1 Tenue 1 Bouquin : Le mythe de la virilité


Hello mes chatons !

Comment allez-vous en ce jour de Carnaval ? Je dois vous avouer que j'ai cédé aux supplications de l'Amoureux et j'ai fait des bugnes pour lui faire plaisir, et finalement je me suis régalée aussi surtout que ce n'est pas si compliqué à faire. Je me demande pourquoi dans mon souvenir c'était si pénible... Et puis, demain c'est la St Valentin, et c'est un peu un prétexte pour faire plaisir à l'Amoureux, étant donné qu'il n'est pas du tout matérialiste et qu'il aime par dessus tout que je lui fasse des bons plats, je me suis dit que c'était une bonne occasion de céder à ses demandes :) (en vrai, il ne me demande jamais rien, c'est tellement rare que ça me fait finalement plaisir de lui faire plaisir, vous voyez le truc ?).

C'est aussi la période de l'année pendant laquelle j'évite un peu plus les blogs, entre les shootings lingerie rouge, les recettes "aphrodisiaques", les partenariats des unes et des autres avec des fleuristes, restaurants, cinémas, et tous les pseudo débats sur "est-ce que vous fêtez la St Valentin ?" "qu'est-ce que l'amour avec un grand A ?" qui finissent inévitablement par tomber dans des lieux communs et enfoncer des portes ouvertes, ça m'indispose rapidement. Avec mon copain nous fêtons la St Valentin depuis le début de notre relation, ça va être notre 9e St Valentin, et je suis toujours aussi contente de me dire que c'est un jour de célébration et que nous allons faire ce qu'on aime le plus : regarder des séries/dramas/films de SF en buvant un bon vin, dans le lit avec Led Zeppelin qui sans doute fera le fou et viendra enterrer les en-cas dans les couvertures comme il le fait chaque année (oui, il a HORREUR de la nourriture qui traîne en dehors des lieux réservés à son utilisation, donc dès qu'il voit de la bouffe en dehors de la cuisine il fait ce qu'il considère de plus propre : il l'enterre avec ce qui lui tombe sous la patte...). Je ne juge personne, chacun fait ce qu'il veut, c'est pour ça que je n'en ai pas parlé jusque là.

En fait, si je vous en parle ce n'est absolument pas pour lancer un débat stérile sur l'amour ou la St Valentin (genre vous savez si vous avez le malheur de répondre que oui vous aimez la fêter, on vous traite de matérialiste car "quand on s'aime c'est tous les jours l'amouuuuuurrrr" (clairement les personnes qui répondent ça n'ont pas vécu 9 ans avec la même personne tous les jours), ou si vous dites non c'est "oh mais t'es pas marrante c'est bien de s'offrir des trucs et de faire la fête ralala toujours des gens pour râleeeerrrr". Bref, personne n'est jamais content et comme d'habitude c'est juste un prétexte pour élever ses propres opinions en lois absolues, il n'y a donc absolument aucun intérêt à se demander ça.).

(je crois que j'ai battu le record de la parenthèse la plus longue de l'histoire de ce blog)

BREFFE.

Disons que l'approche de cette fête est dans notre culture européenne est très franchement ultra sexiste et hétérocentrée, genre les femmes on leur offre des fleurs et du parfum et les hommes des caleçons et surtout dans les pubs on ne montre que des couples hétérosexuels histoire de bien faire comprendre à tous les autres qu'ils ne sont pas admis dans les traditions sociétales, et c'est la parfaite occasion également pour en rajouter une couche après Noël aux célibataires en leur mettant la pression sur leur vie sentimentale. Tout ça m'a amenée à lire pour de bon le livre que ma mère m'a offert pour Noël Le Mythe de la virilité, un piège pour les deux sexes, de Olivia Gazalé, qui s'interroge sur le mythe de la virilité (sans déc), et d'où vient le clivage entre le féminin et le masculin dans notre société pourtant dite "moderne". Car au bout d'un moment, à force de constater la misogynie banalisée, la virilité complètement clichée, j'ai quand même bien envie d'en comprendre les fondements, sinon j'ai envie de tout casser et de flinguer le monde.

