Méditations Métaphysiques


Hello mes chatons,

Je vous laissais en suspens jeudi dernier avec mon explication des fameuses Méditations Métaphysiques de notre cher René Descartes national, souvent malheureusement réinterprété, et réduit à cette expression insupportable de "cartésien"... j'ai pu redécouvrir cet auteur avec mon mémoire, et j'ai découvert des facettes qui me l'ont rendu non seulement bien plus accessible que ce que je pensais qu'il était, mais également beaucoup plus profond et malicieux que ce que l'on m'avait appris de lui. Il y a des auteurs, c'est le contraire, comme par exemple Heidegger qui me dégoûte de plus en plus (sorry Gegger, mais ton nazisme, c'est juste pas possible, ta misogynie, ton ethnocentrisme c'est pas possible non plus), alors qu'au début je le découvrais avec un enthousiasme qui me semblait inépuisable. Et enfin, il y a des auteurs "coup de foudre", que j'aime, que j'adore, qui m'inspirent et qui sont mes maîtres à penser, comme Nietzsche et... Rousseau. Ouais ouais, je sais, c'est pas très surprenant. D'ailleurs je pense vous écrire quelques articles sur Nietzsche mais c'est tellement compliqué qu'il faut d'abord que je fasse le ménage dans mon esprit >_<

BREF.

Je disais donc, René il est cool, il est sympathoche, en plus il nous case des petites blagounettes ni vu ni connu, et ça suffit pour le rendre franchement très attachant.

Je m'arrêtais la semaine dernière à la seconde méditation. J'occulterai volontairement la troisième, qui est dédiée à l'idée de Dieu, pour la simple et bonne raison que le discours théologique (theo : dieu, logos : discours, littéralement "discours sur Dieu") n'est pas ma spécialité, et qu'en plus c'est difficile d'en parler rapidement, surtout que Descartes fait référence à un contexte social et intellectuel bien particulier, et il est l'héritier de toute une pensée sur Dieu, si bien qu'il me serait impossible de vous en parler sans commettre de contresens, ou tout simplement je crains que vous risquiez de mal interpréter certains termes... il vous suffit, pour continuer notre cheminement de la pensée, de vous dire que pour Descartes, quand il parle de "Dieu", c'est plus une idée d'infini et de perfection absolue que le Dieu barbu qui a fabriqué Adam et Eve avec de l'argile.

Nous continuons donc notre chemin, une fois cette (longue) parenthèse close : nous arrivons au point où, rappelez-vous, nous ne pouvons douter d'être une chose qui pense, puisqu'au moment où nous pensons, il nous est impossible de faire autrement que penser, et donc nous avons par là conscience de notre existence. Je pense, j'existe.

Je faisais allusion à la question de la vérité jeudi dernier, car en effet, maintenant nous savons que nous pensons, c'est certain, mais qu'en est-il des objets de notre pensée ? Y aurait-il également un esprit malin qui s'amuserait à ne mettre en nous que du faux, pour le plaisir de nous voir penser à des objets qui sont mensonges ?
Comment alors démêler le vrai du faux, puisqu'en tant que choses pensantes finies et limitées, nous ne pouvons pas ne pas nous tromper de temps en temps. Comment savoir si nous sommes dans le vrai ?

La première remarque de Descartes, et qui est fort intéressante, c'est de dire que Dieu, qui met les idées en nous, ne peut vouloir qu'on se trompe. Car s'il voulait qu'on se trompe, cela témoignerait d'une mauvaise tournure d'esprit, et donc ça ne pourrait être cohérent avec Dieu qui par définition est bon. Par contre, et là c'est super intéressant, Dieu peut se tromper. Voilà la différence entre le "vouloir tromper" et "pouvoir se tromper". Et puisque Dieu sait qu'il est possible de se tromper, comme il l'expérimente lui-même (et ça c'est juste ouf de la part de Descartes car il sous entend que Dieu peut faire des erreurs... à une époque hyper dévote ! il a du culot ce René hein), il a donné à l'humain la faculté de juger. Et c'est de cette faculté là que découle la reconnaissance du vrai et du faux. Mais comme dit Descartes, il va falloir en user avec intelligence, et trouver une méthode pour bien utiliser son jugement. On reconnaît bien là le scientifique, qui procède avec prudence par étape, pour enfin trouver une manière pour ne pas commettre d'erreurs.

