Le Cercle des Licornes Disparues : Christmas Spirit ou la journée internationale du pull moche de Noël !


Hello mes chatons !

Plein de choses dans cet article, une nouvelle fois très spécial.

Je retrouve le Cercle des Licornes Disparues pour cette chouette journée du pull moche de Noël. Bien qu'amatrice de mauvais goût, je n'avais pas de pull moche figurez-vous (cette phrase est très bizarre je l'avoue). J'ai trouvé mon bonheur chez Alchemy Gothic, une marque anglaise de vêtements alternatifs mais surtout connue pour ses bijoux. J'étais un peu sceptique parce qu'il ne coûtait pas cher (dans les 25€) et je m'attendais fortement à voir une étiquette "made in pays très pauvre"... Eh bien non ! Ce pull est 100% Made in England car Alchemy Gothic est une marque éthique. C'est bon à souligner car le grand reproche que j'ai à faire aux marques alternatives c'est que c'est souvent du chinois ou du made in pays exploités. Du coup si ça vous intéresse, je l'ai trouvé via le site Attitude Holland, un très chouette site qui vend plein de choses originales, dans un esprit punk/gothique. L'envoi est rapide et ils utilisent des emballages récupérés et recyclés, et je vous le dis sans être sponsorisée ni rien, j'ai fait quelques commandes chez eux et ils sont très réactifs c'est agréable.

Et sinon... bon on va parler brièvement de ce qui se voit comme la bouche sur le visage :D
Ca fait plusieurs semaines que je m'essaie au maquillage à effets spéciaux, je prends un plaisir fou à imaginer des trucs délirants. Après un passage chez Make up Forever la dernière fois que je suis allée à Paris, j'ai fait le plein de matériel pour enfin donner vie à tous ces monstres que j'ai dans la tête. Je prends un immense plaisir à me transformer ainsi, et il faut que je pratique encore et encore, bien entendu là c'est le tout début et il y a encore des défauts. Je suis néanmoins contente de mon premier travail, j'en ai bavé ça c'est clair, autant pour maquiller que pour démaquiller hahaha !
Si vous me suivez sur Instagram j'en parle un peu plus souvent d'ailleurs. Je sais que du coup ça divise encore plus, mais vous êtes si nombreuses à me suivre dans mes folies que je ne tiens plus compte des personnes que ça choque et qui se détournent de mon travail. C'est toujours le petit "problème" quand on décide d'aller à fond dans quelque chose qui n'est pas conventionnel, il y a le lot de personnes qui vont se sentir remises en cause, ou bien qui se faisait une autre image de vous, et de vous voir vous épanouir dans quelque chose qui ne leur plaît pas, au lieu de le tolérer et d'être heureuses pour vous, elles vont d'abord essayer de vous piquer, puis vont peu à peu partir. Honnêtement, ça me fait finalement ni chaud ni froid. A force, j'ai compris et intégré qu'avoir un esprit original et révolté n'attirait pas que la sympathie, et c'est le prix à payer pour ma liberté d'esprit. Je pense que vous êtes nombreuses à avoir eu ce genre de sentiment, d'après ce que je comprends dans les messages que vous me laissez.

Enfin, cela n'est pas important car il faut voir le positif dans tout ça : je n'en reviens pas comme vous êtes nombreuses à m'écrire et à m'encourager. C'est hyper stimulant, et je suis heureuse de lire vos messages intelligents, construits, révoltés parfois, drôles souvent, et toujours bienveillants même dans les critiques. Je vous ferai bien des bisous mais oups... je crois que j'ai perdu quelque chose pour ça ! hahaha ;)

Une fois n'est pas coutume, Led Zeppelin s'est invité (en vrai je l'ai séquestré le pauvre) sur les photos, on s'est bien amusés, oui même lui qui était fasciné par l'odeur du (faux) sang x)

Ah oui, et enfin, vous trouverez en dessous de la photo suivante la suite et fin de l'analyse du travail chez Hannah Arendt. N'oubliez pas que je suis toujours disponible pour parler philo avec vous, ici ou sur Facebook et Instagram :)

Bécots !

et pour celles qui voulaient de la philo, ça vient juste après cette photo :


(pour savoir à quoi fait suite ce texte, je vous invite à aller relire ici l'article qui le précédait)

