Grain de Malice


Hello mes chatons,

Depuis quelques jours, je dors mal. Je vous le disais il y a peu, je me sens bien torturée par cette transition saisonnière, et je suis partagée entre le stress d'une nouvelle rentrée et la joie d'arriver en cette saison d'automne que j'aime tant. Je l'aime d'autant plus depuis que je vis à la campagne, car chaque jour je découvre une feuille tombée, un changement de couleurs, la pluie qui fait remonter les odeurs d'herbes mouillées et les oiseaux qui commencent leurs provisions. Mais la nuit tombée, cette nuit que je chéris tant en hiver, puissance créatrice qui m'inspire tant et permet à mon esprit de partir loin dans les sphères métaphysiques une fois le monde des apparences tomber dans ces épaisses ténèbres qui drapent tout et laisse aisément l'esprit se détacher du prosaïque, je suis en proie à mes démons intérieurs. Vous savez, cette petite voix vicieuse qui la nuit nous susurre dans les oreilles les erreurs que l'on aurait du corriger, les frais que l'on doit payer ou bien les sottises qu'il nous est arriver de dire... eh bien cette voix me visite presque toutes les nuits. Et quand j'arrive à la faire taire, je plonge alors dans des rêves tourmentés, dans lesquels se mêlent fiction et réel, si bien qu'au réveil il me faut quelques instants pour me rappeler où je suis, si ce que j'ai cru voir est vrai, et si je suis bien moi.

Ah ! l'éternel question de l'existence ! Suis-je bien moi et non une autre ? Le monde qui m'entoure est-il bien celui que je crois être ?

Vous connaissez sans nul doute le fameux "je pense, je suis" de René Descartes, extrait de son livre Les Méditations Métaphysiques. Je pense, je suis. Telle est la conclusion de sa seconde méditation. Son projet est simple : il décide, par la pensée pure, de procéder à une introspection métaphysique, afin de pouvoir déterminer les connaissances dont il peut être certain de savoir. Les cartésiens les plus durs, comme Pierre Guenancia (que j'ai eu la chance d'avoir en cours et qui est vraiment un professeur extraordinaire), immense spécialiste de Descartes, n'y voit pas une interrogation existentielle mais une véritable recherche de la connaissance certaine. Descartes était mathématicien, et pour lui la recherche de la connaissance dont on ne pouvait douter était sans aucun doute une préoccupation importante.
Mais, lorsque je me réveille ainsi le matin, dans cet état de désarroi existentiel, je ne peux m'empêcher de penser à ces Méditations, et à me demander si Descartes n'y aurait été pas aussi motivé par sans doute la même expérience que moi. Après tout, il arrive à tout le monde de se laisser envahir par ses rêves au point d'oublier le réel...


" Toutefois j’ai ici à considérer que je suis homme, et par conséquent que j’ai coutume de dormir et de me représenter en mes songes les mêmes choses, ou quelquefois de moins vraisemblables, que ces insensés, lorsqu’ils veillent. Combien de fois m’est-il arrivé de songer, la nuit, que j’étais en ce lieu, que j’étais habillé, que j’étais auprès du feu, quoique je fusse tout nu dedans mon lit ? Il me semble bien à présent que ce n’est point avec des yeux endormis que je regarde ce papier ; que cette tête que le remue n’est point assoupie ; que c’est avec dessein et de propos délibéré que j’étends cette main, et que je la sens : ce qui arrive dans le sommeil ne semble point si clair ni si distinct que tout ceci. Mais, en y pensant soigneusement, je me ressouviens d’avoir été souvent trompé, lorsque je dormais, par de
       semblables illusions. Et m’arrêtant sur cette pensée, je vois si manifestement qu’il n’y a point       d’indices concluants, ni de marques assez certaines par où l’on puisse distinguer nettement la veille d’avec le sommeil, que j’en suis tout étonné ; et mon étonnement est tel, qu’il est presque capable de me persuader que je dors." (René Descartes, Méditations Métaphysiques, Méditation première)


