Rétro en Palazzo




Hello mes chatons,

Assurément, les gens qui pensent de la philosophie qu’elle n’est que grands discours et mots compliqués, n’ont absolument rien compris, et par leurs critiques superficielles et ignorantes, montrent à quel point ils se gargarisent de leur stupidité et de leur inaptitude à ouvrir leur esprit.

Je ne doute pas qu’en arrivant sur mon blog, mes textes peuvent paraître totalement anachroniques, étranges ou surprenants. Car enfin, je propose un univers visuel, quelle idée de vouloir en plus y mettre du sens ! Les photos doivent parler d’elles-mêmes, répondront certain-e-s, les mots ajoutés sont alors là pour masquer l’essentiel, celui de plonger la personne qui arrive sur le blog dans un univers singulier. Ma réponse est simple : ai-je la prétention de faire des photos d’artiste, qui inspirent et font rêver ? Je ne peux que répondre à la négative, car si je souhaitais limiter mon blog à quelques mots sur mes vêtements et vous laisser avec les photos, il n’en transparaîtrait que vanité et narcissisme, puisque je ne suis que le sujet de mes photos (à part quelques exceptions, mais bon, c’est toujours le moi physique qui est au centre des photos, il faut bien l’avouer !). 

Voilà pourquoi j’étais si insatisfaite pendant des années de mon blog, et pourquoi je suis une piètre communicatrice sur les réseaux sociaux. Cela me gênait d’être en permanence le centre physique, bien que j’aime apprendre à me mettre en valeur sur les photos, et que ça m’a beaucoup aidée à apprivoiser mon corps, je ne fais pas du physique l’essence de l’existence. Il me manquait cruellement de vous parler, d’écrire, d’éduquer ma propre pensée, et de partager mes réflexions, aussi petites qu’elles puissent être, pour me sentir complète. Il y a des blogueuses qui répètent à qui veut les entendre qu’elles sont coquettes mais pas idiotes (vous comprenez, elles regardent Secret d’Histoire), mais qui finalement, à part parler de leur ego sous toutes ses formes, et sans réelle profondeur malgré la complexité des mots choisis, ne transmettent rien en substance. Un bel univers visuel, oui, sans doute, mais dépossédé de lui-même et tellement intentionnel qu’il en perd son charme au bout d’un moment.
Ces personnes-là font un beau travail esthétique, je ne saurai le nier sans être de mauvaise foi, cependant le contrôle absolu de leur image accompagné d’un discours pompeux mais creux, perd de sa saveur au fil des années. J’ai pu mettre le mot qu’il me manquait à cette curieuse sensation, il n’y a pas très longtemps : elles ne laissent pas transparaître la fragilité de leur âme.

Tout est beau, bien lissé, bien dominé, bien pensé, mais il n’y a jamais cette petite pointe authentique de la fragilité, ce petit détail qui nous fait penser, réfléchir, et sortir mieux et plus intelligent. Est-ce le but des blogs ? Eh bien, j’ai envie de vous dire que oui. Personnellement, j’en ai assez de la médiocrité dont on nous repaît en permanence partout : les publicités, la presses, les émissions… Tout ne vise qu’à ne surtout pas nous remettre en question, nous donner l’illusion du savoir, et un savoir bien médiocre en plus (Secrets d’Histoire est fort plaisant à regarder mais soyons réalistes, un grand nombre des références est fortement discutable, et ils cherchent surtout à faire du sensationnel plutôt que du réel), et tout nous pousse à ne pas nous sentir en manque de quelque chose. Il n’y a rien que j’exècre plus que l’illusion de sa propre grandeur, c’est la porte ouverte à l’opinion déguisée en connaissance. 

Je refuse donc, de moi aussi tomber dans la médiocrité, oui, je le refuse et je le clame, car j’en ai marre du triomphe perpétuel du vide ! Je suis las de voir que les gens qui pensent, qui doutent et qui sont des bonnes personnes, se taisent, car il semble vain aujourd’hui de crier haut et fort sa différence de pensée, malgré l’illusion de la liberté que nous donne internet. Je suis fatiguée de devoir me taire sous prétexte que dire que l’on veut penser est quelque chose de prétentieux. Non, je ne me gargarise pas des mots, car ceux que j’emploie je les pèse, je les pense, je les vis. Mes mots ne sont pas une façade, ils sont moi, ils font corps avec moi, ils sont ma chair. Voilà pourquoi il me répugne tant de ne vous parler que de mes derniers achats, de vous raconter les cadeaux que j’ai reçu ou des soldes que j’ai pu acquérir ! Quel intérêt ? Que cela peut-il vous apporter à part envie, jalousie, ou bien mépris ? Je ne veux pas vous laisser ça de moi, cela serait injuste aussi bien envers vous qu’envers moi-même. Alors voilà, je le clame une dernière fois, je fais mes discours, mais j’espère que vous y verrez bien plus, vous qui me lisez, toi qui me lis, qui sais que je dis juste et vrai. Je me fiche bien de l’opinion des médiocres, leur règne a bien trop duré. Je ne me tairais plus par peur du ridicule, et qu’ils essaient d’employer mes mots contre moi-même ! Ils n’en comprennent rien que le reflet de leur propre vacuité. Alors partez, démons de l’ignorance, fuyez ! Ce blog n’est pas pour vous.