Le travail et la vie

Je dirai que l'un des principes à retenir sur le travail dans la pensée de Hannah Arendt, c'est cette idée que le travail correspond au processus vital de l'humain. L'humain a besoin de travailler, de produire sa nourriture, sinon il ne peut pas survivre. C'est pour ça que Marx considère le travail comme la réalisation de l'humanité, dans le sens où l'homme est le seul animal à devoir produire sa nourriture et les objets nécessaires à sa survie. Même si Arendt est un peu ambiguë sur sa position par rapport à la pensée de Marx, il me semble qu'elle le rejoint sur ce plan là. L'homme est un animal laborans par nécessité et non par choix, ce qui fait qu'il n'est pas possible de faire du travail son identité. Ca me fait penser à la distinction qu'effectue Heidegger dans Etre et Temps, quand il explique la différence entre être et exister. Je suis, j'ai un corps, je vis, c'est indiscutable. Vouloir douter de son corps est absurde dans la mesure où puisque j'ai des sensations, que j'ai des organes qui marchent, et maintenant avec la médecine on peut le prouver de façon empirique, il n'est pas possible de douter d'être. Je suis, oui, ça c'est sûr. Mais est-ce que pour autant j'existe ? Ce que Descartes écrivait en faisant découler nécessairement l'existence de la preuve de l'être ('je pense, je suis, j'existe" écrit-il dans la troisième méditation métaphysique), n'est pas si évident que ça. Être est nécessaire, puisque nous sommes biologiquement, mais exister est une autre affaire. Heidegger y met plusieurs conditions dont l'une qui m'est restée en mémoire : exister c'est ex-sister, c'est-à-dire sortir hors de soi pour aller vers l'autre. C'est le fait d'avoir la capacité de reconnaître autrui comme un autre que soi, qui nous demande de sortir de nous-mêmes, et de nous rendre compte que nous sommes, puisque nous ne sommes pas l'autre. Cela fait bien sûr écho à l'intersubjectivité husserlienne qui avait fondé les bases de la phénoménologie un peu avant Heidegger. Tout ça pour vous dire qu'il est traditionnel dans la philosophie de Heidegger de distinguer bien nettement ce qui est nécessaire de ce qui détermine l'identité de l'être. Ce problème sémantique et ontologique a vraisemblablement influencé Hannah Arendt, qui tout de même a suivi les cours de Heidegger assidument et a été l'étudiante de Husserl (quand j'y pense je suis verte haha elle a fréquenté les plus grands philosophes de son temps et a été reconnue par eux comme une personne brillante T_T). Donc forcément, on retrouve ce problème ontologique dans la distinction entre le travail comme condition nécessaire de la vie humaine (pas de travail = pas de nourriture = pas de vie), mais sans en faire la condition de son identité en tant qu'humain (la question : qu'est ce qui fait que nous sommes des humains et pas des souris ?). Ce que je vous disais la dernière fois, c'est que le travail est la condition de la vie, mais ce sont les produits de l'action qui sont les conditions de l'humanité : l'agir et le penser.

Ici j'aimerais m'attarder encore sur l'importance de la relation entre le travail et la vie, car Arendt l'utilise ensuite pour analyser la qualité de l'oeuvre et son rôle dans notre identité d'humains.

Le travail produit des choses périssables. Ces choses sont des objets du processus vital, et s'inscrivent dans le cycle éternel de la vie et de la mort, à l'image de la vie humaine : "elles vont et viennent, sont produites et consommées selon le perpétuel mouvement cyclique de la nature." (Hannah Arendt, Condition de l'homme moderne, "le travail").
Par définition il est donc impossible que ces choses périssables puissent marquer le passage de l'homme dans le monde, puisque le monde est avant lui, sera après lui, qui est relativement permanent contrairement à l'homme. Ce qui permet de faire vivre la vie, d'une certaine façon, c'est la possibilité de pouvoir témoigner des vies qui nous ont précédés. C'est l'agir et le penser, les produits de l'action. Or, les choses périssables, produites par le travail de l'homme, n'ont pas de pérennité possible dans le monde. Et Arendt insiste sur le fait que c'est parce que ces objets sont des produits de l'homme pour correspondre à son processus vital qu'ils deviennent corruptibles. En soi, dans le monde, les objets ne sont pas des naissances et des morts. C'est parce que l'homme les faits rentrer dans son monde humain qu'alors les objets deviennent correspondants à son processus vital de naissance et de mort :

