Sparkling into 2018


La Forêt

 
Forêt silencieuse, aimable solitude,
Que j’aime à parcourir votre ombrage ignoré !
Dans vos sombres détours, en rêvant égaré,
J’éprouve un sentiment libre d’inquiétude !
Prestiges de mon cœur ! je crois voir s’exhaler
Des arbres, des gazons une douce tristesse :
Cette onde que j’entends murmure avec mollesse,
Et dans le fond des bois semble encor m’appeler.
Oh ! que ne puis-je, heureux, passer ma vie entière
Ici, loin des humains !… Au bruit de ces ruisseaux,
Sur un tapis de fleurs, sur l’herbe printanière,
Qu’ignoré je sommeille à l’ombre des ormeaux !
Tout parle, tout me plaît sous ces voûtes tranquilles ;
Ces genêts, ornements d’un sauvage réduit,
Ce chèvrefeuille atteint d’un vent léger qui fuit,
Balancent tour à tour leurs guirlandes mobiles.
Forêts, dans vos abris gardez mes vœux offerts !
A quel amant jamais serez-vous aussi chères ?
D’autres vous rediront des amours étrangères ;
Moi de vos charmes seuls j’entretiens les déserts.


François-René de Chateaubriand


cape Tara Jarmon


Crédit photos : Luc Dujardin

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Lieu : Saint Genix sur Guiers, Savoie

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Cape : Tara Jarmon
Pull* : Grain de Malice
Jupe : +Vintage

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Bottes : +New Rock 
Sac : Yoshi Bags (dispo ici)

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Sparkler !

Hello mes chatons,

Il m'est toujours difficile de vous écrire après avoir trouvé un poème qui résume si parfaitement cette sensation unique quand je suis dans la forêt... Et cela me rappelle les mots si justes de Hannah Arendt concernant la poésie, des mots qui deviennent mémoire et qui seront toujours vivants tant qu'ils toucheront le coeur de quelqu'un... peut-être est-ce là le divin de la poésie, sa capacité à nous émouvoir, à donner aux mots une dimension transcendantale, réussir à condenser l'essentiel avec un assemblage de mots qu'il serait impossible de toucher tant il donne à l'essentiel. Un peu comme la musique, qui émeut sans mots, la poésie nous transporte, nous fait voir l'invisible, nous révèle le monde et nous révèle au monde (j'avais déjà développé ce point plus en profondeur ici). Quand je pense aux larmes que j'ai pu verser en lisant un poème exquis, tout comme j'ai pu me liquéfier de plaisir en écoutant un morceau de musique que j'aime... Cela m'a motivée à reprendre pas mal de projets que j'avais mis de côté, par manque d'organisation mais aussi par manque de temps, j'ai donné mon énergie et mes idées à des personnes qui ne les méritaient pas, je l'ai payé en 2017 mais je me suis juré que ça n'arrivera pas en 2018. J'ai donc repris le piano, le pauvre délaissé depuis quelques mois, je me force à y retourner. Après un accident qui m'a fait perdre une partie de l'usage de ma main droite, j'ai eu beaucoup de mal à continuer avec ferveur la musique, que je pratiquais pourtant depuis plus de 15 ans... Aujourd'hui, j'ai mûri je pense, j'accepte mes failles, je sais que techniquement je ne pourrais plus jamais faire certains mouvements, mais pourquoi est-ce que je me priverai du plaisir en entier s'il n'est pas conforme à mon idéalisation de ce plaisir ?

