Eloge de la lenteur


Hello mes chatons,

Avant toute chose je vous remercie pour le super accueil fait à mon dernier article concernant la mode éthique :) ça me fait très plaisir de voir que les consciences s'éveillent et que c'est un sujet qui intéresse de plus en plus de monde, de tout horizon. Je vous prépare la suite pour le mois prochain, l'idée étant de vous proposer des bonnes adresses plusieurs fois par an afin de vous partager mes bonnes adresses, pour une voie plus éthique de la consommation !

En parlant de changer sa consommation, je suis une blogueuse super intéressante qui s'appelle Rebecca et qui tient le blog A Clothes Horse, et en dehors de ses magnifiques photos j'aime bien le fait qu'elle ne s'intéresse pas tellement à la mode "tendance" et suit ses propres intérêts et goûts sans se soucier du monde autour d'elle. Le fait qu'elle soit si en dehors de la blogosphère me plaît, et cela explique sans doute pourquoi je la suis depuis des années. Elle vit à la campagne irlandaise, fait beaucoup de photos de la nature, et j'aime beaucoup cette humilité qui se dégage de ses photos. Loin de la prétention de se vouloir grande prêtresse du bon goût ou muse sophistiquée, elle partage avec paix sa vie en harmonie avec les saisons. Si je vous parle de cette blogueuse, c'est parce qu'il y a quelques jours elle demandait à son lectorat de trouver avec elle un hashtag à utiliser sur Instagram lorsque nous souhaitons poster de très anciennes photos, ou bien de poster à nouveau des photos déjà partagées. Rebecca déplorait le fait que sur internet tout va très vite, et qu'il y a toujours cette grande tristesse à poster une photo qu'on aime énormément, qu'on a mis du temps à prendre ou tout simplement qui nous fait du bien à regarder, et puis hop le lendemain il faut déjà penser à en poster une nouvelle, reléguant la précédente au flux injuste des "vieux" posts. Je trouvais sa remarque très pertinente, car c'est quelque chose que j'ai ressenti déjà plusieurs fois, notamment en entendant plusieurs personnes autour de moi me dire "j'ai horreur des gens qui repostent plusieurs fois la même ancienne photo, qu'est-ce que c'est répétitif !"... Et puis ? C'est agréable au contraire d'aimer une photo, de lui accorder plus de valeur que le fait de combler la place du post d'une journée, et de vouloir la faire vivre à différents moments de l'année. Déjà parce que ce ne sont pas forcément les mêmes personnes qui vont la voir, mais en plus parce que oui, quand on fait de la photo il y a certains clichés qui nous ont marqué plus que d'autres !

En plus, cela me renvoyait à mon propre vécu actuel : l'automne dernier j'ai énormément fait de photos avec l'Amoureux, on a vraiment profité à fond de chaque moment de cette magnifique saison, si bien que je me retrouve avec pratiquement une centaine de photos que je ne vous ai pas encore montré ! Je me disais qu'on est en hiver et que c'est trop tard maintenant, comme internet est envahi par l'hiver, les pulls cosy, les ambiances douces, les couleurs neutres, ou alors on commence déjà à parler du printemps... J'avais l'impression que mes photos étaient, en quelque sorte, "périmées" ! Et puis en lisant les réflexions de Rebecca, je me suis dit... et alors ? Internet va vite, c'est vrai, mais je ne suis pas obligée de me laisser faire par cette dictature du nouveau qui sévit sévèrement sur la blogosphère. En plus, janvier et février sont deux mois que je trouve particulièrement longs et insignifiants, l'hiver bat son plein, la campagne n'est pas très charmante, et vous partager les belles couleurs dorées de l'automne me fait revivre en quelque sorte cette saison que j'aime tant.

Si on extrapole, finalement c'est un peu partout comme ça dans la vie : j'ai l'impression qu'on a toujours la pression pour penser au futur avant même de vivre le présent. C'est ma grande angoisse quand on me demande "alors tu veux faire quoi après tes études ? Alors tu vas faire quoi avec l'agrégation ? Alors, tu veux avoir des enfants à 30 ans ?" purée... Mais foutez-moi la paix ! Laissez-moi vivre le moment, laissez-moi ne pas penser au futur ! Et qu'est-ce que ça change, hein, de tout planifier pour son futur ? Déjà, je trouve que ça ne regarde que moi, et personne d'autre, que c'est même un peu malpoli et intrusif de poser ce genre de questions (oui, même quand ça vient de sa propre famille), parce que d'une part mes projets aussi personnels qu'avoir une famille c'est ma vie et ma vie seule, et aussi parce que je ne comprends pas ce délire qu'ont les gens de penser qu'on doit toujours avoir une réponse précise à toute question qui concerne l'avenir. Evidemment que je pense à mon avenir, enfin je n'ai pas attendu qu'on me pose la question pour ça ! Mais se poser la question et avoir une réponse, c'est vraiment très différent. En plus, ça m'angoisse à mort. J'ai l'impression que tout prévoir à long terme c'est comme m'enfermer dans un plan rigide, m'empêcher d'écouter le hasard et les rencontres qui pourraient me faire changer. J'ai l'impression que ça va contre le mouvement de la vie elle-même : il n'y a rien de plus vivace et imprévisible que la vie. En arrivant au monde, on n'a que deux certitudes : on est nés, et on va mourir un jour. Le reste est à faire, à trouver, à inventer, à créer. Me figer dans une direction ce serait comme étouffer mon élan vital. J'ai bien entendu des plans à court terme, mais ça me suffit. Pendant longtemps j'ai voulu faire 10000 projets et au final je n'ai pas réussi grand chose. Maintenant je me donne des buts à court terme, et ça me convient bien mieux : je suis quelqu'un de lent.