"C'est seulement au sein du monde humain que le mouvement cyclique de la nature se manifeste en croissance et en déclin. De même que la naissance et la mort, ce ne sont pas des évènements naturels à proprement parler; ils n'ont point de place dans le cycle infatigable, incessant ou se meut perpétuellement toute l'économie de la nature. C'est seulement lorsqu'ils entrent dans le monde fait de la main d'homme que les processus naturels peuvent se caractériser par la croissance et le déclin; c'est seulement lorsque nous considérons les produits de la nature, cet arbre ou ce chien, comme des êtres individuels, les ôtant ainsi à leur environnement "naturel" pour les placer dans notre monde, qu'ils commencent à croître et à décliner." (Ibid)

Attardons-nous un instant sur cet extrait qui est très dense. Tout d'abord, et de façon étonnante, Arendt distingue le monde humain du monde de la nature comme le laisse entendre la première phrase. Et encore plus étonnant, ce que nous attribuons d'ordinaire à la nature elle-même, qui est le cycle de la vie et de la mort, Hannah Arendt ne lui donne ces caractéristiques qu'à condition que ce soit dans le monde humain que la nature existe. Ordinairement, nous avons tendance à dire plutôt que la nature est ce qui donne ce caractère cyclique à la vie de l'homme, et que c'est en se débarrassant de la nature que nous arrivons à triompher de cette malédiction de la vie et de la mort (ce que Arendt appelle plus loin, en reprenant les mots de Nietzsche "l'éternel retour"). Or, Arendt signifie par là que la croissance et le déclin sont les conditions mêmes du monde humain. Il n'est pas possible de s'en défaire, d'en triompher, c'est une règle absolue de la condition humaine. Elle le confirme avec la phrase suivante, encore plus étonnante, puisqu'elle affirme que la naissance et la mort "n'ont point de place dans le cycle infatigable...". La nature, en elle-même, ne comporte pas de vie ou de mort. Ce sont les individus qui la composent qui eux, sont soumis à un cycle de croissance et de déclin. C'est lorsque nous extirpons du monde naturel les choses, en les considérant comme individus, comme objets ontologiques, qu'alors nous pouvons parler de naissance et de mort.
Hannah Arendt distingue plusieurs plans d'existence, et fidèle à son héritage heideggerien elle précise ici ces plans. L'homme est au monde. Il est aux mondes en fait : à la fois dans le monde naturel, et dans le monde humain. Il faut, pour pouvoir correctement parler de l'homme et comprendre son identité, savoir dans quel plan le placer. Or, il est évident que pour parler de l'humain il faut nécessairement se placer dans la sphère de son existence, qui est celle du monde humain et non du monde de la nature. Pour mieux comprendre, imaginez-vous deux cercles concentriques. Le plus grand, qui englobe l'autre, est le monde de la nature. Le plus petit, c'est le monde des humains. S'il est évident que le plus grand cercle comprend le plus petit, le petit ne peut être que compris dans l'autre et ne peut être la règle de son existence. Or, sans le grand cercle, le plus petit ne peut pas exister : il en est de même avec le monde de la nature et le monde humain. Le monde de l'humain est à la fois à lui, et au monde de la nature. Ainsi, pour ne pas se perdre confusément dans les plans d'existence, il faut se préciser que nous devons penser l'humain par son propre monde, et non par le monde qui continuerait à être si l'humain n'était plus.
Qu'est-ce donc que la condition du monde de l'homme ? La naissance et la vie. C'est ce que, depuis le début du chapitre "Le Travail", Hannah Arendt appelle le "processus vital" de l'homme : ce qui détermine l'homme, c'est le fait que son existence soit avant tout marquée par la naissance et par la mort. Ainsi, c'est la règle même de l'existence de son monde : il est donc nécessaire que tout ce qui rentre dans le monde humain devienne soumis également à la croissance et le déclin. Pour préciser ici les mots : naissance et mort concernent uniquement les humains pour Hannah Arendt, tandis que les autres choses et objets sont en croissance et en déclin. Je pense que c'est pour bien distinguer l'homme des autres objets de la nature, dans la mesure où ces choses, prises dans d'autres sphères d'existence, n'auraient pas ces conditions pour identité première.

Il y aurait encore bien des choses à dire sur cet extrait, mais hélas je dois avancer un peu !