La philosophie, elle, est une lutte permanente contre l’opinion. Tout d’abord, je vais vite éclaircir ce terme d’opinion : l’opinion c’est un faux savoir, celui de croire en quelque chose sans n’avoir vraiment d’argument en sa faveur. C’est dire qu’on aime ou qu’on n’aime pas, sans avoir réellement réfléchi en profondeur sur la question. L’opinion, c’est la superficialité du savoir, qui se croit connaissance mais qui est plein de préjugés, d’ignorance et de bêtise. C’est un moyen de se fermer à l’autre et à l’ouverture d’esprit : combien de fois n’a-t-on dit « Chacun ses opinions ? » « Le goût et les couleurs sont des opinions personnelles, ça ne se discute pas ? », afin de terminer un débat qui nous mettait mal à l’aise ou que nous n’arrivions pas à gagner ? Comme le précise Sénèque, l’opinion c’est aussi se laisser aller à la souffrance, et pire, à la panique :

 « Il y a plus de choses, mon cher Lucilius, qui nous effraient que de choses qui nous atteignent, et c’est plus souvent l’opinion que la réalité qui nous fait souffrir. » (Lettres à Lucilius, Lettre 13, 4)

L’opinion, c’est céder sans réfléchir à la panique, sans se demander pourquoi est-ce que l’on craint, pourquoi est-ce que l’on souffre, en somme c’est se priver de réfléchir sur la légitimité de cette souffrance… et donc nous l’augmentons. Il arrive plusieurs fois que nous nous torturions à tort car nous craignons quelque chose, sans réfléchir sur la cause de cette peur :

 « Je ne sais comment, les causes vaines troublent davantage ; les vraies, en effet, possèdent leur mesure : tout ce qui procède de l’incertain est livré à la conjecture et à l’arbitraire d’une âme épouvantée. Voilà pourquoi il n’est aucune peur aussi malfaisante, aussi incontrôlable que la panique ; toutes les autres se privent de raison, celle-ci de l’intelligence. » (ibid, Lettre 1, 9)

Ah, je suis moi aussi coupable de cette facilité, quand devant un être buté je n’arrivais pas à faire avancer la pensée. Ou alors, pire, pour gagner les faveurs de mon auditoire et me sentir alors toute puissante dans le débat. J’en ai honte, et j’essaie chaque jour de combattre cette facilité d’argument.
Voilà pourquoi la philosophie est si méconnue et méprisée aujourd’hui : elle demande un constant effort personnel pour se remettre en question. Chaque pensée, chaque idée, doit être le sujet d’un débat intérieur, de recherches intellectuelles pour comprendre et mieux réfléchir sur l’idée en question. Souvent, je finis mes journées apathique, parfois de mauvaise humeur quand je n’ai pas réussi ce combat contre moi-même. Mon copain me demande alors ce que j’ai, et je n’ose répondre « j’ai trop pensé. », ce qui est vrai, mais pour les non philosophes, c’est absurde.
Si vous saviez comme ces combats intérieurs sont violents parfois, combien il est dur de ne pas savoir ce qu’est le repos de l’esprit. La moindre chose est alors une source intarissable de réflexion. Mais en même temps, j’en tire souvent une telle jouissance que je ne regrette pas de m’être engouffré dans ce long et pénible chemin vers la sagesse.

