1 Tenue 1 Bouquin : Lettre à Ménécée, Epicure


Hello mes chatons,

Quelle joie de partager avec vous aujourd'hui les premières photos fleuries ! En fait, ce n'était pas du tout prévu, mais en chemin nous avons croisé un grand cerisier en fleurs en plein Chambéry et du coup nous avons pu avec plaisir nous attarder un peu auprès de ses branches couvertes de fleurs odorantes. Et en plus, un rayon de soleil est apparu à ce moment, nous donnant un avant-goût des plus agréables de la plénitude du printemps.

C'était d'autant plus chouette que j'avais prévu de vous parler un peu d'Epicure aujourd'hui ! Bon, ce sera court, car je suis overbookée de travail, j'ai 10 000 bouquins à finir en deux mois, et je vous prépare un gros dossier sur l'éthique animal qui est ma priorité... ah oui, et la semaine prochaine j'entame en douceur une approche de la sociologie, donc programme bien chargé !

En attendant, j'avais envie, à la veille de Pâques, de vous présenter la Lettre à Ménécée, dans laquelle Epicure présente les bases fondamentales de l'épicurisme.

Ah, l'épicurisme ! Si Epicure savait comme on en dit tout et n'importe quoi aujourd'hui... enfin vous me direz, c'est un peu pareil pour toutes les grandes doctrines, que ce soit Descartes, Platon, Nietzsche ou les Stoïciens, j'ai bien souvent les oreilles qui saignent quand j'entends dire "ah non moi je suis cartésienne" ou... "je suis une épicurienne". Autant il n'y a aucun mal à se reconnaître dans une école philosophique, mais encore faut-il savoir de quoi l'on parle. Et comme, hélas, fréquemment, on parle sans savoir. Une chose que m'a bien apprise la préparation à l'agrégation, c'est : quand on ne sait pas, soit on apprend, soit on se tait. J'aime bien mieux apprendre, aussi étant complètement ignorante de l'épicurisme et pour l'avoir croisé dans les mots acerbes d'Epictète ou semi-flatteurs de Sénèque, j'ai décidé de me secouer et de lire au moins un ouvrage d'Epicure pour m'en faire ma propre opinion.

Tout d'abord, sachez qu'Epicure et son école, appelée les Jardins d'Epicure car à l'époque en Grèce antique les écoles philosophiques portaient le nom de là où elles étaient enseignées (donc pas de mystère, Epicure enseignait... dans un jardin ! oui je sais, incroyable), furent les grands rivaux des stoïciens, dont je vous parlais ici, ici, et ici. Sénèque écrit les Lettres à Lucilius pour convertir Lucilius au stoïcisme, bien qu'il fut plutôt attiré par l'épicurisme. Epictète n'hésite pas dans les Entretiens de tacler Epicure quand il le peut, notamment au Livre I, 20. Bref, Epicure, l'ennemi du stoïcisme... vraiment ? Vous verrez qu'en fait, ils ne sont pas si différents que ça, et qu'au bout du compte les stoïciens et les épicuriens tendent à un but commun, celui de l'apatheia et de l'ataraxia, c'est-à-dire à l'absence de douleurs et l'absence de souffrances, signes mêmes de la sagesse ultime.

Pour vous situer l'histoire, Epicure naît en -341, peu après la mort de Platon, et peu avant la mort d'Aristote. C'est la période philosophique de la Grèce, il y a des tas d'écoles qui se créent et qui proposent leur version du monde. L'école d'Epicure eu la chance de rester à la postérité en grande partie par ses successeurs, dont plusieurs ont marqué la philosophie, comme Chrysippe, Lucrèce, et plus tard Rousseau bien sûr, mais aussi le romantisme allemand du XIXè siècle. C'est pourquoi il est nécessaire de ne pas rester dans les préjugés sur cette philosophie, et d'en garder une idée faussée par son usage vulgaire et bien souvent trivial. C'est une philosophie bien plus complexe et surtout austère que ce qu'on en a fait !

