Gypsy Baroque


A une Madone

Ex-voto dans le goût espagnol

Je veux bâtir pour toi, Madone, ma maîtresse, 
Un autel souterrain au fond de ma détresse, 
Et creuser dans le coin le plus noir de mon coeur, 
Loin du désir mondain et du regard moqueur, 
Une niche, d'azur et d'or tout émaillée, 
Où tu te dresseras, Statue émerveillée. 
Avec mes Vers polis, treillis d'un pur métal 
Savamment constellé de rimes de cristal, 
Je ferai pour ta tête une énorme Couronne ;
Et dans ma jalousie, ô mortelle Madone, 
Je saurai te tailler un Manteau, de façon 
Barbare, roide et lourd, et doublé de soupçon,
Qui, comme une guérite, enfermera tes charmes ;
Non de Perles brodé, mais de toutes mes Larmes ! 
Ta Robe, ce sera mon Désir, frémissant, 
Onduleux, mon Désir qui monte et qui descend, 
Aux pointes se balance, aux vallons se repose, 
Et revêt d'un baiser tout ton corps blanc et rose.
Je te ferai de mon Respect de beaux Souliers
De satin, par tes pieds divins humiliés, 
Qui, les emprisonnant dans une molle étreinte, 
Comme un moule fidèle en garderont l'empreinte.
Si je ne puis, malgré tout mon art diligent,
Pour Marchepied tailler une Lune d'argent, 
Je mettrai le Serpent qui me mord les entrailles
Sous tes talons, afin que tu foules et railles, 
Reine victorieuse et féconde en rachats, 
Ce monstre tout gonflé de haine et de crachats. 
Tu verras mes Pensers, rangés comme les Cierges 
Devant l'autel fleuri de la Reine des Vierges, 
Étoilant de reflets le plafond peint en bleu, 
Te regarder toujours avec des yeux de feu ; 
Et comme tout en moi te chérit et t'admire, 
Tout se fera Benjoin, Encens, Oliban, Myrrhe, 
Et sans cesse vers toi, sommet blanc et neigeux, 
En Vapeurs montera mon Esprit orageux.

Enfin, pour compléter ton rôle de Marie, 
Et pour mêler l'amour avec la barbarie, 
Volupté noire ! des sept Péchés capitaux,
Bourreau plein de remords, je ferai sept Couteaux 
Bien affilés, et, comme un jongleur insensible, 
Prenant le plus profond de ton amour pour cible, 
Je les planterai tous dans ton Coeur pantelant, 
Dans ton Coeur sanglotant, dans ton Coeur ruisselant !

Charles Baudelaire


Crédit photos: Nusinam (Facebook - Instagram)

Top: Ted Baker
Jupe: Vintage
Bottes: Little Moon
Boucles d'oreilles: Sailor et Irma
Bagues: LinaPoum*, Lotta Djossou

Tous les articles suivis d'une * ont été offerts par la marque // Each piece of my outfit followed by a * was gifted by the brand


Hello mes chatons,

Du Baudelaire en guise de prélude, cela faisait longtemps n'est-ce pas ? Dieu que j'aime ses phrases pures et envoûtantes, ah Baudelaire, fieffé coquin, éternel mélancolique, empereur du spleen et de la violente ivresse, nul ne sait me saisir aux tripes comme le fait Baudelaire. Tour à tour morbide, tendre, drôle, ironique, mordant, il ne cesse de surprendre et parle avec une tendre horreur de la mort.
Oh mais je ne vais pas continuer sur ce chemin car je vous parlerai volontiers de la mort (là yen a qui se disent que j'ai pété un boulon). Mais non ne fuyez pas ! Puisque je vous dis que je n'en parlerai pas aujourd'hui. Je suis simplement en train de développer tout un système de pensée autour d'une ontologie de la mort, mais chut c'est encore un secret !

Non, aujourd'hui, j'ai envie de vous parler de l'Autre. Encore ! allez vous me dire. Eh bien oui, encore, car la dernière fois vous m'aviez mal comprise, ou bien je me suis fort mal exprimée. Je vous expliquais que pour exister nous avons besoin d'autrui. Vous l'avez toutes et tous interprété dans le sens où nous existons dans la mesure où nous sommes perçu-es par quelqu'un d'autre. Que nenni, je voulais vous dire que nous existons parce que nous percevons l'autre, voilà toute la différence ! Vous me suivez ?

