "spéciste" : le spécisme, c'est considérer la suprématie des humains sur les autres êtres vivants, qui justifie à elle seule l'utilisation des autres êtres vivants aux besoins de l'espèce humaine. Ainsi, être anti-spéciste, c'est s'opposer à la vision de l'homme comme être suprême, et le remettre à une place plus humble dans le monde.

Le livre de Peter Singer est composé de 6 chapitres, dont l'organisation m'a laissée un peu perplexe... en effet, les 3/4 du livre sont consacrés à la description des tortures que l'on fait subir aux animaux pour des prétextes scientifiques et alimentaires, et seulement 1/4 est dédié au spécisme et à ses racines dans nos sociétés occidentales. Je fus donc un peu déçue, car je m'attendais de la part de ce philosophe une réelle démarche philosophique, qui serait plus consacrée à une réflexion détaillée et rigoureuse qu'à des descriptions sans fin. Mais en même temps, il faut se rappeler qu'en 1975, peu de personnes avaient le courage de dénoncer ce qu'il se passait dans les abattoirs et dans les laboratoires, si bien que la démarche de Peter Singer est tout de même intéressante, car on apprend beaucoup de choses à ce sujet. Ce que je n'ai pas compris, c'est qu'il commence immédiatement à décrire ces pratiques, et c'est seulement dans les deux derniers chapitres, en moins de 100 pages, qu'il s'intéresse aux racines du spécisme. Bref, ce désarroi m'a conduit à faire mon article en deux parties : la première consacrée aux thèses de Peter Singer, la seconde sur les limites de sa réflexion qui me sont apparues. 

Peter Singer et l'antispécisme

On peut dire que la thèse principale du livre de Peter Singer consiste à donner une place centrale à la douleur lorsque l'on parle d'éthique animale : il ne faut pas imposer de souffrances à des êtres vivants qui peuvent ressentir la douleur. Ainsi, depuis qu'il est prouvé que les animaux, même les plus petits comme les souris, ressentent de la douleur, il est capital de ne rien faire qui puisse les conduire à cet état. La raison soulevée par Peter Singer est simple, et pourtant encore pas si facile à faire accepter à tout le monde : serions-nous d'accord pour infliger aux humains le traitement fait aux animaux ? 
Pour montrer la légitimité de sa thèse, Peter Singer fait remarquer de façon pertinente que nous, les humains, avons mis des siècles avant d'accorder aux femmes le même statut qu'aux hommes (même si ce n'est pas encore parfait, on est d'accord), femmes à qui l'on prêtait une infériorité physique, et donc mentale. De même, pour les Africains et les Indiens, qui ne furent pas considérés comme des êtres avec les mêmes capacités physiques et morales que les Européens. Je rappelle la tristement célèbre controverse de Valladolid, qui eut lieu pour savoir si oui ou non les Indiens d'Amérique du Sud étaient des êtres humains ou non, c'est-à-dire pouvant comme les Européens souffrir, avoir une conscience, une âme, etc. Ouais, dit comme ça ce n'est pas très glorieux, on est d'accord.
Au fond, se demande Peter Singer, pourquoi ne pas se poser la question pour les animaux ?
Il part de l'hypothèse qu'en fait, avec simplement deux minutes de réflexion, et surtout sans préjugés spécistes, il est relativement simple de se rendre compte que les animaux aussi peuvent souffrir. 

Mais alors, d'où vient la "cécité éthique conditionnée" comme il la nomme ?

Cette "cécité éthique conditionnée" désigne le fait de s'aveugler sur la douleur des animaux, pas forcément par cruauté, mais parce que nous sommes conditionnés par un discours spéciste depuis des millénaires, qui nous amène à très bien accepter le fait d'infliger de la souffrance aux animaux, et à ne pas s'apercevoir qu'ils souffrent. 

Peter Singer s'intéresse principalement à deux domaines : le domaine scientifique et le domaine alimentaire.