"Car, premièrement, je reconnais qu'il est impossible que jamais il [Dieu] me trompe, puisqu'en toute fraude et tromperie il se rencontre quelque sort d'imperfection. Et quoiqu'il semble que pouvoir tromper soit une marque de subtilité, ou de puissance, toutefois vouloir tromper témoigne sans doute de la faiblesse ou de la malice. Et, partant, cela ne peut se rencontrer en Dieu. En après j'expérimente en moi-même une certaine puissance de juger, laquelle sans doute j'ai reçue de Dieu, de même que tout le reste des choses que je possède ; et comme il ne voudrait pas m'abuser, il est certain qu'il ne me l'a pas donnée telle que je puisse jamais faillir, lorsque j'en userai comme il faut." (René Descartes, Méditations Métaphysiques, Méditation Quatrième)

On se retrouve alors entre deux, puisque d'un côté nous avons la possibilité de ne jamais nous tromper, puisque Dieu qui nous a créé ne souhaite pas que nous soyons dans l'erreur, mais d'un autre côté il est manifeste que nous nous trompons. Comme nous ne sommes pas Dieu (comprendre que nous ne sommes pas une matière infiniment étendue et parfaite), il est évident que nous pouvons être dans l'erreur, et c'est ce qui arrive dans les faits. Mais ce qui est intéressant ici, c'est que Descartes ne voit pas dans l'erreur une négation, quelque chose de négatif. Pour lui, c'est plutôt l'expression d'un manquement de connaissances. Nous commettons des erreurs car nous agissons sans avoir la connaissance que nous devrions avoir pour agir. Si nous ne comprenons pas quelque chose, ce n'est pas parce que cette chose est imparfaite, mais plutôt que dans notre finitude et notre imperfection, nous n'avons pas d'office la connaissance de cette chose. Eh oui, il n'y a que Dieu qui puisse nommer pour connaître ! Nous autres, humains, nous avons besoin d'apprendre, ce long et fastidieux procédé, et malgré tout nous restons dans une grande ignorance des choses de la nature.

"En suite de quoi, me regardant de plus près, et considérant quelles sont mes erreurs (lesquelles seules témoignent qu'il y a en moi de l'imperfection), je trouve qu'elles dépendent du concours de deux causes, à savoir, de la puissance de connaître qui est en moi, et de la puissance d'élire, ou bien de mon libre arbitre : c'est-à-dire, de mon entendement, et ensemble de ma volonté." (Ibid)

L'erreur ne provient que de nous-mêmes. Mais cela signifie que nous avons, en nous-mêmes, le pouvoir d'agir sur cette erreur, et de s'améliorer. Aussi, Descartes tient à souligner la différence à être dans le faux et le simple manquement d'une connaissance. Se tromper, c'est mal faire, c'est mal penser, tandis qu'ignorer n'est pas un procédé malicieux et irréversible. Il appartient surtout à nous mêmes de ne pas juger si nous ne connaissons pas quelque chose : nous pouvons apprendre et nous sortir de l'erreur. Car l'entendement, par essence puisqu'il nous vient de Dieu, ne peut pas vouloir se tromper. Il est impossible de tout savoir et de tout connaître, aussi notre esprit doit toujours se rendre compte, par humilité, qu'il est possible non qu'il se trompe, mais qu'il ignore. Selon Descartes, nous avons la chance d'avoir un libre-arbitre, c'est à dire une volonté infinie (sans bornes), grâce auquel nous pouvons avoir accès au savoir (mais bon, comme on a un corps on est limités dans le temps donc on ne peut pas tout connaître).