Oui, car la philosophie, c’est avant tout cheminer vers la sagesse. « Philosophia » : aimer la sagesse. Mais qui a dit que devenir sage s’effectue avec douceur ? Quand son adversaire est soi-même, il n’y a pas de plus dur combat à gagner. Je reviens en ce moment à des lectures plus originelles de la philosophie, puisqu’à l’agrégation les stoïciens sont au programme. « Philosopher, c’est apprendre à mourir », nous dit Montaigne, reprenant ainsi le credo des stoïciens de la Rome Antique. Sénèque, l'un des grands maîtres stoïciens commence l’enseignement du stoïcisme à son disciple Lucilius ainsi :

« (…) Une grande partie de la vie s’écoule à mal faire, la plus grande à ne rien faire, la vie toute entière à faire quelque chose.
Quel homme me citeras-tu qui mette un prix au temps, qui estime la valeur du jour, qui comprenne qu’il meurt chaque jour ? C’est là notre erreur, en effet, que de regarder la mort devant nous : en grande partie, elle est déjà passée ; toute l’existence qui est derrière nous, la mort la tient. Fais donc, mon cher Lucilius, ce que tu écris que tu fais, embrasse toutes les heures ; de la sorte, tu dépendras moins du lendemain quand tu auras mis la main sur l’aujourd’hui. Pendant qu’on la diffère, la vie passe en courant. » (Lettre à Lucilius, Lettre 1, 1-2)

La philosophie, c’est précisément ce qui nous apprend à vivre chaque instant dans sa plénitude et à ne pas vivre par procuration ou de façon superficielle. Mais bien sûr cela n’implique pas jouir de façon démesurée de la bonne chair, du vin et des divertissements : sans les renier totalement, Sénèque montre qu’il faut limiter leur usage, car ils nous détournent du chemin vers nous-mêmes. (bon ok, au final il aimerait bien qu’on les bannisse complètement mais il explique que l’humain étant en besoin de la société, et que les normes de la société impliquent la compagnie des autres et donc parfois des divertissements en commun, on est obligé de s’y plier…)

C’était aussi la volonté d’Epicure, dont la pensée a malheureusement été ridiculisée par cette opinion publique qui a fait de l’épicurisme l’insouciance et la jouissance illimitée. De grâce ! Cessez de réduire Epicure à cette lamentable idée, car s’il veut effectivement jouir de la vie, sa quête philosophique cherche à réduire les jouissances au minimum, et à justement se demander ce qui peut nous faire jouir de la vie… de façon ascétique. (JPP des gens qui sont là à justifier leur vie décadente par « je suis épicurien »… non, tu es juste con, c’est tout. Laisse Epicure en dehors de ça).
Aimer la sagesse et la chercher, c’est pour Sénèque la voie vers une vie heureuse. Mais c’est difficile, c’est un entraînement quotidien : « jusqu’à ce qu’une bonne intelligence remplace une bonne volonté » (ibid, Lettre 16, 1)

Et contrairement à ce que l’on croit (notamment celles et ceux qui accusent la philosophie d’être de grands discours) : 

« La philosophie n’est pas un métier public ni fait pour la montre ; elle n’est pas dans les mots mais dans les choses. (…) elle forme et forge l’âme, elle ordonne la vie, elle régit les actions, elle indique ce que l’on doit faire ou négliger, elle siège au gouvernail et dirige la course des hommes ballottés à travers les écueils. » (ibid, Lettre 16, 3)
Si les autres pensent que réfléchir sur la morale, l’éthique, soi-même, la mort, l’hypocrisie, le mal, le mensonge, si pour ces personnes-là penser sur ce qui nous maintient en vie n’est que vaines paroles : alors oui, je suis coupable. Et je porterai ma culpabilité avec joie, car dans les moments de tempête, lorsque tout espoir est perdu, je me tournerai alors vers les paroles de la sagesse, ce sera mon rocher, mon ancre, et je resterai en vie. Je suis toujours heureuse de ce chemin, et je suis même fière de l’avoir choisi. Les mauvaises langues pourront baver autant qu’elles le désirent, « il n’appartient pas aux hommes de rendre misérable celui qui sait vouloir être heureux » (J.J Rousseau, Les rêveries du promeneur solitaire, 1ère rêverie)

C’est pourquoi mes chatons, ne pensez plus que la philosophie n’est pas pour vous. Osez dire que vous voulez vous aussi apprendre à penser pour vous guider dans votre vie. Mais n’oubliez pas que c’est un chemin difficile, et qu’il est normal de douter. C’est même fondamental, cela vous obligera à vous rendre toujours meilleur. Il appartient à chacun de se lever un matin et de vouloir devenir heureux, comme le dit Rousseau. Vouloir, c’est déjà un pas vers le "pouvoir", et ne vous laissez pas décourager par les autres ni par vous-mêmes.