Alors, je sais que ça va vous paraître presque absurde, si vous me suivez sur Instagram et que vous regardez mes stories, je dois vous sembler quelqu'un de vif et de passionné : oui, quand je parle. Mais quand je parle de sujets qui m'intéressent, pour lesquels j'ai beaucoup lu, j'ai beaucoup réfléchi, pour lesquels j'ai passé des mois et des mois à organiser mes pensées. Alors oui, à ce moment là ma pensée est vive, je parle vite, je semble quelqu'un qui vit dans le mouvement. Mais en fait, ce n'est que le résultat d'un très très long processus qui a mis des années à se concrétiser. Et je suis comme ça pour tout. C'est pourquoi, malgré mes 7 ans d'étude en philosophie j'ai commencé uniquement il y a 6 mois de partager mes lectures ici. C'est pourquoi, même si ça fait une dizaine d'années que je suis très proche du gothisme, je ne montre cette facette que maintenant. C'est pourquoi, alors que je regarde des films d'horreur depuis tant d'années, je ne me mets qu'aujourd'hui au maquillage à effets spéciaux. Je suis lente. J'ai besoin de laisser mûrir mes goûts, de les laisser en paix dans un coin de ma tête, de macérer dans cette lente distillation de mon imagination, avant de pouvoir mettre en route le moindre processus de mise en pratique de ma pensée. Et finalement, même si cela me coûte pour mon blog (peu de renommée, peu d'abonnées, peu de visibilité), je sais que tout ce que je fais je le fais avec vérité, honnêteté, et entièreté. Je ne suis pas les mouvements au gré du vent, les tendances comme elles viennent, pour en changer le lendemain : cette lenteur est aussi le gage de mon authenticité. Le monde aujourd'hui nous pousse sans cesse à considérer cette authenticité comme surannée et absurde. Evidemment, c'est tellement plus simple de nous pousser sans cesse à ne pas réfléchir et à nous laisser porter bêtement par le flux des tendances fugaces et insipides afin de nous faire consommer toujours plus ! La lenteur est l'anti-capitalisme par excellence.

Mais justement, aujourd'hui que le monde est si excité, il est plus que jamais temps... de prendre son temps. Avant sur Instagram je likais beaucoup les posts sans regarder vraiment, je "lisais" plein de blogs sans vraiment faire le tri de ce que j'aimais ou pas. Aujourd'hui, je prends le temps de faire défiler lentement mon feed IG, en me demandant "j'aime vraiment, ou pas ?" "pourquoi est-ce que je vais liker cette photo ?" et si je ne trouve pas d'arguments, je passe à la suivante. Je prends le temps de la lenteur, mais qui est aussi celui de la réflexion. Aucune pensée ne peut se faire dans l'instant, ça n'est pas possible. Il en faut des mois et des mois avant de trouver une réponse à une pensée ou bien de les faire se correspondre ! C'est normal. Tel est en réalité notre rythme biologique : vivre tranquillement, au rythme des saisons. Et puis, à quoi bon se presser ? Quand je vois les gens qui sont pressés de doubler dans le métro, pressés de gruger à la caisse au supermarché, je me demande toujours "mais que font-ils de leur temps ainsi gagné ?" (je vous parie que 9/10 ce temps gagné est à nouveau perdu devant la télé...). C'est en allant au Japon que j'ai découvert que cet empressement était peut être aussi une affaire culturelle. J'ai découvert que les Japonais, malgré tout ce que l'on peut croire avec leur rythme de travail effrayant (3 jours de vacances par an, des milliers de morts par surmenage par an), sont lents. Oui, oui, ils sont lents. Même quand ils travaillent (bon après ça dépend quel travail hein évidemment). Dans la majorité de mon expérience, j'ai découvert des personnes qui prenaient le temps de bien faire leur travail, ou de bien effectuer une tâche. Ainsi, les jours de semaine les gens marchent vite dans Tokyo mais personne ne vous bouscule, et les week-end la foule pourtant rapide est prise d'une douce torpeur, les gens marchent doucement (au début ça me rendait dingue haha), bref, on prend le temps de vivre. C'est à partir de mes voyages au Japon que je me suis posée des questions sur ma façon de toujours être si pressée pour tout. Finalement, je me retrouvais à souvent bâcler des choses que pourtant j'aime faire, tout simplement parce que je voulais aller vite. Eh quoi, que vais-je faire des 10 minutes gagnées en me pressant, si je vais en perdre ensuite le double à rattraper ce que j'ai mal fini pour aller vite ? Evidemment, la vie parisienne exacerbe cette rapidité toujours plus folle à aller vite vite pour tout, et depuis que je suis à la campagne je savoure le bonheur de pouvoir prendre le temps. Et je pense que c'est possible même quand on travaille (on en reparle quand je travaillerai à plein temps hein !), ou en tout cas de sélectionner ce pour quoi on a envie de prendre le temps, en se demandant si ça vaut la peine de ralentir son rythme uniquement pour telle ou telle tâche.