 1. Le spécisme dans le domaine scientifique

Les 200 premières pages sont consacrées à la description des tests sur les animaux dans les laboratoires, pour des besoins médicaux ou des "besoins" industriels. Ce sont 200 pages vraiment très douloureuses à lire, je dois bien l'avouer, mais en même temps très intéressantes car Peter Singer décrit assez froidement les expériences, jugeant qu'elles sont assez effroyables par elles-mêmes. Même si ce fut un peu dur à lire, j'ai trouvé que c'était très instructif : le problème est que bien souvent nous nous doutons des atrocités mais nous n'osons jamais nous y confronter. C'est d'ailleurs l'un des problèmes que soulève Peter Singer : il est facile de faire "comme si" nous savions, sans en réalité jamais vraiment savoir. Pour montrer qu'il n'invente rien, il cite de nombreux rapports scientifiques, des rapports du gouvernements, et des discours politiques ou de chercheurs. Cela est un travail assez remarquable et par son ampleur et par son intégrité, ce qui manque souvent aux discours antispécistes, un peu trop passionnés mais mal renseignés. Pour le coup, difficile de dire que Peter Singer est de mauvaise foi, ou bien détourne la réalité : la preuve en est qu'il suffit de relire les rapports dont il a pris des extraits, puisqu'il donne avec précision toutes ses références. 
L'origine du problème éthique dans l'utilisation des animaux pour la science est relativement simple : il s'agit d'une banalisation de l'expérimentation animale dès les premières années d'étude des étudiants en sciences (essentiellement en biologie et en médecine), doublée d'une nécessité économique, car bien souvent les fonds pour les recherches sont plus facilement accordés s'il y a expérimentation animale, et encouragée par un scepticisme latent sur l'horreur des expériences en question.

Prenons le premier point : Peter Singer déplore le fait que les animaux sont souvent tués pour des dissections et les étudiants n'ont pas vraiment le choix que de s'y soustraire. Ceux qui refusent sont incompris et finissent par échouer dans leur cursus. En effet, disséquer un rat ou une souris qui serait mort par cause naturelle pourquoi pas, mais le problème est que bien souvent ils sont tués pour ça. C'est inutile dans la mesure où il existe des vidéos, des rapports déjà faits, qui pourraient épargner ces morts absurdes. Ensuite, cela n'aide pas les étudiants à accorder de la valeur à la vie animale : ils en disposent froidement, y mettent fin arbitrairement en décidant que leurs raisons sont plus importantes que la vie de l'animal. En plus, le discours associé à la mise à mort de l'animal est froid et distant : dans les rapports et les descriptions des dissections et expériences sur les animaux, on ne fait jamais de mention directe de la souffrance de l'animal, mais on décrit "des spasmes, des refus de procéder" au lieu de dire que l'animal manifeste de la souffrance et veuille simplement qu'on le laisse en paix. Bref, le discours asceptisé scientifique met une telle distance entre l'homme et l'animal qu'au final le premier ne se rend même pas compte qu'il a des vies en face de lui.

Le second point consiste à soulever l'aspect économique : les scientifiques ont souvent une pression tacite pour expérimenter sur les animaux. Dans ce milieu, on prend plus au sérieux un chercheur qui montre des résultats basés sur des expériences animales, plutôt que sur d'autres preuves. C'est en fait un peu bête car selon Peter Singer on pourrait trouver d'autres façons de tester les produits ou les traitements, c'est juste que les animaux sont des denrées simples à trouver et qu'il est communément accepté de tester sur eux donc il n'y a aucun effort fait pour trouver des solutions alternatives. 

Enfin, tout discours sur les expériences animales se heurtent bien souvent à un scepticisme : on remet en doute les descriptions de la douleur des animaux, en disant qu'on "exagère" ou que ce n'est pas possible. C'est dire combien le spécisme est ancré dans nos mentalités.