Je vois dans ces méditations, une quête existentielle. Car enfin, si nous cherchons à savoir ce dont nous ne pouvons douter, c'est aussi pour se rassurer, et savoir que nous ne sommes pas feints ni imaginés. C'est s'assurer que son existence est réelle, car il serait impossible d'être ancré dans le réel si tout ce que nous connaissons est faux.
Dans le film The Truman Show, le héros est dans un monde feint, imaginé, tout est joué et préparé à l'avance. Peut-on dire alors qu'il existe réellement ? Tout ce qu'il sait des gens est erroné, ce sont des acteurs, qui feignent leurs relations avec lui. Dans un monde si fictionnel, sa propre existence l'est tout autant. C'est pourquoi il a ce sentiment de trahison, quand il découvre que même la mort de son père en mer était faux. C'était juste un stratagème pour l'empêcher d'avoir envie de prendre la mer, et par la même occasion, de découvrir la vérité sur le monde qui l'entoure. Il se sent trahi, car ce qu'il croyait vrai ne l'était pas, et l'on s'employait à lui faire croire le contraire. On lui faisait passer le faux pour vrai, et si cela l'indigne tant, c'est que du coup toute sa propre identité est remise en cause.
Nous avons besoin de savoir qu'il y a des choses dont nous ne pouvons douter. Nous l'appelons Dieu, l'infini, l'Univers, peu importe. Il nous est impossible de fonder notre vie sur du mensonge, à moins d'en souffrir atrocement et de finir ses jours dans la dépression et l'amertume... Nous avons besoin du vrai, comme le disait Rousseau, car c'est un idéal qui nous mène à faire au mieux chaque jour, mais aussi pour ne pas perdre ses repères existentiels.
Le vrai, bon je m'emporte, disons plutôt qu'il y a des choses dont nous avons besoin de ne pas douter. Et là où Descartes est fort, c'est qu'il va justement employer le doute, pour arriver à ne plus douter !
Il n'y a pas de procédé plus philosophique que celui qu'il emploie, car en philosophie il ne faut jamais rien prendre pour acquis. Descartes aurait commencé son livre en nous disant "je suis, cela ne fait aucun doute", il ne serait jamais devenu cet immense philosophe qui nous prouve qu'avec la pensée pure, nous arrivons à chasser les doutes les plus insupportables sur notre existence.

Descartes a un raisonnement long et complexe, et il me faudrait bien plus que ces quelques lignes pour vous transmettre ce que j'ai pu comprendre de son travail. Il passe par plusieurs stades de doutes, par exemple il remet en question les sens, qui l'ont déjà trompé, et "il est prudence de ne se fier jamais entièrement à ceux qui nous ont déjà une fois trompés" (Méditation première). Ainsi, simplement "sentir" d'être vivant, en sentant son souffle ou le feu sur sa peau, ne suffit pas à établir une connaissance certaine de son existence. Son raisonnement est d'autant plus intéressant que de nos jours il est aisé de simuler ce genre de sensations par des simulations de réalité... Ensuite, Descartes fait référence à son fameux esprit malin qui veut qu'il se trompe, en opposition à Dieu qui lui, dans sa bonté (puisqu'il est parfait il est nécessairement bon), ne peut pas vouloir que Descartes se trompe. Enfin, la question de Dieu chez Descartes est vraiment très compliquée, donc vous ne m'en voudrez pas si je passe rapidement là-dessus. Je pense en parler dans plusieurs articles vers décembre, ça sera l'occasion de se plonger dans l'Avent de façon théologique ! ;) Aujourd'hui, je reste à des questions existentielles : comment savoir que je suis, et que je ne rêve pas que je suis ?

La partie la plus célèbre est celle où il conclue, parce qu'il pense, qu'il est, puisqu'à l'instant même où il pense il n'y a pas de doute que c'est lui qui pense à cet instant précis. Je pense, je suis. Je suis, pour l'instant, une chose pensante, car pour Descartes prouver que l'on est un être humain est bien plus complexe que le "simple" fait de penser.