J'ai donc décidé de vous en parler et de vous donner mon avis, en essayant de faire concis, car comme c'est un livre qui vient de paraître et que l'autrice est encore vivante, ce serait cool que vous l'achetiez pour la soutenir :)
Ca me donnait la parfaite occasion pour continuer ma rubrique 1 Tenue 1 Bouquin, que j'avais délaissé ces derniers mois alors que j'adorais la préparer. En fait vous verrez mais maintenant ça ne sera plus le dernier jeudi du mois, ce sera quand je veux (laissez moi faire ma despote svp), et pouet pouet. (trop d'arguments en béton)

(oui donc en fait SPOILER ALERTE : j'ai bien aimé)

Le mythe de la virilité : le livre

Le livre se divise grosso modo en quatre parties : une introduction, une partie sur le féminin, une partie sur le mythe de la virilité, et une ouverture sur des solutions.

Je passerai l'introduction qui est très brève pour vous parler des trois autres parties.

Avant tout, je tiens à préciser que même si Olivia Gazalé est professeure de philosophie, son livre est un ouvrage de vulgarisation. Elle s'efforce d'ouvrir des pistes de réflexions, donne avec générosité énormément de références, mais tout ce qu'elle dit sur les auteurs est très résumé et il revient à chacun-e d'approfondir ses connaissances. Au début je pensais que c'était vraiment à but philosophique, aussi ai-je beaucoup pesté contre sa caricature d'Aristote, avec des références trop vagues, et une radicalisation de sa pensée qui m'a beaucoup agacée. Mais après plusieurs dizaines de pages j'ai compris que c'est moi qui était dans l'erreur : ce livre s'adresse aux néophytes, le but étant d'aider à commencer à penser la question de la virilisation du monde et du mythe de la virilité. C'est tout à fait louable ! C'est très dur de faire de la pensée quelque chose d'accessible à tous-tes. Du coup n'ayez crainte, si la philo c'est pas votre truc mais que vous avez envie d'apprendre et d'avoir des pistes de pensée, ce livre est parfait.

La virilisation du monde (ou : "pourquoi les femmes sont-elles détestées dans le monde ?")

"Mon propos ne consiste pas à nier les dissemblances parfois observées entre les dispositions psycho-affectives des hommes et des femmes, qu'elles soient innées ou acquises, mais à dénoncer la hiérarchisations qui en a historiquement résulté. Que les cerveaux masculin et féminin présentent des spécificités (très difficiles à identifier et mesurer), soit, mais de là à en inférer la supériorité de l'un sur l'autre relève du pur parti pris viriliste." (Olivia Gazalé, Le mythe de la virilité, chapitre "le partage de l'espace et la division du travail").

L'idée conductrice de cette partie, comme de tout le livre d'ailleurs, est de comprendre. Pourquoi des millions de femmes sont-elles agressées, torturées, violées, maltraitées, méprisées ? Pourquoi retrouve-t-on dans une majorité de cultures une infériorisation de la femme ? Ce qui est intéressant c'est que l'autrice n'hésite pas à poser les questions, à mener notre interrogation intérieure et à nous faire nous questionner la société aujourd'hui, en montrant que non, il n'y a pas de complot imaginaire, et que oui, tout cela a une histoire, et c'est pourquoi il est si difficile de s'en défaire aujourd'hui. La détestation de la gente féminine a une histoire, elle est ancrée dans notre culture. 