Comme le dirait notre cher Heidegger, le fait d'exister en latin signifie ex-sistere, sortir hors de soi. Quoi ! je vous entends vous exclamer de la sorte. Quoi ! Mais comment puis-je sortir hors de moi alors que je suis moi ?

Mais mes chers chatons, parce que vous êtes avant tout un être biologique. Si vous préférez, vous êtes un corps avec des cellules, des tissus, des os... Heidegger vous dirait que oui, c'est incontestable, vous êtes ! Cela serait bien sot de remettre en question cela (n'est ce pas Descartes et ton fidèle cogito ergo sum !). Et c'est là que Heidegger a eu le coup de génie: il a séparé l'existence du fait d'être. Car l'existence, ça se mérite, contrairement à l'être qui est donné à partir du moment où vous êtes en vie. Exister, ex-sistere, sortir hors de soi, voilà la véritable question ! To be or to exist zat iz ze kouèshtionne. Évidemment le fait d'être simplement un être biologique n'est pas satisfaisant pour Heidegger. Et pour moi non plus à vrai dire. Cela est bien triste je trouve de résumer sa vie à manger chier dormir. Non ?

C'est là que je trouve fascinant cette idée d'exister. Sortir hors de soi c'est tout simplement prendre conscience que l'on est soi-même grâce au contact de l'autre. Mais c'est quoi l'autre ? Bin oui, c'est qui autrui, le bébé qui gueule dans les bras de sa mère, le petit bichon qui grogne à côté de la mémée dans le bus, ou bien c'est mon Amoureux, mon chat, mon stylo, la montagne, le caillou ? EH BEN C'EST TOUT ÇA.  Oui oui, c'est TOUT ça. Ça, c'est que défend Watsuji Tetsurô, un philosophe japonais qui a suivi les pas de Heidegger mais en radicalisant un peu plus sa version de l'existence.

Mes petits chatons, réfléchissez bien.
Watsuji il donne l'exemple du froid, et c'est fichtrement bien trouvé car on comprend tout de suite.
Voilà, en ce moment il fait froid, n'est ce pas ?

Comment savez vous qu'il fait froid ? (la réponse est toute bête)

... (suspense)...

Parce que vous le sentez. Vous sentez le froid sur votre peau, donc vous avez froid. Mais qui a froid ? Vous ! Le froid vous permet de sentir votre corps et votre pensée: vous vous dites "j'ai froid", c'est la perception du froid qui vous permet de vous rendre compte que vous êtes vous. Ainsi donc, dire que c'est simplement un fait biologique c'est faux: la sensation de froid n'est pas inconsciente, elle n'est jamais inconsciente, la sensation de froid vous permet de vous rendre compte que vous êtes vivants. Quand vous avez froid, vous vous rendez-compte que c'est vous qui a froid et pas quelqu'un d'autre. C'est en cela que vous sortez de vous mêmes, tout simplement cela se réalise au moment où vous prenez conscience de votre corps.
Et BIM ! voilà, vous êtes sortis de vous mêmes au contact de ce froid, qui représente l'autre, et BIM vous existez. Pas mal hein ?

Alors maintenant, pour rendre la chose plus complète, nous allons étendre cette théorie à tout dans la vie. Pensez bien à tous ces moments qui vous ont procuré de la joie, du malheur, de la tristesse, du rire... Tous ces moments où vous vous êtes dit "c'est chouette la vie". Vous vous rappelez qui vous a causé ce sentiment ? C'était toujours quelque chose d'extérieur à vous. Car la vie, vous la sentez grâce à tout ce qui n'est pas vous. C'est ce petit gâteau au chocolat du goûter, cette odeur de pain dans la rue, le chat qui ronronne, le chien qui joue avec vous, votre enfant qui dort dans vos bras, les arbres qui fleurissent, le thé bien chaud, le burger dégoulinant de fromage fondu... Oui, tous ces moments sont des moments où vous existez car vous sortez de vous mêmes pour vous ouvrir au monde.

... Et le monde c'est quoi ?
... Et donc n'importe qui existe dans la mesure où il prend contact avec d'autres choses ?
... C'est plutôt facile d'exister ?

Ah non hein chaque chose à la fois !
Je vous laisse réfléchir sur cette notion d'existence et je vous parle du monde la prochaine fois !