"La réponse à ces question se trouve dans l'acceptation incontestée du spécisme. Nous tolérons des cruautés infligées aux membres des autres espèces, qui nous scandaliseraient si on les infligeaient aux membres de notre propre espèce. Le spécisme permet aux chercheurs de considérer les animaux sur lesquels portent leurs expériences comme des pièces d'équipement, comme des outils de laboratoire plutôt que comme des êtres vivants et souffrants. Et de fait, dans les formulaires de demande de subvention auprès des agences gouvernementales, les animaux sont classés comme "fournitures" à côté des tubes à essai et des instruments de mesure." (La libération animale, chapitre II "Outils de recherche", p.166, édition Petite biblio Payot essais)

L'argument soulevé pour continuer à expérimenter sur les animaux est de dire que ok, les animaux peuvent souffrir pendant les expériences, voire mourir (8 milliards d'animaux meurent chaque année dans les laboratoires dans le monde...), mais ces expériences peuvent sauver en retour des milliers de vies humaines. Serions-nous prêts à sacrifier les médicaments pour sauver des humains juste pour empêcher quelques animaux de souffrir ? La réponse de Peter Singer est simple, mais très convaincante : pour savoir si nous sommes dans la légitimité de penser ainsi, il convient de se demander si nous serions prêts à conduire ces expériences sur des humains. Il y aurait certainement des volontaires pour tester voire mourir, comme des malades incurables ou bien des humains qui seraient simplement prêts à se sacrifier pour le bien du plus grand nombre. Est-ce que pour autant nous serions capables de faire ces expériences sur eux ? Ou bien, considérons les enfants : ils ont à peu près le même niveau mental que la plupart des animaux utilisés en ce moment dans les laboratoires. Alors, serions-nous prêts à expérimenter sur les enfants comme nous le faisons sur les animaux ? En répondant à ces questions, nous avons notre réponse pour conduire l'éthique scientifique : si oui, alors nous continuons les expériences. Si non, nous les arrêtons, car rien de peut justifier d'infliger de la souffrance aux êtres vivants non humains. 

"Les expérimentateurs seraient-ils prêts à effectuer cette expérience sur un orphelin humain âgé de moins de six mois si c'était là le seul moyen de sauver des milliers de vies ? Si dans ce cas les expérimentateurs ne seraient pas prêts à se servir d'un enfant en bas âge, alors le fait qu'ils sont prêts à utiliser des animaux non humains révèle une forme injustifiable de discrimination basée sur l'espèce, puisque les grands singes adultes, les macaques, les chiens, les chats, les rats et autres animaux adultes, sont plus conscients de ce qui leur arrive, plus capables d'autodétermination, et pour autant que nous puissions le voir, au moins aussi sensibles à la douleur, que ne l'est un très jeune humain." (op.cit. p.184)


2. Le domaine alimentaire

La condition animale dans l'exploitation agricole est un peu moins développée puisqu'elle compte moins d'une centaine de pages, et je l'ai trouvée un peu moins bien construites et documentées que celle sur le domaine scientifique. Néanmoins, voici ce qu'il en ressort.

Tout d'abord, Peter Singer présente la façon dont les animaux sont traités dans l'industrie alimentaire, en parlant notamment des batteries pour les poulets, l'élevage des veaux et de porcs. Les conditions décrites sont toutes terribles et horribles, je n'ai pas d'autres mots, puisque les animaux sont tous décrits comme ne pouvant pas bouger, ils sont entassés les uns sur les autres, nourris aux antibiotiques, privés de vie sociale et abattus après seulement quelques semaines de vie. Encore une fois, je vous invite à lire ces pages décrivant ce traitement, il ne me revient pas le droit de le transcrire ici. Contrairement à la partie sur le domaine scientifique, Peter Singer ne trouve aucune justification à l'industrie alimentaire : il part du principe qu'il n'est pas utile pour l'homme de manger de la viande, que de toute façon beaucoup de peuples sont végétariens et n'ont pas besoin de viande pour vivre, donc on pourrait s'en passer, on ne le fait pas car on est tous trop spécistes pour s'en rendre compte. 
Il déplore le fait que manger un animal est aussi banal que de manger des carottes, et que dans notre tradition occidentale la viande est le principal ingrédient d'un repas alors que c'est faux, comme il le démontre au chapitre 4 dédié au végétarisme. La position de Peter Singer est sans appel : si on aime les animaux, on ne les mange pas. Point. 
Il soulève également rapidement le problème religieux, avec les abattoirs casher et hallal. Et pour cause : les animaux doivent être égorgés encore conscients, ce qui fait qu'ils sont suspendus, encore conscients, à une patte dans le vide. Sous le poids de leur corps les veaux et les boeufs se retrouvent très souvent avec la patte brisé, l'os à vif, la peau partant au contact de la tenaille qui les retient. Ils meurent malheureusement souvent sous les yeux de leurs congénères. Bref, cela cause un stress énorme et beaucoup de souffrance aux animaux, et la question de les assommer avant de les tuer est peu discutée par les responsables religieux. Enfin, c'était en 1975, il y a eu sans doute un peu de progrès mais je n'en suis pas si sûre étant donné les scandales récents sur les abattoirs hallal. Bref, infliger de la douleur aux animaux pour ensuite les manger est encore aussi banale, voire plus encore, que les tests laboratoires. 
Et pourquoi ? Parce que nous consommons beaucoup trop de viande.  