Olivia Gazalé notamment entreprend une trinité de chapitres sur l'éternelle "vierge-mère-pute" en essayant de comprendre pourquoi les femmes sont reléguées à ces rôles qui s'excluent les uns des autres. Elle trouve une réponse assez intéressante qui est celle des règles : cet écoulement de sang serait à l'origine (entre autres, bien sûr) du dégoût que représente la femme. La femme ne peut pas se contrôler, elle vit au rythme de la nature, d'elle s'écoulent plein de liquides répugnants, qui sentent mauvais, elle change brusquement de caractère, elle est trop émotive, faible, puis d'un coup forte et puissante. Bref, les femmes ne savent pas ce qu'elles veulent, et en plus elles sont sales. 
Je trouve que c'est vraiment génial (oui, GENIAL), qu'enfin quelqu'une parle des règles avec des appuis historiques, des extraits de livres, de la Torah, la Bible, le Coran, mais aussi de philosophes, d'ethnologues, pour montrer que non, on ne parle pas assez des règles. C'est toujours un peu tabou. D'ailleurs tabou vient de tabu en polynésien, qui désigne ce qui est sacrilège. Et c'est le mot qu'ils utilisaient pour désigner une femme qui a ses règles. En tant que femme, j'ai été très soulagée par toutes les explications que Olivia Gazalé donne sur les origines des non dits sur les règles, mais aussi cette honte pratiquement inscrite dans les gênes des femmes, cette sensation de saleté qui ne me lâche pas pendant 4 jours, le sentiment d'être horrible et dégoûtante. Franchement, quand je me rappelle les cours d'éducation sexuelle au collège, et les cours de biologie, on n'avait quasiment aucune information sur les règles. On ne nous expliquait rien, si ce n'est que ça arrive et que quand ça arrive ça veut dire qu'on est bonne pour la reproduction. Mais les changements d'humeur, le fait que c'est normal et qu'il ne faut pas en avoir honte, que c'est hyper douloureux, que ça peut être irrégulier, que tu as envie de crever tellement tu souffres et que tu te trouves horrible, ça, personne n'en parle. On le découvre seules, et souvent on y fait face seules. Par chance, ma mère elle aussi avait des règles ultra douloureuses jeune, donc elle comprenait complètement que je puisse souffrir. Mais c'est pareil : je ne me souviens pas d'une discussion sérieuse où elle m'aurait expliqué ce qui pouvait arriver. Je ne lui en veux pas, naturellement, mais je pense que ça découle une grande partie du fait que ça ne se fait pas de parler des règles. Ca doit arriver, point. C'est la seule certitude. Le reste, c'est de l'expérience. 

Autrement, l'autrice parle longuement du plaisir féminin dans la sexualité, qui est aussi encore un peu tabou aujourd'hui. La preuve, dire qu'on ne veut pas d'enfant est encore une aberration de nos jours. Les femmes comme les hommes ne comprennent pas qu'on puisse, en tant que femme, ne pas désirer d'enfants. Après tout, l'utérus sert à ça non ? Et puis une sexualité sans but, c'est pas un peu faire sa salope ? Alors qu'un homme de 26 ans qui ne veut pas d'enfants c'est "normal, il veut rester libre, il veut faire carrière, il veut être indépendant". Mais une jeune femme c'est juste... "quoi ? pas d'enfants ? Mais alors tu vas faire quoi de ta vie ?" bah je sais pas, je veux rester libre, faire carrière et rester indépendante ? Pourquoi ça ne marche plus dans ce sens là ?
Donc Olivia Gazalé va se poser ces questions, et va chercher dans les racines des religions monothéistes (bien qu'elle cite parfois d'autres croyances religieuses dans le monde) cette impossibilité de la femme à être à la fois sexuelle et mère. Elle n'hésite pas d'ailleurs à considérer des sujets ultra sensibles aujourd'hui comme le voile, qui cache une femme désirable, qui lui apprend à avoir honte de sa sexualité, qu'elle ne dévoile qu'à son époux et lui seul. Dans la religion chrétienne la femme ne doit jamais avoir de plaisir, même avec son mari, elle doit consentir à l'accouplement uniquement pour la reproduction, sinon c'est de la fornication. Olivia Gazalé aborde aussi la question de la femme dans le judaïsme, et c'est très intéressant. 

Notamment, sa réflexion sur le voile religieux est très intéressante, puisqu'elle s'intéresse à ses origines pour enfin amener la question actuelle en prenant en compte les débats sur le burkini par exemple. Olivia Gazalé donne aussi de nombreux exemples très actuels de tendances concernant le voile, des mots précis, etc. donc ça ancre sa pensée dans l'actualité et la rend vivante :

"Tout ce qui contribue à éclairer la conscience des femmes voilées est utile, tout ce qui ne sert qu'à les emprisonner dans le carcan de la loi, elles qui subissent déjà l'oppression des lois religieuses, des coutumes familiales et des rituels ethniques, est vain. Ne défendons pas la liberté des femmes en les stigmatisant, en les traquant, en les humiliant, en les sanctionnant, en les diabolisant, en leur faisant subir le même sort qu'aux sorcières d'autrefois. Ce sont souvent les victimes, n'en faisons pas des coupables. Qu'on les laisse se coiffer comme elles veulent, tant qu'elles ne troublent pas l'ordre public, et qu'on les éduque, quand elles n'ont pas eu la chance d'accéder à la culture qui leur permettrait de penser la signification de leurs pratiques." (op. cit. "La pudeur et le voile")