C'était surtout pour vous expliquer pourquoi  la notion de naissance et de mort est si importante dans notre étude du travail chez Hannah Arendt. Car il en sera de même pour tout ce que l'homme fait ou touche : à partir du moment où l'objet ou le geste est extrait de son propre monde pour être dans le monde de l'homme, il sera soumis aux règles premières de l'humanité, la croissance et le déclin. Il en est donc de même pour le travail. Lui aussi, est marqué par la croissance et le déclin, tout comme les choses qui seront produites par lui. C'est ainsi que Hannah Arendt entend l'expression de Marx "le travail est le métabolisme de l'homme avec la nature".

"Travail et consommation ne sont que deux stades du cycle perpétuel de la vie biologique. Ce cycle a besoin d'être entretenu par consommation, c'est l'activité de travail. Tout ce que produit le travail est fait pour être absorbé presque immédiatement dans le processus vital, produit -ou plutôt reproduit- une nouvelle "force de travail" nécessaire à l'entretien du corps." (Ibid)

La tâche du travail est de lutter contre la croissance et le déclin, d'une part car l'homme doit travailler pour produire ce dont son corps a besoin pour vivre (le processus vital), d'autre part parce que tout ce que produit le travail est périssable, dans le cycle de l'homme. Chaque objet n'est finalement que préparation à sa propre destruction. En plus, cette destruction, si elle ne s'opère pas dans la durée (la corruption propre des choses), elle se fait par nécessité dans la consommation de l'homme : pour consommer, il y a destruction. Une fois un objet produit pour une utilisation, une fois utilisé il est détruit (et c'est justement cette évanescence qui distingue un produit de consommation de l'oeuvre, comme on le verra plus tard). Ce qui rend le travail pénible, ça n'est pas tant le fait de devoir produire ce dont l'homme a besoin pour vivre, mais la répétition des mêmes gestes pour produire inlassablement la même chose. C'est pourquoi le travail est un labeur : ses produits étant de courte durée dans le monde, ils doivent être constamment reproduits, renvoyant en quelque sorte l'humain à l'absurdité du cycle vie-mort. Mais la contingence de l'existence, c'est une autre histoire !

Travail et fertilité

La seconde résonance du travail avec le monde humain réside dans la fertilité. Je dois vous avouer que j'étais un peu perplexe au début quand j'ai lu une première fois ce livre. Je ne comprenais pas bien comment Hannah Arendt passait de la production, de la croissance et du déclin, des objets de consommation, à d'un coup la fertilité. En fait, il faut penser uniquement au monde humain, et sur ce plan d'existence uniquement. Ce qui caractérise l'humain, c'est le cycle de la vie et de la mort, mais également sa reproduction. C'est un thème très cher à Hannah Arendt, comme elle le laissait entendre plus haut quand elle disait que ce qui valait la peine de faire quelque chose c'est parce qu'il y aura toujours quelqu'un pour le transmettre à un autre, et aussi elle accorde une grande importance à l'héritage historique de l'humain. Pour elle, la mémoire est ce qui permet aussi à l'humain d'avoir une existence dans l'action politique, ce que je vous expliquerai dans la troisième partie consacrée à la vita activa. Il n'est donc pas étonnant qu'elle attribue à l'humanité comme condition la fertilité. C'est un peu cette idée biblique du "multipliez-vous' que dit Dieu à Adam et Eve lorsqu'il les chasse du paradis. L'homme, pour la survie de son espèce, a besoin de se reproduire, ou plutôt, de transmettre à ses descendants ce qu'il est. L'abondance de sa descendance le rend heureux. D'ailleurs, c'est un peu pour ça qu'on nous fait chier aujourd'hui quand on est une jeune femme et qu'on ne veut pas d'enfants : ça semble littéralement impossible, c'est même intolérable pour certaines personnes. Comment, refuser la fertilité, qui est la condition même du bonheur ?
C'est ce qu'on retrouve dans le travail : la fertilité se manifeste dans la production, qui donne plus que le nécessaire vital, on se fait de l'argent avec = l'abondance. Dans des analyses passionnantes des philosophies de Locke et Smith, Hannah Arendt explique que pour eux la valeur des produits résidait dans leur capacité de rester longtemps dans le monde (un peu comme les oeuvres en fait), et donc, pour compenser leur évanescence, il faut les produire à l'identique en plus grosse quantité. Le nombre efface d'une certaine façon la corruption. C'est alors que l'homme ne produit plus par nécessité, mais par liberté, comme le dit Marx. Ou en tout cas, telle est son impression. L'homme décide de ne plus se laisser faire par son processus vital mais l'instrumentalise selon un principe qui lui apporte de la joie : le surplus,  l'abondance, le trop plein. La quantité rassure, conforte, apaise. Parce que l'homme alors n'a plus la sensation d'être soumis à un cycle absurde et aveugle de croissance et de déclin : l'abondance le le lui fait oublier. C'est pourquoi on a fait alors du travail une condition de la joie, de la même façon qu'on a voulu faire croire à la femme que sa fertilité devrait être la source même de sa félicité : on produit, on assure, on rassure. (cet exemple n'est pas de Hannah Arendt, hein, je précise !)

