De l'encre sous ma peau


Hello mes chatons,

Ça y est, c'est officiel, je vais galérer comme une dingue pour aller dans les onsen (bains thermaux japonais)... Et pour cause, me voici avec un nouveau (grand) tatouage, projet que je peaufine depuis des mois, des années. Au Japon, les tatouages sont assimilés aux mafieux, les Yakuza, aussi les personnes tatouées n'ont pas le droit de venir se prélasser dans les bains chauds. Aujourd'hui de plus en plus de personnes se font tatouer donc j'ai encore un petit espoir de pouvoir profiter de ces endroits fantastiques malgré le nouveau venu dans ma peau :)

Alors voilà, ça faisait des mois que j'avais celui-ci en particulier en projet, pour ne pas dire des années. C'est grâce à la talentueuse dessinatrice Merryswap (suivez-la ici), à qui j'ai commandé un dessin sur mesure, que j'ai pu avoir un rendu précis de l'idée du tatouage. Je vous montrerai à l'occasion le dessin qu'elle m'avait fait ;)

Le souci était de trouver un tatoueur. Le choix ne manque pas et c'est bien ça le problème : à Paris je croulais sous les possibilités sans pour autant savoir par qui commencer. Les prix aussi étaient vertigineux, pour une qualité pas forcément là, ni un accueil sympathique... Et puis, je ne sais pas pourquoi, je me suis rappelée que pour mes 25 ans j'allais un petit weekend rendre visite à ma mère qui habite Avignon, (ville où en fait je me rends très souvent, je ne comprends toujours pas comment j'ai fait pour ne pas y penser avant !) : pourquoi pas là ?

Comme pour mon Totoro c'est allé très vite : je suis allée au Fabulous Tattoo Workshop pour "prendre contact", et en fait en moins de 15 minutes j'avais un rendez-vous 15 jours plus tard pour un nouveau tatouage.

Quand vous allez chez un tatoueur, le contact est capital. Je dirais que c'est 90% de la réussite de votre tatouage, les 10% restant se partageant entre votre volonté et le talent du tatoueur. Le feeling doit passer immédiatement, il doit y avoir une connexion, sinon c'est cuit. Là, j'ai croisé Jean Ju, un jeune tatoueur, qui a été tout de suite emballé par mon projet. J'ai tout de suite senti qu'il saurait donner vie à mon idée, aidé par le fabuleux dessin de Merryswap.

Quelques jours plus tard il m'envoyait le dessin par mail : bingo !



Je ne vous cache pas que j'étais très stressée... j'avais beau être déjà passée par là, j'étais terrorisée à l'idée que quelque chose se passe mal. Le principal ennemi de l'homme est son imagination nous disait Descartes, et la mienne me torturait tous les jours et toutes les nuits.

Ma plus grosse angoisse : que le rendu ne me satisfasse pas à 100%. Ça va rester dans ma peau à vie, ce ne peut pas être raté. Je n'ai qu'une chance... quelle pression.

Une fois arrivée chez le tatoueur, le stress s'était envolé. Dès que j'ai vu Jean Ju, j'ai à nouveau retrouver ce feeling positif, et j'ai tout simplement mis toute ma confiance dans ses mains et dans son talent.

Il a été vraiment hyper professionnel, me montrant le dessin en vrai, il l'a agrandit dans plusieurs tailles pour voir ce que je préférais, on a placé ensemble le dessin, et hop, il m'a mis le carbone (la trame qui lui permettra de tatouer par dessus), et c'était parti !


5h.

Ça a duré 5h.

Au début, Jean Ju m'avait dit "3h maximum". Mais étant très minutieux, sentant sans doute mon stress, il a pris plus de temps afin que le rendu soit parfait. J'avoue en être responsable, je n'arrêtais pas de lui dire que la douleur n'était pas importante, seul le rendu comptait. Donc qu'il prenne son temps, 5h pour toute une vie ce n'est pas si pénible... surtout que c'est une douleur choisie.