L'épicurisme, la sagesse des plaisirs


La grande idée banalisée est celle d'un Epicure en train de se livrer à toutes les formes de plaisirs dans son Jardin, dans une orgie sans fin et sans vergognes... D'où les gens qui vous sortent "oh non, moi je suis plutôt épicurien, je cueille le jour et je ne pense pas au lendemain" tout en se goinfrant ou en faisant des excès en tout genre. Alors, oui, certes le credo des épicuriens est le "carpe diem" (cueille le jour) contre le "memento mori" (rappelle-toi de la mort) des stoïciens, qui apparaît plus austère, et pourtant l'épicurisme n'est absolument pas une incitation à l'excès, comme je vais vous l'expliquer.

Le vrai est dans les sensations


Epicure arrive peu après Platon, et il va lui mettre cher, si je puis le tourner ainsi (et bon Dieu comme je le comprends !). Déjà, il s'oppose radicalement à Platon qui voit les sensations du corps comme ce qui nous détourne du vrai. Les hommes préfèrent se fier à leurs sensations trompeuses plutôt que de chercher la Vérité, qui est absolue et parfaite. Epicure s'insurge : mais bon sang, puisque nous sentons les sensations avant même de penser, c'est que les sensations sont vraies !! Et comment se fier à quelque chose que nous ne pouvons pas sentir, comme une Vérité absolue et infinie ? Si je sens, je n'ai pas à douter : je sens. Aussi il n'appartient qu'à moi-même d'éduquer ces sensations, pour les affiner et les affirmer. Les mépriser c'est mépriser la vie (cf aussi Nietzsche, Le Gai Savoir, §9 contre les stoïciens dans lequel il leur reproche de trop mépriser les sensations corporelles). Les sensations sont les seules choses qui nous permettent de nous assurer que nous vivons à un instant précis, et nous inscrivent dans le présent. Sans sensation, c'est-à-dire sans douleurs ni plaisirs, nous ne pourrions pas savoir que nous sommes vivants ! Car l'absence de sensation est l'état de mort lui-même. Ne plus sentir, c'est ne plus vivre, au sens figuré comme au sens propre. 

C'est pourquoi les sensations sont à privilégier avant tout : c'est le seul bénéfice d'être mortel. Sans mort, aurions-nous autant de goût au plaisir ? Et c'est pourquoi la mort ne doit pas être une source d'angoisse : elle est "simplement" l'absence de sensations, ni plus ni moins. Aussi, il faut voir la mort comme le terme des jouissances de la vie, et si nous en avons peur c'est que nous n'avons pas assez bien vécu, c'est-à-dire nous n'avons pas vécu assez pleinement, et nous avons l'impression d'avoir manqué à la vie. Aussi la mort nous semble terrible. Mais si nous menons une vie pleine, enrichie par les jouissances et les plaisirs, alors nous n'avons plus peur de la mort, car chaque jour vécu est vécu pleinement.

"Accoutume-toi à considérer que la mort n'est rien pour nous, puisque tout bien et tout mal sont contenus dans la sensation ; or, la mort est privation de sensation. Par suite, la sûre connaissance que la mort n'est rien pour nous fait que le caractère mortel de la vie est source de jouissance, non pas en ajoutant à la vie un temps illimité, mais au contraire en la débarrassant du regret de ne pas être immortel. En effet, il n'y a rien de terrifiant dans le fait de vivre pour qui a réellement saisi qu'il n'y a rien de terrifiant dans le fait de ne pas vivre." (Epicure, Lettre à Ménécée, 124-125) 


Tout plaisir est-il bon à prendre ? 


"Car les saveurs simples apportent un plaisir égal à un régime d'abondance quand on a supprimé toute la souffrance qui résulte du manque, et du pain et de l'eau procurent le plaisir le plus élevé, lorsqu'on s'en procure alors qu'on en manque." (Op. Cit. 131)

Il est bon d'éclaircir une contradiction apparente dans la philosophie d'Epicure : il dit qu'il faut prendre beaucoup de plaisirs dans la vie car seuls les plaisirs peuvent nous rendre heureux et nous rendre la vie belle, mais en même temps, il précise bien que tout plaisir n'est pas à prendre.