"La joie de vivre, qui est celle du travail, ne se trouvera jamais dans l'oeuvre : elle ne saurait se confondre avec le soulagement, la joie inévitablement brève, qui suivent l'accomplissement et accompagnent la réussite. Le bonheur du travail, c'est que l'effort et sa récompense suivent d'aussi près que la production et la consommation des moyens de subsistance, de sorte que le bonheur accompagne le processus tout comme le plaisir accompagne le fonctionnement d'un corps en bonne santé." (Ibid)

Sauf que... toute joie (et non bonheur, pour marque l'instabilité de ce sentiment) est accompagnée de douleur. Et cette douleur se retrouve d'une part dans la répétition de ces mêmes gestes pour produire les mêmes choses, d'autre part dans le fait que le travail est la stricte expérience de l'absence-du-monde qui concentre l'homme dans son métabolisme et le renvoie toujours à ses limites vitales (la mort).
Eh oui, si l'abondance étourdit et rend ivre de joie, c'est justement ce trop plein de choses, qui dépossédées de leur caractère vital, deviennent inutiles. Produire l'inutile ne peut être une source de bonheur constant, puisque le travail est caractérisé par l'utilité de ce qu'il produit, sinon il n'a aucune raison d'être. C'est alors que s'opère l'absence-du-monde de l'homme : ce qui le donnait au monde, c'était cette conscience du cycle éternel de la vie et de la mort. Une fois qu'il pense le fuir et s'affirmer comme stable et inépuisable, l'homme épuise sa propre définition première d'être. C'est un cercle vicieux en fait. L'homme est malheureux de travailler car il est en quelque sorte esclave de sa condition biologique -> il trouve le moyen de se faire croire que le travail n'est pas souffrance mais en le rendant abondant il lui donne de la joie -> il produit beaucoup trop -> l'abondance ne l'empêche pas de mourir -> l'abondance n'est donc plus de la joie, mais le plonge encore plus bas dans sa misère, etc.
C'est pourquoi la division du travail, arrivée par notre chère taylorisation de la production, a plongé encore plus profond l'homme dans son malheur : en isolant les tâches dans le travail, l'homme est privé d'une vision d'ensemble. Il sait encore moins pourquoi il produit, à quoi il sert, son travail est privé de sens. On ne lui donne qu'un sens immédiat, raccourci, et isolé en fait de sa vrai raison d'être.

"Comme aucune des activités en lesquelles le processus est divisé n'a de fin en soi, leur fin "naturelle" est exactement la même que dans le cas du travail "non divisé" : soit la reproduction des moyens de subsistance, c'est-à-dire la capacité de consommation des travailleurs, soit l'épuisement de la force de travail." (Ibid)