Honnêtement, les 3 premières heures ça va. Ça fait mal, ça pique, ça brûle, mais on papote, on rigole, je lisais un peu, je regardais mes mails, j'ai même piqué du nez.

Mais les deux dernières heures.

Souffrance.

C'est un état de douleur tel que la douleur vient effacer sa propre identité. Je n'étais plus moi, je me fondais dans cet océan de douleur sans fin, des abysses sombres et tortueux qui n'avaient aucune solution que l'abandon total. La douleur était moi, j'étais la douleur. Je n'avais plus de corps, plus de bras, je devenais les aiguilles qui me labouraient la chair sans pitié ni conscience. Par moment pour essuyer l'encre mêlée de sang, Jean Ju me passait un sopalin imprégné d'eau savonneuse fraîche. L'extase. Et puis la douleur revenait me labourer le bras. Les vibrations faisaient trembler mes nerfs, selon les endroits ça vibraient dans différentes parties de mon corps. Le plus douleur fut quand Jean Ju attaqua le remplissage des pétales des pivoines vers l'épaule. La douleur inondait ma colonne vertébrale et me paralysait. Je n'avais même plus la force de me révolter contre cette douleur lancinante, mon corps avait rendu les armes : j'accueillais la souffrance.


Le tatouage, c'est un combat contre soi-même.

C'est se dire à chaque minute qui passe qu'on a délibérément choisi cette douleur, et qu'on n'a pas le droit de la renier. Elle est à nous, c'est notre douleur. À un moment j'ai presque eu de l'attendrissement pour cette souffrance : celle-là est mienne, je la maîtrise, elle est à moi.

Les dernières 30 minutes furent les plus pénibles, et nous souffrions tous les deux, Jean Ju et moi, en silence. Je ne pouvais plus parler, mes forces étaient toutes concentrées dans l'acceptation de ma souffrance, sans quoi j'aurais pris l'appareil de tatouage, je l'aurais jeté de l'autre côté de la pièce et je serais partie en courant. Jean Ju, lui, était courbé sur mon bras, je le sentais également épuisé. Il donnait toute sa concentration, tout son savoir faire, toute son énergie pour sa création, et pour moi.

C'est un moment assez magique quand on y pense plus tard : je ne l'oublierai jamais. C'est une relation très particulière entre le tatoueur et le tatoué. Il y a un lien indicible qui nous lie pour toutes nos vies. Ce moment, c'est la douleur volontaire, pour de l'art.

J'ai transformé volontairement mon corps, je l'ai fait mien, j'ai pris possession de ma souffrance : j'étais pendant 5h maître de ce que je voulais être.


Je regardais attentivement ces aiguilles transpercer ma chair, la labourer, lui injecter l'encre, les gestes sûrs et précis de Jean Ju, sa concentration, parfois troublée par les bêtises que je sortais afin de rompre ce moment si solennel qu'il augmentait ma douleur. J'étais absolument fascinée par ces aiguilles, 12 pour les contours, 7 pour les détails, 9 pour les couleurs, qui par une espèce de magie venaient enfouir ces couleurs dans mon épiderme. Elles allaient et venaient sans relâche, accomplissant leur travail sans aucune conscience, ni de me faire mal, ni de la pièce d'art qu'elles laisseraient à jamais dans ma peau.








Et puis, Jean Ju m'a dit : "C'est bon. Tu peux te regarder.". Et ces 5h de souffrance sont parties en fumée.

C'est ça la magie du tatouage : c'est une souffrance aimée.

J'ai regardé mon tatouage, la fatigue me tirant les traits, je tremblais de froid et de stress, mon épaule me brûlait terriblement, et j'ai tout oublié : il était là, encré dans ma peau.

J'étais si heureuse. Depuis je le regarde tous les jours, plusieurs fois, et cette même euphorie m'envahit, doublée de la fierté d'avoir réussi à vaincre ma douleur. J'avais triomphé de moi-même.

*                     *
*

Maintenant il y a les tâches moins marrantes et moins épiques : pour que cette souffrance ne soit pas vaine et pour faire honneur au travail du tatoueur, il faut prendre soin de son tatouage.