En fait, le sage est celui qui pose une limite à ses propres désirs. Ce qui est bon est limité, aussi tout plaisir vécu comme inépuisable n'est pas bon. Un plaisir est bon parce qu'il est raisonné, apprécié dans une courte durée, et avec des limites dans sa consommation. Par exemple, accumuler des biens sans fin, ce n'est pas profiter de la vie, mais de la radinerie : c'est ne pas se satisfaire de ce que l'on a, et c'est provoquer le désir par le désir. En d'autres termes, désirer c'est bien, mais à condition de satisfaire ce désir sans en créer un autre encore plus avide. C'est pourquoi Epicure n'incite pas aux orgies ou aux débordements : manger est un désir, une sensation que nous avons tous. Mais le sage se satisfera d'un repas simple, qui comble simplement son désir. Le fou, lui, voudra manger des plats en sauce, des mets raffinés, sans jamais être satisfaits. La différence est que le sage a juste comblé un désir par le chemin le plus simple, et le fou n'a rien comblé mais s'est créé des besoins et des désirs supplémentaires. En somme, on pourrait dire qu'un plaisir est bon lorsqu'il ne crée pas de dépendance. Pour Epicure, la voie philosophique des plaisirs doit mener à la plénitude, vers un bonheur absolu caractérisé par l'absence de douleurs et de souffrances. Or, se créer des besoins, c'est créer une dépendance, et se créer un mal. C'est pourquoi se perdre dans les désirs sans chercher la voie de la simplicité c'est en fait se précipiter soi-même dans une vie infernale. 

Cependant, il ne faut pas croire non plus qu'Epicure fuit à tout prix les souffrances pour rechercher uniquement les plaisirs. En fait, tout est question de mesure : il faut fuir les plaisirs qui amènent plus de souffrance que de jouissance, et inversement certaines souffrances amènent plus de plaisirs qu'elles ne font souffrir. Aussi, il faut savoir choisir avec sagesse et raison le chemin le plus équilibré possible.

"C'est en effet quand nous souffrons de l'absence de plaisir que nous avons besoin du plaisir ; mais, quand nous ne souffrons pas, nous n'avons plus besoin du plaisir. Voilà pourquoi nous disons que le plaisir est principe et fin de la vie bienheureuse. Nous savons en effet qu'il est un bien premier et apparenté, et c'est en partant de lui que nous commençons, en toute circonstance, à choisir et à refuser, et c'est à lui que nous aboutissons, parce que nous discernons tout bien en nous servant de l'affection comme d'une règle." (Op. Cit. 128-129) 

 