Voilà, ce que j’aimerais dorénavant vous transmettre ici, si je peux vous donner un peu d’amour envers la philosophie, en toute humilité, je serai la plus heureuse des personnes. Je vous prie de m’excuser d’avoir eu, encore une fois, à me justifier face à mes détracteurs. Je ne le ferai plus, ou presque plus, car cela est bien inutile. Nous n’avons de pouvoir que sur nous-mêmes. 

Je vous envoie plein de bécots mes chatons <3




Crédit photos : L'Amoureux

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Lieu : Saint Genix sur Guiers

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Pantalon palazzo* : +Lili la Tigresse
Chemisier : H&M (ancienne collection)

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Turban : +Païnapulz (eshop)
Boucles d'oreilles : +Dissident Sheep (eshop)
Sac : acheté au Japon (le Marui de Ueno !)

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Livre : Le chat dans le cercueil, de Koike Mariko, absolument extraordinaire, je pleure à chaudes larmes à chaque fois que je le relis. Un style captivant, une histoire sensible et qui nous tient en haleine, une analyse psychologique des personnages aussi précise que concise, mais si bien pensée qu'on est captivé du début à la fin. Lisez le absolument !!

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Tous les articles suivis d'une * ont été offerts par la marque en question.















Commentaires

  1. Si j'avais autant de talents que toi pour l'écriture, je m'attarderai plus sur le texte mais je suis une piètre écrivaine. Un comble pour une historienne ... alors je laisse le soin à mes photos de le faire pour moi. C'est ma façon de voir la différence :)
    Concernant ta tenue que j'adore, je trouve que ça fait un peu africaine :)
    bisous
    http://lhistoiredelamode.blogspot.fr

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    1. Ah, mais bien sûr, mes propos ne concernent que celles qui méprisent les autres comme moi qui écrivent de longs textes, sous prétexte que les images devraient parler d'elles-mêmes ;) après si on a envie de ne rien dire ou de parler de ses vêtements, je ne méprise pas. Ce qui m'agace ce sont les personnes qui se cachent derrière de faux prétextes. Et puis j'ai déjà lu quelques textes historiques sur ton blog, ils étaient chouettes ! :) et merci beaucoup pour tes compliments !

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  2. Magnifique ton palazzo, j'adore !!!
    Bizzz Deltreylicious
    http://deltreylicious.com

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  3. Tu me laisse à chaque fois sans voix... que ce soit au niveau de l'écriture (tu devrais te lancer dans cette voie) et des photos.
    Tu es exceptionnelle
    Biz Jeny

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  4. Superbe look !
    Je suis conquise !
    Biz,
    Julie
    http://www.leblogdegilbertebyjulie.com

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  5. Comme cela fait du bien de lire ces lignes. J'en ai ma claque du règne du vide. Il m'étouffe, me donne la nausée et me fatigue. Continues à t'exprimer comme tu le fais, à remplir ce vide qui n'a que trop duré.. Cela apporte un peu de réconfort à celles et ceux qui tentent de ne pas sombrer.

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  6. Je te souhaite beaucoup de réussite dans ce nouveau tournant, ça te correspond totalement.
    Bisous,
    Eli (de Good Morning Pretty)
    PS : le texte est top et les photos sont magnifiques

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  7. Bonjour Matoushi
    Voilà un peu plus d’un an que je te lis sur ton blog et me décide seulement à faire un commentaire (la sensation jusqu’à présent de n’avoir rien d’intéressant à dire). Je ne sais pas plus si ce que je vais dire peut sembler intéressant, il s’agit plutôt d’une remarque. Cela fait plusieurs fois que certains de tes posts m’évoquent des polémiques de Jean Clair, sur ces aspects « d’industrie » culturelle qui touchent au domaine de l’art, et où tout devient marketing. On ne donne plus suffisamment aux gens à réfléchir ; il en ressort, à mon sens, un certain malaise, un consumérisme pernicieux qui veut que tout soit immédiatement et facilement donné.
    C'est beau je trouve, dans cette forme d’abrutissement collectif, de parvenir encore à avoir un recul critique et une acuité intellectuelle.
    N’ayant pas ta verve et encore moins ta capacité philosophique, je ne ferai que pasticher vulgairement ce que certains ont dit avec beaucoup plus de justesse et d'intelligence, j'en resterai donc là sur le débat. Simplement, saches que j’apprécie beaucoup ta manière d’intellectualiser tes posts et d’aller toujours au-delà de la facilité.

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  8. j'aime beaucoup ta tenue
    et la qualité de tes photos est super
    quand au fait de parlé philosophie et bien j'adore
    je vais te lire avec encore plus de plaisir je crois
    gros gros bisous

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