"Suis-je tellement dépendant du corps et des sens, que je ne puisse être sans eux ? Mais je me suis persuadé qu'il n'y avait rien du tout dans le monde, qu'il n'y avait aucun ciel, aucune terre, aucuns esprits, ni aucuns corps ; ne me suis-je donc pas aussi persuadé que je n'étais poins ? Non certes, j'étais sans doute, si je me suis persuadé, ou seulement si j'ai pensé quelque chose. Mais il y a un je ne sais quel trompeur très puissant et très rusé, qui emploie toute son industrie à me tromper toujours. Il n'y a donc point de doute que je suis, s'il me trompe : et qu'il me trompe tant qu'il voudra il ne saurait jamais faire que je ne sois rien, tant que je penserai être quelques chose. De sorte qu'après y avoir bien pensé, et avoir soigneusement examiné toutes choses, afin il faut conclure, et tenir pour constant que cette proposition : Je suis, j'existe, est nécessairement vraie, toutes les fois que je la prononce ou que je la conçois en mon esprit." (René Descartes, Méditations Métaphysiques, Méditation deuxième)

Voilà donc un extrait bien célèbre, que vous avez sans doute déjà eu l'occasion de lire, et qui a été tant de fois mal interprété... Déjà, il est écrit "Je pense, je suis" et non "je pense donc je suis". Cette différence est super importante, car la virgule n'entraîne pas la nécessité de l'être parce que je pense. Mais l'être découle de la pensée. Vous voyez la différence ? Elle est subtile, mais importante. Il ne suffit pas de penser pour être, mais être est une des conséquences de la pensée.

"Mais qu'est-ce donc que je suis ? Une chose qui pense. Qu'est-ce qu'une chose qui pense ? C'est-à-dire une chose qui doute, qui conçoit, qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi, et qui sent." (Ibid)

Ainsi, les personnes qui font de Descartes un être austère qui pense que l'existence se résume au fait de penser, se trompe. Descartes n'utilise pas cette suite de définitions par hasard, c'est pour lui ce qui constitue l'essence même de la pensée, ou pour dire autrement comme il le dit aussi, de l'esprit. Aussi, Descartes accorde beaucoup d'importance au doute, mais aussi à la volonté, à l'imagination, et aux sens. Il reprend d'ailleurs plus tard (il me semble, dans les Méditations cinquième et sixième) ces points, pour démontrer pourquoi ces éléments sont constitutifs de l'être humain.

Descartes n'a rien de rébarbatif, puisqu'au fond il ne fait que de tenter d'expliquer et de rassurer des doutes que l'on a tous et toutes déjà eu. Qu'est-ce qui fait que je suis ? Et si je me trompais sur mon existence ?
Surtout dans un monde comme le nôtre, où désormais la limite entre le réel et l'immatériel est encore plus ténue. Les ordinateurs sont désormais ces objets qui transcendent la limite entre le matériel et l'immatériel, puisqu'ils agissent comme une fenêtre sur un autre monde que nous ne pouvons saisir, et qui pourtant arrive souvent à se mêler au réel, ou comme on le dit aujourd'hui, IRL (in real life).

Je vous parlais de tout cela car je trouve que c'est vraiment génial, la façon qu'a Descartes de raisonner. Bien entendu, c'est critiquable, je ne le nie pas. Mais d'arriver, par le simple raisonnement, à se dire "mais si je pense à cet instant là, alors j'ai été. Même si ce ne fut qu'une seconde. J'ai pensé, je suis, et personne ne pourra jamais m'enlever cela." A l'heure de l'intelligence artificielle et à toutes ces applications qui veulent nous empêcher de penser, ou penser à notre place, je trouve que les mots de Descartes raisonnent avec encore plus de sagesse. Cela n'était certainement pas son but, je m'en doute, et ma réflexion ferait peut être frémis les plus cartésiens d'entre vous, mais il me semble tout de même que nous perdons de vue ce qui fait la réalité de notre existence.