Conclusion


Il y aurait sans doute encore beaucoup de choses à dire de ce court texte extrêmement dense. Notamment sur la fortune (la chance), le divin et la nature. Mais aujourd'hui je voulais surtout essayer de vous montrer que l'épicurisme n'est absolument pas cet hédonisme dévergondé que le vulgaire en a fait. J'espère vous avoir permis de revoir vos préjugés sur Epicure, et si j'y suis arrivée, j'en suis la plus heureuse des Matoushi !
La Lettre à Ménécée m'a, de mon côté, donné envie de me plonger un peu plus dans cette philosophie, dont le penchant contemporain serait certainement la phénoménologie. Finalement, Epicure était assez original de son temps, car à cette époque Platon faisait fureur avec le triomphe de l'âme sur le corps, et le mépris des choses corporelles et des jouissances. Ce n'est pas si étonnant de penser qu'Epicure fut une grande inspiration pour le triomphe des sciences en Angleterre, car au final, penser que les expériences du corps sont plus vraies que la vérité, c'est permettre aux sciences expérimentales d'exister. Je pense à la médecine et à la biologie par exemple : souvent il y a une théorie, mais c'est par les sensations qu'on peut la vérifier ou l'invalider.
Aussi, je trouve l'idée de simplifier le plus possible ses plaisirs une complémentaire à la sagesse stoïcienne, qui a trop tendance à les mépriser. Le corps n'est pas notre ennemi, mais il est important de l'écouter pour de vrai et non lui créer des besoins non naturels et esclavagisants. Depuis que je vis à la campagne, je me rends compte à quel point mes plus grands bonheurs sont les plus simples : voir le soleil se coucher le soir, faire des câlins à mon chat, sortir me promener dans la montagne, rencontrer des vaches dans un pré, boire un thé chaud en lisant un livre...  Je me rends compte que la ville me créait beaucoup de "besoins" qui n'en étaient pas, et me proposait des voies beaucoup trop compliquées pour satisfaire des jouissances extrêmement simples. Alors, je vis ma vie à la campagne comme mon expérience de l'épicurisme, et j'avoue que dans ce sens là, je suis plutôt conquise !

Alors, que pensez-vous de l'épicurisme ? 

Bécots mes chatons, et beau weekend de Pâques à vous !  
 


Crédit photos : Luc Dujardin

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Lieu : Chambéry, Savoie

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Blouson* : Grain de Malice (dispo ici)
Robe : +Vintage

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Chaussures : +Miu Miu
Accessoire cheveux : +Miss Bellas Blooms (eshop)
Lunettes de soleil : +Miu Miu 

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Commentaires

  1. Il est bon de se pencher sur ses sensations, et de cueillir le jour, l'idée d'Epicure est la bonne pour moi :)
    j'adore ta tenue !! :)
    bisous
    http://katepinup.blogspot.fr

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    1. Oui mais attention, cueillir le jour avec simplicité ;) <3 et merci !!

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  2. Cassandre30 mars, 2018

    Hello et encore merci de prendre le temps de nous écrire tes articles.

    "quand on ne sait pas, soit on apprend, soit on se tait"..
    En effet ça évite au choix (ou en cumulant) de passer pour une nouille, dire des âneries, et l'ouvrir pour rien.

    (La dernière fois j'ai eu le droit à "je suis 100% athé et agnostique.".... *gny*)

    Au plaisir de continuer à vous lire.

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    1. Merci pour vos adorables commentaires à chaque fois, je suis navrée de ne pas avoir le temps de répondre à chacun d'eux !
      Le problème aujourd'hui c'est que les gens pensent devoir un avis sur tout, et gaspille leur énergie réflexive au lieu de la concentrer en un point. C'est pour ça qu'on est souvent tentées à dire des bêtises, au lieu de se taire, ou de garder son énergie pour apprendre.

      (athée et agnostique... argh)

      Beau weekend à vous !

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  3. Cette robe est trop mimi ! Ca cadre bien avec le décor <3
    Bisous!
    http://paulynagore.blogspot.fr/

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  4. Magnifique cette tenue 😍! Du coup j'ai une question. Je prévois un achat du même type de robe bleue marine tu penses que je devrais prendre un jupon de la même couleur ? 🤗😁

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    1. Merci bella ! Alors pour le jupon c'est une question de goût... perso j'aime bien que le jupon se voit un peu et jouer avec les couleurs. Par exemple avec le marine tu peux mettre un jupon blanc, ou rose pâle, ou vert amande ou même rouge et ça sera canon quand tu tourneras etc. Mais après, si tu préfères la simplicité, tu peux prendre un jupon marine ;)

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    2. Merci pour ta réponse 🤗🤗🤗 je pense que je vais tenter le jupon blanc je trouve que c'est pas mal pour un début 😉

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  5. cette robe est superbe
    quel style j'adore
    gros gros bisous

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    1. Merci Chacha pour ton soutien indéfectible ces 6 années, chacun de tes commentaires me fait hyper plaisir ! bisouuus

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