Je me rappelle de cette jolie histoire que l'un de mes maîtres d'Aïkido nous avait raconté pour justement nous pousser à plus prendre le temps de ralentir notre rythme lorsque nous pratiquions cet art martial :

"Un jour, un moine réputé pour sa sagesse fit asseoir ses disciples autour de lui. Il leur demanda de mettre dans un grand bac ce qu'il avait disposé devant : des grosses pierres, des pierres de taille moyenne, 1kg de gravats, 1kg de sable et 1L d'eau. Les disciples se précipitèrent à essayer de tout faire rentrer, mais il leur restait toujours quelque chose en trop : l'eau débordait, ou bien les grosses pierres ne rentraient pas, etc. Paniqués, ils supplièrent le moine de leur montrer quelle était l'astuce pour y arriver. Sans leur répondre, le moine pris calmement les grosses pierres, les disposa au fond du bac. Puis il combla les trous avec les pierres moyennes. Il prit ensuite les gravats et les disposa méticuleusement dans les interstices. Il fit de même avec le sable, et recouvrit le tout par l'eau : tout était parfaitement rentré dans le bac. Les disciples, interloqués, ne comprenaient pas pourquoi ils n'y étaient également pas arrivé. Le moine leur dit simplement ceci : "l'essentiel, c'est de commencer par poser les grosses pierres. Le reste rentrera. Faites-ainsi dans la vie également : sachez poser ce qu'il y a de plus important, et le reste suivra."

Savoir poser ce qu'on estime de plus important dans sa vie, c'est aussi prendre le temps d'y penser, et savoir se donner ce temps. Voilà donc ce que j'aimerais arriver à faire, m'extirper du tourbillon hallucinant de la frénésie internet, et savourer ce qu'il y a d'important, peu importe son ancienneté, peu importe si c'est tendance ou pas, peu importe tout !

Et vous mes chatons, que pensez-vous de cette éloge de la lenteur ? Est-ce que vous aussi vous vous sentez parfois happés par la rapidité trop folle du monde ?

Bécots !

P.S : et donc, pour respecter cette décision, voici une série de photos prise début novembre 2017 ! Parce que ce n'est pas 2018 qui va m'empêcher d'aimer ni de partager ce que 2017 m'a permis de créer ;) (avec au passage un vieux turban et une ancienne robe achetés il y a plus de deux ans... quand on achète bien, on garde longtemps !)



Crédit photos : Luc Dujardin

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Lieu : Martigny-les-bains, Vosges

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Robe : +Miss Candyfloss

Manteau* : +Lili la Tigresse

Chaussures : +New Rock

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Commentaires

  1. J'adore cette tenue ! Et les couleurs sont magnifiques !
    Gros bisous
    http://paulynagore.blogspot.fr/

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  2. ton article est tellement le reflet du monde actuel. A mon échelle je le vois avec les gens en voiture, ils roulent vite même dans le village où nous vivons et la seule réflexion qui me vient est : "ils sont pressés de mourir ou quoi ?". Mais c'est valable partout et tout le temps.
    Tu exprime à merveille ce que je pense, mais je n'ai pas les mots appropriés pour le dire ; alors merci !

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  3. Tu as raison de continuer à partager tes photos automnales, elles sont sublimes.
    Pour ce qui est de la lenteur, c'est vrai qu'elle fait du bien. J'ai moi aussi amorcé le freinage dans ma vie. Je n'ai plus envie d'être sans arrêt débordée, de courir après le temps... Merci pour cet article qui fait réfléchir!

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  4. Bonjour, et encore une fois merci pour cet article, pour ton travail, le temps que tu nous offres et ta sérénité.
    Je ne peux dire que je plussoie pour ta réflexion, rien quand lisant le titre j'ai su que j'allais savourer ce moment de partage avec tes pensées.

    Une bonne journée.

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  5. Ophelyinthesky08 février, 2018

    La lebteur quel kiff. Prendre le temps de te lire deja. Le truc que je narrivais pas a faire depuis de mois avec la preparation du depart de paname. Et maintenant que je suis en province et que je prends le temps de reflechir a ma carrière, je savoure le fait de me retrouver face a moi même, a mes envies. Et pour ce quen pensent les autres, je leur dis ce qu'ils veulent entendre et je fais ma vie. En plus jai choisi un milieu qui demande du temps pour arriver a une qualité parfaite, la beauté du vin à son apogée. En tout cas, pour quelqu'un de 26 ans, tu as beaucoup plus de sagesse que beaucoup de vieux c*ns. Et c'est tellement agréable de lire un article aussi bien articulé.

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