Et ce ne sont que des exemples, car elle aborde aussi la question de l'esthétisation de l'adultère dans la littérature, comme modèle qui prouve que les femmes et les hommes souffrent de la vision traditionnelle du mariage et cherchent à aimer véritablement et librement, ce qui n'est finalement possible bien souvent que dans l'adultère. Elle parle également de la prostitution, métier détesté par la morale hypocrite, et pourtant ô combien nécessaire depuis des millénaires ! Elle cite notamment des ouvrages qui ont l'air très intéressants comme Les putes voilées n'iront pas au paradis? de Chahdortt Djavann, qui donne la parole aux prostitués en Iran. C'est une partie dans laquelle j'ai appris beaucoup de choses et ça m'a donné envie de creuser la question. C'est aussi paradoxalement une partie dans laquelle le langage de l'autrice est moins empreint de pathos, ce qui serait mon reproche pour le début de son livre. J'aime bien quand on analyse froidement l'histoire, sans mettre trop de vocabulaire "émotionnel", comme le fait Hannah Arendt en fait. Sinon, j'ai l'impression qu'on me demande d'office d'avoir des sentiments tranchés sur le sujet et je me sens privée de ma liberté de me les créer moi-même, rationnellement. Mais bon... comment la blâmer, quand on voit les chiffres ? Quand on voit le nombre de femmes martyrisées dans le monde ? Hier je lisais Machiavel et j'ai eu le dégoût de lire un paragraphe entier dans Le Prince contre les femmes, qu'au besoin il faut "les frapper pour les soumettre". Et j'ai compris l'énervement de Olivia Gazalé. Au bout d'un moment, on n'en peut plus. J'ai compris qu'elle aussi elle souffrait comme moi de lire des livres magnifiques en philosophie et de lire soudainement une phrase misogyne, excluant alors notre sexe de toute pensée. Combien de fois ai-je eu le feu dans mes entrailles, en lisant chez de grands auteurs que les femmes sont viles, stupides, fainéantes, cupides et colériques ?

Finalement, je passais ces passages, en me félicitant d'être née au XXIe siècle, et dans un pays libre.
Et je plaignais ces hommes, ces grands hommes, qui étaient victimes eux aussi, victimes de leurs préjugés, victimes de ce mythe de la virilité qui étouffe tout le monde.

La construction du mythe viril

Dans une troisième partie, il est temps pour l'autrice de remettre au clair les choses :

"Bien sûr, dans les sociétés démocratiques laïques, la femme s'est aujourd'hui affranchie du devoir de pudeur et de chasteté et a abandonné le modèle virginal pour conquérir sa liberté sexuelle et son droit au plaisir. Mais l'homme, lui, reste toujours prisonnier du modèle viriliste qui sacralise son érection, décrète l'urgence de ses pulsion et l'enjoint à faire sans cesse la démonstration de sa puissance, de sa force et de son succès. 
C'est sans doute là le point le plus sensible et le plus méconnu de l'histoire des sexes : le système viriarcal n'a pas seulement essentialisé et opprimé les femmes, il a également aliéné les hommes au mythe de la virilité, un mythe en forme de piège, que les évolutions sociales allaient venir peu à peu contrarier, puis renverser, livrant le mâle des sociétés postmodernes à des difficultés identitaires et existentielles sans précédent." (op.cit. "La putain ou le "mal nécessaire"") 

Si vous pensiez qu'être une femme ce n'était pas trop la joie après avoir lu la partie sur la féminité... Eh bien être un homme, c'est pas joyeux non plus. Soucieuse de ne pas faire le l'homme le despote bourreaux idiot et sanguinaire, qui rabaisse la femme par plaisir viril, Olivia Gazalé s'applique à déconstruire ce mythe de l'homme puissant, musclé, intelligent et qui se maîtrise (et donc maîtrise la nature et la femme).