Bécots mes chatons <3

P.S: ce post est parti en vrille, merci à Nusinam pour ses photos une fois de plus merveilleuses, elle sait si bien capter mes émotions et nous avions ce jour là une lumière si somptueuse qu'on se croyait dans un rêve ! Une parenthèse enchantée qui s'est finie chez Angelina autour d'un chocolat chaud avec l'Amoureux croisé aux Tuileries :) Vous voyez, je me suis vraiment sentie exister à ce moment là, entourée de personnes que j'aime et dans un cadre doux et ensoleillé, c'était merveilleux.
























Commentaires

  1. Les photos sont sublimes, et tu as raison, la lumière l'est tout autant, c'est très onirique :) J'ai un coup de coeur pour ta jupe, tout à fait le genre que j'aime :)
    Bisous ♥

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    1. Merci ma poulette je suis ravie que ça te plaise :) bisous !

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  2. Je ne connaissais pas du tout ce philosophe japonais, mais j'aime bien sa philosophie, un peu cartesienne mais en très grosses lignes! simple mais éfficace^^ la vie est fait des petits moments et si on les sent c'est parce qu'on vit donc on existe!

    sinon les photos sont trop jolies avec ces jeux de lumières! c'est compliqué d'avoir un jour de soleil sur Paris pendant l'hiver, tu l'as bien profité :)

    bisous

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    1. Je te conseille vivement de le lire si ça t'intéresse ! Au contraire, il a une démarche complètement opposée à Descartes puisqu'il accorde de l'importance aux phénomènes et non pas à la pensée, contrairement à Descartes qui lui fonde l'existence sur le simple fait de penser. C'est justement ça qui est passionnant puisque Watsuji Tetsurô sort de cette tradition occidentale, tout comme Heidegger, de tout fonder sur la pensée. C'est hyper important d'enfin donner aux phénomènes leur importance dans l'existence.

      Je suis bien contente que les photos te plaisent :) on a vraiment eu de la chance avec ce beau soleil et ça fait un bien fou !

      bisous !

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    2. merci des conseils! j'avoue je voudrais me remettre à lire un peu de philo, j'avais adoré étudier cela et le fait d'avoir un métier un peu scientifique m'a fait presque tout oublier. Je commencerai donc par Watsuji Tetsurô :)

      bisous

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  3. Cette jupe quelle tuerie je suis jalouse j'en veux une comme ça aussi !!!!
    Biz jeny

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    1. Mais toi qui habites dans le Sud tu devrais en trouver plein ! C'est une jupe provençale :)

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  4. Ah oui superbe ces photos, t'es sublime ma chérie et on voit bien l'amour qui transpire du photographe tant il sait te mettre en valeur :D
    bisous
    Aurélie

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    1. Haha t'es mignonne merci :) ben je ne sais pas si Nina a de l'amour pour moi mais on a une bonne complicité qui est vraiment agréable ^^
      bisous !

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  5. Les photos sont vraiment magnifiques !!!
    Bisous
    Ann'so M
    http://www.annsom-blog.com/

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  6. quel belle madonne
    un plaisir de venir ici et tu le sais , j'adore ma belle
    je suis toujours fan de ton travail
    gros gros bisous

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    1. Tu es adorable Chacha, tes petits mots me font toujours tellement plaisir :) après toutes ces années encore plus ! gros bisous !

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  7. Tu as toujours des tenues qui me fascinent. J'aime particulièrement cette jupe, elle est d'un romantisme! Les photos sont fantastiques, c'est là que je me dis : "mais pourquoi j'ai pas de photographe pro"^^'

    Ce fut un plaisir de lire ce post et cette réflexion sur l'existence :)
    Gros bisous!

    http://paulynagore.blogspot.fr/

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    1. Aww merci mille fois ma poulette <3 ah si tu savais, quand je mets cette jupe j'ai l'impression d'être Esmeralda, elle est juste dingue !
      Les photographes il y en a beaucoup, je suis sûre que tu peux trouver des gens de libres là où tu es ;)

      Bisous !

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  8. Ton article est splendide, tu es une très belle personne Matoushi, extérieurement c'est incontestable, et grâce à tes mots, tu nous permets de découvrir la personne brillante et poétique qui est en toi, merci !

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    1. Oh wow mais tu es adorable, merci beaucoup ! Ton commentaire me touche réellement énormément, et aussi depuis le temps que tu lis mon blog, c'est très précieux pour moi <3 gros bisous ma belle et rayonnante poulette !

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