Je trouve ce passage particulièrement magnifique, témoin de la grande foi que Descartes, en bon savant de son époque qui découvre la puissance de la science par rapport à la religion, a en l'humain. Cette méditation paraît presque un peu idéaliste, mais si belle et si confiante en l'humain et en sa capacité qu'il a en lui-même de se sortir du faux pour apprendre. Ainsi, si l'on suit Descartes, faire des erreurs n'est pas irréparable, nous avons la volonté en nous de nous instruire et d'acquérir les connaissances nécessaires pour ne pas être mauvais, c'est à dire rester dans l'ignorance.
Il est vrai que beaucoup de mal est fait sur Terre par bêtise et par ignorance... Mandela disait "Les racistes sont ceux qui se trompent de colère", car oui je pense aussi que beaucoup de gens sont méchants par ignorance... Quand on voit comment les médias cherchent à nous empêcher de trop réfléchir et nous martèlent les mêmes conneries juste pour nous monter les uns contre les autres afin de garder le pouvoir et nous faire croire que seule la possession de choses et l'argent peuvent nous rendre heureux.
J'extrapole à mort Descartes, hein, mais je trouve ce texte si merveilleux, si plein de bienveillance, que je ne peux m'empêcher de penser à tous ces gens qui sont dans la méchanceté parce qu'ils ont peur d'affronter en face les vraies raison de leur colère, parce que ce serait se dresser en face d'un système qui ne veut pas qu'on le regarde, car le jour où ça arrivera ces 1% de personnes qui contrôlent notre vie devront partager leurs richesses... Et puis je ne pense pas que ces gens là soient heureux. Quand on est bien avec soi-même, on n'a pas envie de faire du mal aux autres. On n'a pas envie de les voir malheureux. On n'a pas envie de briser leur vie.

Descartes insiste particulièrement sur l'importance de la volonté, qui pour lui est la seule qualité qui est réellement infinie en nous-mêmes. L'imagination, l'expérience, sont des qualités mais bornées et très petites car nous sommes limités par la connaissance qui elle, comme nous l'avons vu, est limitée. Alors que la volonté est de l'entendement pur, et donc, infini. C'est un peu le discours qu'ont les coach sportifs pour motiver leurs victimes clients, en leur disant que leur seule limite est leur volonté. C'est aussi le discours des personnes qui ont vécu un terrible accident, et qui doivent apprendre à marcher à nouveau, même si les médecins leur disent qu'ils ne pourront plus jamais marcher... et c'est la volonté qui les fait se lever jour après jour.

Par la volonté, nous sortons de l'ignorance, et donc nous devenons libre.

La liberté, c'est connaître, c'est apprendre, c'est se sortir de l'erreur. Ce n'est pas acquis de droit à la naissance, c'est quelque chose pour laquelle nous devons nous battre chaque jour, et notre ennemi est nous-mêmes.

Alors, qui a dit que Descartes était rébarbatif ? ;)

Je vous laisse méditer là-dessus mes chatons, j'avais prévu de vous faire un résumer des Cinquième et Sixième Méditations mais c'était trop ambitieux je crois !

J'espère que ça vous a plu, et vraiment relisez Descartes, c'est accessible et à chaque lecture on le redécouvre. En plus à chaque âge de la vie on découvre quelque chose qu'on avait ignorer dans ce texte. Soyez cartésiennes, et ne vous soyez pas satisfaites par d'anciennes vagues connaissances, mais battez vous pour en acquérir des fraîches afin de ne pas être dans la prison de l'ignorance imbue d'elle-même.

Bécots !

Top rayures Grain de malice

Crédit photos : l'Amoureux

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Lieu : Saint Jean de Chevelu, Savoie

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Top* : Grain de Malice (dispo ici)
Veste, jupe : Vintage

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Escarpins : +Vivienne Westwood x Melissa
Couronne florale : +Magaela Accessoires
Bijoux : +Les Néréide

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Escarpins Vivienne Westwood





Commentaires

  1. cette jupe rouge est superbe
    j'aime beaucoup
    gros gros bisous ma belle

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  2. J'ai pas tout lu ni tout compris (un peu de fièvre today), mais la campagne te va à ravir....

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  3. Magnifique tenue !
    Je ne pense pas avoir déjà étudié Descartes (la seule année de philo que j'ai, eh bien je l'ai passé chez moi, du coup, j'ai jamais eu le programme) néanmoins je trouve ses réflexions intéressantes et vraies, je veux dire, c'est logique, ah il faut que je lise Descartes! Merci pour la découverte <3

    Gros bisous
    http://paulynagore.blogspot.fr/

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