L'un des passages qui m'a le plus choqué est celui dans lequel elle parle de l'éducation dans la Grèce antique. Les jeunes éphèbes qui vont au gymnase pour se faire repérer par de vieux riches qui les sponsorisent en leur apprenant à devenir un adulte en les sodomisant, voilà le merveilleux modèle des Grecs, qui faisait de la pédophilie la forme d'amour la plus pure qui puisse exister. (petite pensée pour Platon qui trouvait ça génial -> allez voir dans Le Banquet, c'est jouissif) (non.). L'homosexualité était interdite, l'amour envers la femme était méprisable, mais violer des gamins de 12 ans pour leur apprendre que l'amour c'était comme ça... honnêtement, j'exagère à peine, et j'en suis encore bouleversée ! Je m'en doutais, après lecture des philosophes Grecs qui en font mention plusieurs fois, et par exemple Aristote était méprisé au Lycée (l'école que Platon avait fondée) car il ne voulait pas se soumettre à cette règle sociale et aimait les femmes, non les jeunes garçons imberbes (ce qui a renforcé très nettement ma sympathie envers Aristote d'ailleurs). Bref, cette tradition fut continuée par les Romains, wouhouuu. Et ensuite, ça ne va pas mieux.

Même si la pédophilie ne fut plus instaurée comme passage rituel à l'âge adulte, il faut voir les façons dont les hommes sont élevés depuis des siècles : d'abord confondu avec des filles, ils sont ensuite arraché à leur mère, on leur apprend à avoir honte de leur attachement au membre maternel, on les insulte d'efféminé s'ils pleurent ou manifestent leurs émotions. On les corrige physiquement, et on les envoie au régiment militaire. D'un coup, l'enfant se prend en pleine face les humiliations, les entraînements durs, l'apologie du physique, de la guerre, et de leur puissance. Car un homme, ça doit être puissant. Ca doit être musclé, ça doit conquérir. 

Ce qui mène inévitablement à la terreur de l'impuissance, le trouble de l'érection, qui renvoie soudainement l'homme à sa condition naturelle, à l'humiliation de ne pas pouvoir décider de ce qui le rend, à son avis, "viril". Il ne peut plus "prouver" qu'il est un homme, car la société ne l'a réduit finalement qu'à une métaphore de son organe sexuel : dressé, gonflé, mais une fois mou il est inutile. Un homme qui ne bande plus n'est plus un homme.
L'autrice dresse l'histoire (hihihi) de la glorification de l'érection, et c'est juste... wow. WOW. Pourquoi n'en parle-t-on pas plus ? Pourquoi n'est-ce pas enseigné, expliqué ? Franchement, ça aiderait tellement les hommes d'aujourd'hui à comprendre que non, leur virilité ne dépend pas que de cet organe, que oui on peut être mince et frêle et être un homme. Que non, la virilité ne se mesure pas à la longueur de leur sexe dressé, que oui, on peut choisir sa virilité, on peut se définir autrement que par sa virilité. 


Des solutions ?

Heureusement, le monde n'est jamais manichéen, aussi il ne serait pas juste de dire que tous les hommes oeuvrent à la destruction de la femme. Olivia Gazalé rend justice à des auteurs féministes, comme Diderot, qui s'insurgent contre la condition de la femme à son époque. Condorcet également, dont elle cite l'essai Sur l'admission des femmes au droit de cité, dans lequel il réclame l'égalité des droits entre les hommes et les femmes. Elle revient aussi aux origines du féminisme, pour éclairer ce terme qui aujourd'hui est utilisé un peu pour tout et n'importe quoi, et devient en quelque sorte désubstantialisé. Elle se demande aussi pourquoi les féministes sont aussi mal perçues, au point que les femmes même hésitent à se dire féministes, tant on les représente en folles qui veulent émasculer les hommes.

Enfin, la question que l'autrice se pose est la suivante : est-ce une crise de la virilité ou plutôt une crise de civilisation que nous vivons aujourd'hui ? Et si finalement, ces crises d'identité sexuelles n'étaient pas plutôt une des manifestations d'une nécessité de remettre en question notre civilisation et notre culture ? 

Notamment, la question se pose après les horreurs des deux guerres mondiales, les enthousiasmes trop aveuglés à propos de la technologie : le monde perd son sens et se désespère d'en retrouver. La religion s'effondre, l'extrémisme religieux remonte, bref, que des signes qui indiquent la perte d'identité culturelle, et une forme de détresse identitaire.

Sa solution est simple, tient sur trois pages : il faut réinventer les masculinités. Laisser chacun choisir avec liberté ce qu'il veut être, ne plus imposer un modèle mais laisser le choix avec une multiplicité de possibilités de devenir. 


Au final...