Pendant 3/4 jours il y a la période inflammatoire : la peau est rouge et traumatisée. Il faut penser à bien se laver la partie tatouée pour éviter les infections, et bien mettre de la pommade cicatrisante. La première nuit j'ai gardé le pansement que Jean Ju m'avait fait, pour éviter de tâcher les draps avec les rejets d'encre et de sang.

Ensuite, et c'est la phase que je traverse aujourd'hui, c'est la période de cicatrisation : pendant 15 jours il faut mettre 3/jours de la crème cicatrisante, ne pas toucher ni laisser toucher son tatouage pour éviter les infections, mais surtout résister à l'envie de se gratter.  La peau se referme : ça gratte. On gratte ? On a une vilaine cicatrice à vie. Donc autant vous dire que malgré l'envie je résiste de toutes mes forces ! Les croûtes et la peau pèle, je ressemble à un reptile qui mue, c'est assez impressionnant. Mais surtout : ne pas gratter. C'est un nouveau combat contre soi-même mais plus long et moins douloureux.

Enfin, dites-vous bien qu'un tatouage cicatrise complètement au bout de 40 jours : interdiction de le toucher les mains sales, d'aller à la piscine, à la mer, de prendre le soleil. Eh oui, un tatouage c'est contraignant, surtout si on veut le garder intact !

Voilà mes chatons.

En ce qui concerne le sens de mon tatouage, sa représentation, je le garde pour moi car c'est très personnel. Mais j'espère que vous avez aimé mon texte et les photos malgré tout ;)

Un grand merci encore à Jean Ju du Fabulous Tattoo Workshop à Avignon pour sa patience, son talent, sa gentillesse, et sa bonne humeur.

Bécots mes chatons <3


Crédit photos : l'Amoureux


Commentaires

  1. Didonc, on avait l'impression d'y être et de souffrir avec toi, tu est vraiment un écrivain incroyable!
    En tout cas, chapeau d'avoir supporté tout ca mais je pense que tu es fière de toi ;)
    bisous ma belle
    Aurélie

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    1. Oh ben merci beaucoup ça me touche ! je ne te cache pas que je suis super fière d'avoir supporté la douleur, comme une guerrière hihi :p

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  2. L'histoire amour-haine dans le monde du tatouage, une fois tu commences tu ne peux plus t'arreter mais une fois tu te rappelles de la douleur ça te calme de ne pas finir comme Oliver Peck ;D j'adore le tattoos fleurs annimaux... <3

    bisous

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    1. Ah oui ça c'est sûr que la douleur c'est un cap à franchir ! pour moi j'oublie la douleur une fois que c'est fini du coup j'ai juste super hâte de repasser sous les aiguilles mais une fois chez le tatoueur je me maudis en me demandant POURQUOI j'ai voulu m'infliger ça à nouveau hahaha

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  3. Je me revois 10 ans en arrière pour mon dernier tatouage (ça remonte) et j'ai très envie d'en refaire plein, de façonner mon corps à ma façon, de le rendre plus beau à mes yeux, je pense en faire un en décembre, des paroles d'une chanson, qui me ressemblent quelque part, et le logo du groupe, car il a changé ma vie et fait parti intégrante de ma vie, j'aime ton tattoo, il a l'air magnifique! Et courage pour le grattage, ça passe plus vite qu'on ne le croit ;)
    Bisous!
    http://paulynagore.blogspot.fr/

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    1. Oui voilà, c'est exactement ça, tu façonnes ton corps selon ton propre souhait <3 comme tu me l'as dit ça y est la période grattage est passée et ouahouu quel soulagement ! (après deux nuits blanches à lutter contre l'envie de me gratter...) bisous ma belle <3

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  4. ces photos sont superbes
    et ton tatouage est super
    gros gros bisous ma belle

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    1. Merci Chacha je suis super heureuse d'avoir pu enfin le réaliser !

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  5. Magnifique photo et super tatouage !!
    Moi qui suit fanatique Plombier artisan Paris 15 mais aussi amateur , je pense que je sauterai le pas .
    Bonne journée

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