En fait, ce qui rend le travail aujourd'hui si dur, c'est aussi parce qu'on lui a retiré son caractère privé, là-dessus Hannah Arendt insiste longuement. Depuis toujours le travail est chose privée : on produit peu, à petite échelle, pour peu de gens, et surtout on est consommateurs direct de ce que l'on produit. Or, aujourd'hui, c'est exactement le contraire : on n'a plus aucun contact avec ce qu'on consomme directement, et nous ne consommons pas ce qu'on produit ! Les métiers de service en sont l'incarnation : on donne notre force de travail à d'autres, pour produire des services non matériels. Ce qui fait que bien souvent, on nous considère comme inutiles. La preuve : il y a des recherches pour tenter de remplacer ces métiers par des machines. Une façon subtile de dire que d'une part ces métiers sont inutiles pour des humains, d'autre part pour dire que ces humains qui font ces métiers les font mal et ne sont pas rentables.
De plus, ça rend les gens très ignorants sur ce qu'ils consomment, et ça permet à un système capitaliste inégalitaire de s'ancrer encore plus et durablement dans la société : les gens sont si déconnectés de la réalité des produits de consommation qu'ils ne se rendent pas compte de la vraie valeur de ce qu'ils usent. Je le vois, à mon échelle, avec mon blog. Grâce à cette plateforme j'ai rencontré de nombreuses créatrices et créateurs qui m'ont expliqué comment elles fabriquaient les objets, bijoux, chaussures, vêtements, et même le maquillage. J'ai compris à quel point c'est compliqué de faire un vêtement, de produire des chaussures. Ce qui explique que ça puisse coûter cher par exemple, ou que ça ne puisse pas être fait en grande quantité. Mais autour de moi je constate que beaucoup de personnes ignorent à quel point ce qu'elles consomment est en fait très injuste : il ne sera jamais normal de payer un sac 10€. Tout comme des bijoux à 5€. Bref, on rend les gens ignorants en les isolant des processus de fabrication. Diviser pour mieux régner, un principe vieux comme le monde et pourtant qui continue de fonctionner à merveille.

Le travail et la société de consommation

Je sais très bien que je vais appuyer là où ça fait mal, surtout en période de festivités. Mais il faut ouvrir les yeux sur notre façon de consommer. Si aujourd'hui on nous représente le travail comme condition même de l'émancipation de l'individu dans la société c'est en grande partie pour justifier la sur production, le gaspillage, et l'illusion de faire quelque chose d'utile en contribuant à enrichir les plus riches. Nous n'avons plus aucun idéaux à part la consommation pour elle-même.
Il n'y a qu'à aller sur les réseaux sociaux pour se rendre compte à quel point les gens sont pris dans cette machine infernale de la consommation de choses inutiles/évanescentes. On parle de ses derniers achats, il y a des millions de vidéos "haul" dans lesquelles les personnes étalent devant leur caméra les dizaines de vêtement qu'elles ont reçu en cadeau ou acheté. Je suis parce que je consomme, et il est difficile de résister aux sirènes de la joie éphémère d'avoir quelque chose de nouveau. Je l'avoue, je suis parfois comme ça aussi. Cette joie fugace mais intense de la possession de quelque chose de nouveau, et même de se défouler sur la consommation en se disant "après tout, c'est pour ça que je travaille." Vraiment ?

Le système du travail aujourd'hui atteint ses limites, je vois fleurir autour de moi de plus en plus de prises de conscience sur la consommation. Ca se traduit par le nombre toujours grandissant de végétariens, de personnes qui consomment éthiques, des coopératives agricoles ou mode, des petits créateurs, etc. Donc je ne veux pas finir sur une note pessimiste ou triste, car je pense que nous vivons un moment très important dans l'histoire de l'humanité. Dans 20 ou 50 ans nous y repenserons en nous disant "ah oui, c'est vrai que c'est à ce moment là que ça a commencé à changer". Alors, il faut vivre ces moments en se demandant si nous serons fiers de nous, dans 20 ans. En se disant que plus tard, nos petits enfants se diront "c'est bien. On a pu changer." Comme le disait Marx, la fin du capitalisme sonnera la fin de la préhistoire de l'humanité. Il est temps de se lever, et de penser.


Bécots mes chatons.












Et voici les looks des autres Licornes, Audrey, Anaïs, Ninah (cliquez sur les images pour accéder à leurs blogs) :

http://www.big-or-not-to-big.com/cercle-des-licornes-disparues-xmas-spirit

http://www.anaispenelope.fr/2017/12/pull-moche-de-noel-grande-taille-cercle-des-licornes-disparues.html

https://blog.ninaah.com/pull-moche-noel-licornes/

Commentaires

  1. Wow, tu me charmes par tes mots à chaque fois et c'est une bouffée 'oxygène de te lire. Bon les photos font flipper quand même :p
    Biz Jeny

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  2. Le pull de Noël qui fait peur héhé !

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  3. Je le trouve beau ce pull ^^' je dois avoir des goûts tordus, fin je suis tordue, ceci explique cela !
    Et j'adore ton make-up ! Tellement dingue !
    Gros bisous
    http://paulynagore.blogspot.fr/

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