C'est assez expéditeur me direz-vous, mais dans cette partie j'ai trouvé beaucoup moins de références et d'argumentation, j'avais l'impression que pour Peter Singer c'était tellement évident d'arrêter de manger de la viande que finalement il ne se sentait pas le besoin de creuser plus la question. 

Les limites de La libération animale

Bien que commencé avec enthousiasme, je fus assez surprise du déroulement du livre, comme je vous le disais au début de cet article. La partie sur l'expérimentation scientifique me paraît assez convaincante et bien documentée, même si parfois un peu trop descriptive, avec de réelles implications éthiques pour trouver un compromis science / respect des animaux. C'est à partir du chapitre 3 sur l'industrie alimentaire que les choses se gâtent un peu. Déjà, par le point de vu un peu simpliste adopté par Peter Singer : tous les agriculteurs sont monstrueux, exploitent leurs animaux et détruisent la planète. A son sens, il est impossible de trouver des élevages qui respectent les conditions de vie naturelles des animaux, et aucun abattoir ne fait attention au bétail, et les carnistes (ceux qui mangent de la viande) sont tous des gros égoïstes prêts à tout pour continuer à avoir leurs hamburgers (il écrit ça textuellement mais je n'arrive plus à retrouver la page, désolée ! c'est vers la fin du chapitre 3 il me semble). Mais malgré tout je trouve le discours de Peter Singer ambiguë, car autour de la page 288 il amorce une réflexion autour de la mort de l'animal : bien que jamais agréable au moins nous pouvons rendre la mort de l'animal non douloureuse. Il sous entend que ce serait déjà un grand pas vers le respect des animaux, sans pour autant développer, car il reprend immédiatement un discours nettement anti-carnistes. Je trouve ça un peu étrange, car c'était effectivement le problème à poser et à développer : celui de la nécessité de tuer pour manger. Cela donne l'impression que Peter Singer se rend compte que ça peut aller à l'encontre de son injonction à devenir végétariens et donc renonce à pousser plus loin la réflexion. C'est d'ailleurs le soucis à partir de cet endroit du livre : Peter Singer devient de plus en plus flou quand à la souffrance des êtres vivants, quitte à adopter un discours carrément spéciste au chapitre 4, dans lequel il affirme que les huitres, tout comme les coquilles St Jacques et autres organismes "simples", ne peuvent pas souffrir, donc on peut les manger. Les végétaux sont traités de même, ils sont bien trop éloignés de l'homme pour pouvoir être considérés comme capables de souffrance. J'ai été très étonnée par ces affirmations, non soutenues par des preuves scientifiques, pas plus qu'une réflexion élaborée, en mode expéditif comme si c'était évident. Mais en quoi est-ce évident ? Bref, il me semble que Peter Singer répond au spécisme par une autre forme de spécisme, ce qui du coup affaibli ses arguments pourtant convaincants, et sa démarche éthique tout à fait légitime semble un peu teintée de mauvaise foi, ce qui gâche la fin du livre. De plus, il ne distingue pas clairement végétarien et végétalien, tout en admettant que l'on peut bien manger des fruits de mer... bref, des confusions que j'ai trouvé un peu dommages considérant les ambitions du livre.