C'est là un de mes plus gros défauts, j'idéalise beaucoup, et je finis par être déçue car je ne vois pas les choses telles qu'elles se présentent à moi mais telles que j'aimerais qu'elles soient. Ce fut je pense une des causes de mes déceptions de 2017, et je veux vraiment faire des efforts sur ce côté de ma personnalité. D'ailleurs j'ai été hyper surprise de recevoir plusieurs de vos messages privés me disant que vous aimiez me suivre car vous me trouvez idéaliste et optimiste ! Je me perçois moi-même comme misanthrope et cynique, et finalement en réfléchissant après lecture de vos messages, j'ai réalisé que je me trompais sur moi-même. En fait, je me retrouve énormément dans la démarche de Hannah Arendt, qui, malgré les horreurs qu'elle a vu, vécu, les injustices, la haine, l'aveuglement, la colère, a toujours voulu trouver quelque chose à sauver de l'homme. Comment vivre dans le monde, avec l'humain ? Comment pouvoir aimer l'humain, malgré tout ? Voilà donc pourquoi je ne saurai être une vraie misanthrope : sans rien à sauver, sans rien à vouloir aimer en mon espèce, je ne pourrai pas supporter de continuer à vivre. Alors, est-ce vraiment parce que j'ai l'espèce humaine, ou est-ce par égoïsme car je ne veux pas accepter de voir qu'il n'y a rien à sauver et mourir ? Je ne sais pas. Ce qui me motive, c'est qu'à chaque déception, à chaque tristesse, il y a toujours eu quelqu'un pour moi. Que ce soit mon copain, ma mère, mes amies, ou un livre, un morceau de musique, bref, la manifestation positive d'un être humain, la transmission de quelque chose qui me rendait heureuse de vivre à ce moment pour le voir, pour en être témoin, cela me suffit à me dire que ça vaut le coup de vivre. Rien que pour ce moment. Rien que pour voir le monde. Rien que pour entendre le vent s'engouffrer dans les arbres, rien que pour être la témoin du monde à un moment précis. Alors oui, je veux employer ma vie à me rappeler que ça vaut toujours le coup d'être. C'est toujours utile de penser. C'est toujours essentiel d'être témoin et de transporter la mémoire aux futurs humains qui me suivront.
C'est sans doute cela, mon idéalisme. C'est-à-dire, de me battre pour cette idée qu'il y a quelque chose à sauver dans l'homme. C'est pourquoi le travail de Hannah Arendt me semble si important aujourd'hui, dans notre monde qui soit s'enfonce dans un optimisme béat et stupide, soit dans une misanthropie exacerbée et radicale. Vouloir sauver quelque chose dans l'homme, c'est tout de même reconnaître qu'il faut sauver quelque chose, sans quoi il est perdu. Il y a une dimension quasi-religieuse, celle de la salvation christique, de se faire en quelque sorte messager de quelque chose de plus fort que la vie elle-même. Sans rien à sauver en l'homme, alors il faudrait le condamner à disparaître. C'est se dire, "malgré tout, ça en vaut la peine". C'est donc aussi accepter les failles des hommes. Il est impossible aujourd'hui, en plein capitalisme agressif et sans pitié, de se dire que le monde est merveilleux. C'est d'autant plus impossible que grâce à internet, nous ne nous contentons pas seulement d'apprendre que les gens directement autour de nous peuvent être des êtres vils et mauvais, mais de découvrir que c'est partout pareil. Alors il est facile de céder soit au désespoir, soit au déni. Le désespoir, car cela signifierait que l'homme n'a jamais appris de ses erreurs, qu'il n'a pas trouvé dans un autre endroit de la Terre une façon d'être mieux, et que tout humain est de toute façon un paquet de vices et de méchanceté que la société ne fait que recouvrir d'un vernis pour rendre notre existence tolérable. Le déni, parce qu'il nous protège du désespoir si nous ne voyons pas d'autres alternatives. Et parce qu'il nous protège de nous-mêmes : admettre les vices des autres c'est devoir se regarder dans un miroir et se demande "suis-je aussi méprisable que mon voisin ?". Il est bien plus simple de dire "oh après tout, on ne peut rien y faire !" ou "de toute façon tout le monde est pareil alors pourquoi se prendre la tête ?". Céder à la fatalité et à la soumission d'un ordre établi, c'est renoncer à vivre. C'est renoncer de décider pour soi de ce que nous devons faire pour rendre notre existence tolérable. C'est ne pas vouloir sauver quelque chose. C'est vivre par procuration.

Eh bien, je refuse cela pour moi-même. C'est pourquoi j'ai employé ces derniers jours à m'ausculter, à scruter mon âme, et à me mettre en face de ce que je méprise le plus en moi, et ce qui m'a fait le plus de tort. Mon idéalisme, que je dois apprendre à canaliser, et dompter cette imagination qui me rend la vie difficile. En fait, je pense tout le temps à tellement de choses que je finis par ne pas faire grand chose. Par peur et par paresse de devoir mettre de l'ordre dans mes idées, je fuis et je perds un temps incroyablement précieux à procrastiner, car j'ai peur de devoir m'affronter. Je n'ai pas envie d'avoir le courage de me botter moi-même les fesses quand j'ai la flemme. Donc, je dois arriver à cela cette année. Quand je sens la paresse arriver, les tentations langoureuses de mon imagination qui m'incite à m'extraire du présent pour rejoindre les limbes fantasmagoriques de mon cerveau, je dois me ressaisir et me dire "non, je ne dois pas !" et garder en tête mes objectifs (qui restent purement factuels et s'inscrivent dans une courte durée, car étant une grande angoissée il m'est impossible de planifier longtemps à l'avance quelque chose). Le soir venu, quand j'ai pu résister un peu à ces tentations, je me sens soulagée, et j'ai l'impression d'avoir mérité la vie qui est passée. Alors j'aimerais garder ce sentiment de satisfaction, et continuer le lendemain de la même façon.

Et vous, quels sont vos souhaits envers vous-mêmes pour cette année ? Pensez-vous qu'il y a malgré tout quelque chose à sauver de l'homme ? ;) 

Bécots mes chatons <3

Mori gal












Commentaires

  1. Y'a pas a dire avec ces lentilles j'ai l'impression que tu vas me manger

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  2. ah ces yeux ...
    c'est un bonheur et tes photos sont superbes
    gros gros bisous

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  3. La procrastination... Mon pire ennemi à bannir pour 2018...

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