J'avais envie de vous parler encore plus longuement de ces Méditations Métaphysiques que je prends plaisir à redécouvrir ces derniers jours, mais je m'aperçois que j'ai déjà beaucoup (trop) écrit et je ne voudrais pas vous noyer sous toutes mes analyses...

Pour aujourd'hui, nous nous arrêterons à cette certitude de Descartes : au moment où l'on se dit "mais je pense" alors nous sommes, et d'ailleurs même si nous disions "je ne pense pas", nous penserions quand même... Sans pensée nous ne pourrions tout simplement rien ne nous dire ! Enfin... quand je vois certaines personnes je me demande s'il y a vraiment quelque chose dans leur tête ou si finalement elles ne vivent pas de façon mécanique haha :p

J'ai hâte de continuer de vous parler de tout cela ! Vous aussi n'est-ce pas ? ;)

Bécots mes chatons !



P.S : Sur ces photos je porte une veste et un top que m'a envoyé la marque Grain de Malice. Vous connaissez ? J'avais découvert cette marque par ma licorne Ninaah et j'aimais bien leur univers, avec beaucoup de pièces très versatiles. J'ai complètement craqué pour cette veste à l'imprimé japonisant, et le top est canon aussi, mais je ferai d'autres photos avec pour que vous puissiez mieux le voir.
Grain de Malice est une marque vraiment sympa car c'est ENFIN une marque qui propose des tailles du 36 au 48, sans faire de gamme spéciale "grande taille". C'est un truc qui m'énerve tellement, de devoir aller dans un rayon "spécial" comme si j'étais monstrueuse. Car forcément, quand on a un rayon "spécial" c'est qu'on nous oppose à ce qui est "normal"... Et pourtant, c'est bien de ne pas être dans la norme ! Bref, je remercie beaucoup Grain de Malice, car en plus leurs vêtements sont très bien coupés. Je fais un 44 en haut mais j'ai une poitrine moyenne, un 95D. J'ai pris la veste en 46 et le top en L, la veste est un peu grande et le top est loose, donc j'aurai pu prendre une taille en-dessous si je voulais un effet plus cintré. Par contre, si vous faites un 44 avec une bonne poitrine c'est pile la taille qui vous faut chez GDM :)
Bref, je suis très convaincue par ce site, si seulement tout le monde suivait leur exemple, afin que les femmes ne sentent plus rabaissées quand elles font du shopping !

P.P.S : Je rajoute désormais systématiquement la mention "lien non affilié" dans la description de ce que je porte, pour la bonne raison que je n'ai jamais demandé d'argent lors de mes partenariats. Comme beaucoup de blogueuses ne sont pas claires là-dessus, je voulais l'être, car c'est bien normal que vous sachiez si on a reçu des fafiots pour parler d'une marque. J'estime que recevoir des produits est déjà une chance, et comme je ne suis pas en auto-entreprenariat, je n'ai légitimement aucune raison de demander de l'argent.


Crédit photo : L'Amoureux

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Lieu : Nances, Savoie

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Veste* : Grain de Malice (dispo ici)
Top* : Grain de Malice (dispo ici)
Jupe : +Bannou via I love Vintage 

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Bottes en caoutchouc : +Méduse (made in France !)
Bijou de cheveux : +Almanac for June (eshop)
Foulard* : Freywille
Bijoux* : Les Néréides

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Tous les articles précédés de + sont des articles produits avec certitude de façon équitable (respect de la main d'oeuvre et de son savoir faire ou respect de l'environnement ou les deux à la fois).
Tous les articles suivis d'une * ont été offerts par la marque en question.

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Commentaires

  1. Tu es vraiment resplendissante dans ce look !

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  2. quel chic, même sous la pluie
    tu es toute belle
    un plaisir de venir ici
    gros gros bisous

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