Idem, il ne s'attarde que très peu sur les origines du spécisme et son influence aujourd'hui, ce qui conclut le livre sur un arrière goût moralisateur un peu désagréable. Il utilise des raccourcis désobligeants sur les philosophes, sans citer précisément ses sources (notamment pour Aristote, sans prendre en compte son époque et sans non plus expliquer que ce fut le premier à accorder une grande importance dans la connaissance des animaux et de la nature, avec la première tentative de taxonomie... donc bon, on pouvait franchement se passer d'une vision aussi réductrice d'Aristote). Il fait rapidement mention de la Bible, mais de façon si simpliste que je fus vraiment déçue, il me semblait que vraiment n'importe qui aurait pu écrire la même chose, car il ne pousse aucune réflexion si ce n'est de conclure, grosso modo : le carnisme, c'est mal. Et tout carniste est spéciste, honte à ceux qui le sont. 

Ajoutez à cela une traduction vraiment très mauvaise de l'anglais, qui se détériore au fur et à mesure du livre, avec notamment des faiblesses de traduction (j'ai trouvé des fautes de syntaxe vraiment graves), avec des phrases à n'en plus finir, entrecoupées de virgules, si bien qu'il faut les relire deux fois pour se rappeler du sujet (eh oui, n'est pas Proust qui veut.).

Enfin, j'ai trouvé ça vraiment très dommage que Peter Singer ne se pose pas la question de la domestication des animaux. Car penser le droit des animaux ne concerne pas que les sciences et l'alimentaire, mais aussi les animaux domestiques : a-t-on le droit de domestiquer les animaux ? Sont-ils vraiment heureux quand nous les forçons à vivre dans des conditions non naturelles ? Car au fond, être végétarien mais avoir un chien ou un chat en appartement, n'est-ce pas contradictoire ? Bref, finalement beaucoup de comportements encore très spécistes ne sont finalement pas remis en question, ce qui montre d'une certaine façon les racines hyper profondes du spécisme en nous, même en ceux qui s'éveillent à l'éthique animale. 

Comme j'ai quand même envie de ne pas être injuste, il faut garder à l'esprit que ce livre date de 1975... quand bien même il fut actualisé en 1992, depuis il y a eu vraiment des tas de progrès en matière d'éthique animale. Beaucoup de marques vegan et non testées sur les animaux sont apparues, le mouvement pour la protection des animaux gagne de l'ampleur chaque année, l'agriculture et l'élevage traditionnels sont en vogue, avec des agriculteurs conscients du besoin de vivre de leurs animaux. Il y a également une prise de conscience du grand public, avec une "mode" du veganisme qui finalement, même si parfois superficielle, tend à donner plus de pouvoir aux paroles des militants pour les droits des animaux. Enfin bref, depuis ce livre, l'antispécisme a fait beaucoup de chemin, et c'est déjà une victoire encourageante.

Voilà pour aujourd'hui, j'espère que ça vous a plu !

Je vous dis à très vite pour la suite :)

Bécots



Crédit photos : Luc Dujardin

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Commentaires

  1. Coucou,

    Magnifique !

    Sarah, http://www.sarahmodeee.fr/

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  2. Cassandre09 mai, 2018

    Helloooo.

    (Très jolies photos en passant...)

    Un article qui fait bien mal à la conscience humaine. Et qui ravive des souvenirs affreux de dissections de souris ou de petits rats au lycée, que j'avais refusé de faire et qui avaient fini en eau de boudin devant la direction avec ma famille. (Ayant moi même des rongeurs c'était impossible pour moi et l'idée de faire quelque chose d'aussi inutile.. non. Je me rappelle être partie de la classe en claquant la porte et en insultant mon professeur.)... bref... :/
    C'est un peu décousu pardon.

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