Bon alors, évidemment, rien n'est parfait. Je trouve certains passages un peu maladroits, avec parfois des pages entières de questions qui ne trouvent pas de solutions. La solution finale est un peu courte, je reste sur ma faim. J'aurai souhaité que Olivia Gazalé consacre peut être un peu moins d'espace à certaines questions pour se laisser la place de donner une solution, une esquisse de solution. 
Mon second reproche consiste au fait que dès le début les limite géographiques ne sont pas claires : l'autrice veut parler du mythe de la virilité dans le monde entier, pour prouver que c'est un problème universel, mais évidemment se rend compte que ce n'est pas possible et progressivement elle parle de moins en moins d'exemples qui sortent de l'Europe, ou alors cite toujours les mêmes qui feront office de preuves que c'est un problème mondial. Du coup ça m'a un peu agacée, je pense qu'en se limitant d'office à l'Europe et au Moyen-Orient par exemple, elle aurait pu creuser plus en profondeur certaines idées, et ça lui aurait évité de s'éparpiller superficiellement sur d'autres questions. Par exemple pour l'homosexualité, elle cite les samouraï au Japon mais sans expliquer mieux en quoi il consiste, juste pour dire "regardez les Grec n'étaient pas les seuls les Japonais faisaient pareil"... sauf que chez les Japonais c'était TRES différent de chez les Grecs. Du coup, son désir d'universaliser ses propos la dessert parfois.
 
Mais sinon, dans l'ensemble j'ai aimé ce livre. J'ai aimé qu'il pose des questions, que l'autrice mette le doigt sur beaucoup d'éléments encore tabous aujourd'hui, et elle le fait avec intelligence. On ne sent pas la volonté de faire du sensationnel, du choc, du buzz. C'est le livre d'une personne qui aimerait que le monde aille mieux, qui aimerait que les générations futures guérissent de cette crise identitaire sexuelle que nous traversons depuis des siècles. L'écriture est claire, le vocabulaire simple, parfois se complexifie mais toujours avec douceur et habileté. Du coup, je pense que c'est un livre excellent pour les personnes qui veulent en savoir plus sur le sujet, lire des réflexions pour changer des romans, et s'initier à penser. Et comme le dit Hannah Arendt "commencer à penser est en soi une entreprise dangereuse"...


Alors, qu'en pensez-vous ? Est-ce que vous l'avez lu ? Est-ce que ça vous a donné envie de le lire ?

En tout cas,  je pense que c'est à mettre entre toutes les mains, femmes ET hommes !

Donnez-moi votre avis, vous savez que j'aime toujours lire vos commentaires <3 (même si je ne réponds pas toujours... Sorry ! je suis un peu débordée en ce moment)

Bécots <3 

 


Crédit photos : Luc Dujardin

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Lieu : Pigneux, Savoie

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Top* : Isolde Roth via navabi (dispo ici)
Pull : +King Louie
Jupe : Hell Bunny

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Chaussures : Shoe Embassy
Turban : +Sarah Doowoopdos
Ceinture* : Grain de Malice

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Livre : Olivia Gazalé, Le mythe de la virilité, un piège pour les deux sexes, éditions Robert Laffont

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Commentaires

  1. tu es juste sublime
    tes photos sont juste parfaite, c'est un vrai bonheur
    gros bisous ma belle

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  2. Alors là ma belle tu m'as hypnotisé, j'ai lu ton article et je penses exactement comme toi. La société n'a pas changé depuis des siècles et ne changera pas tellement certains mythes sont ancrés profondément dans nos inconscients. Un homme qui est impuissant n'est pas un homme, d'ailleurs il n'y a qu'à voir le mot "IMPUISSANT" ! La femme relégué à son statut d'utérus. Je vais avoir 32 ans et c'est LA question qui revient de longue à quand un enfant... J'en veux mais mon corps pour l'instant non et c'est bien lui qui décide :/ Mais du coup pression sociale etc... Bref merci pour cet article très riche qui me fait réfléchir de bon matin
    Biz Jeny

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  3. Voilà, tu m'as donné envie de lire ce livre. Une bonne base de réflexion.
    (Et... amen pour que quelqu'un aborde aussi la question de la virilité!).

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  4. J'ai très envi de lire ce livre, et c'est grâce à toi ! Merci pour ce résumé et ces jolies photos !
    Gros bisous
    http://paulynagore.blogspot.fr/

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