Souvenirs de Marnie: la déception venue des studio Ghibli



La semaine dernière, pour une fois, je suis allée rapidement voir un film à l'affiche depuis peu. C'est à souligner parce qu'habituellement j'attends les derniers jours, voire la dernière séance, pour me bouger et aller voir un film qui me plaît (mouiii c'est de la flemme pure). Mais là, j'avais aucune excuse : c'est le dernier né des studio Ghibli, et peut être le dernier avant très longtemps.
Terrassée que j'étais après avoir entendu la retraite annoncée du grand maître Hayao Miyazaki, je suis allée voir Souvenirs de Marnie (de Hiromasa Yonebayashi) presque comme un pélerinage. Ghibli, c'est toute mon enfance, et même plus. C'est avec Ghibli que j'ai aimé le Japon, que je l'adore encore aujourd'hui, et le symbole Totoro s'est même retrouvé gravé dans mon cou.
Voilà donc les circonstances, un poil grandiloquantes, de mon arrivée dans la salle de cinéma, toute excitée, et parée pour deux heures de rêve...
Sauf que le rêve, ben je l'ai attendu deux heures, mais il n'est pas venu. J'ai cherché hein, le moindre geste, la moindre couleur, mais rien à faire. Souvenirs de Marnie, c'est un film mollasson, plein de bonnes intentions mais qui ne tient pas ses promesses.

Petit rappel du synopsis : Anna est une jeune fille de 12 ans, asthmatique, avec des problèmes relationnels, qui part chez son oncle et sa tante à la campagne pour respirer du plein air. Agacée de devoir cohabiter avec des étrangers, elle se réfugie dans sa passion : le dessin. Attirée par la vieille villa des marais, elle passe des heures à admirer sa façade, jusqu'au jour où elle rencontre Marnie, une jolie jeune fille pétillante. Cette rencontre va bouleverser sa vie... 

On retrouve les thèmes chers aux studios Ghibli : la jeune fille déphasée, triste, mal dans sa peau, rêveuse, qui se retrouve projetée dans un nouvel environnement qui au final va lui permettre de retrouver goût à la vie. Le tout saupoudré de mystère, de traditions japonaises, d'amitié et d'amour. 
Bon. Honnêtement, Ghibli c'est pas que ça, sinon ça s'appelle Disney et en ce qui me concerne, ça ne me fait pas rêver du tout (là j'ai conscience que je m'attire toutes les foudres des fans de Disney) (partez pas, aimons nous malgré nos différences).
Ghibli, c'est cette capacité immédiate à nous transporter dans un univers onirique plein d'espoir, de poésie, d'amour et de tolérance. Même si on ne connaît pas le Japon, même si on n'aime pas trop les dessins animés. Eh bien là, je n'ai pas trop retrouvé cette patte miyazakiesque. Le dessin était un peu simple, on retrouve le style de Miyazaki et Isao Takahata (l'autre fondateur de Ghibli, trop souvent injustement oublié), mais en moins précis, en moins fin. J'ai plusieurs fois trouvé le dessin un peu simplifié, brouillon, impersonnel. En fait ça faisait plus « on va faire comme le maître » mais sans y arriver. J'aurais préféré un dessin plus brut, plus authentique, je m'en fous au fond si ça ressemble au dessin de Miyazaki, ce que j'aime dans Ghibli c'est leur capacité à mettre des étoiles dans les yeux avec leurs histoires (non mais Le Voyage de Chihiro quoi !). Là, ça faisait copie du maître. La copie ne s'arrête pas là, car on sent bien trop nettement les bonnes intentions des dessinateurs, avec des références aux œuvres de Miyazaki toutes les minutes (j'exagère à peine). Hop on croise le papa de Mai et Satsuki dans Mon Voisin Totoro au détour d'une fête, le visage de l'héroïne est calqué sur celui de Satsuki, Marnie ressemble à Hauru dans Le Château Ambulant mais version cheveux longs, deux ou trois petites références à Ponyo dans la falaise, etc. Donc du coup, au bout d'un moment, ça fait plus film hommage à Ghibli que dernier film qui promet d'assurer la relève du grand maître. C'est mignon, mais ça donne l'impression de n'être que ça et c'est dommage.

Anna dans Souvenirs de Marnie

Concernant l'histoire, eh bien c'est un peu le même problème : à trop vouloir bien faire, le synopsis tire un peu sur la corde du larmoyant, du pathos, et sans mauvais jeu de mots, ça finit par être un peu pathétique... Pourtant il y avait du potentiel avec cette héroïne mauvaise tête qui n'aime personne (je me sens toujours concernée allez savoir pourquoi), et qui découvre qu'en fait tout le monde l'aime et que c'est même pas du chiqué. Mais les dialogues omniprésents et simplistes « personne ne m'aime ouin ouin ouin » « mais si je t'aime moi » « oui mais c'est pas vrai ouin ouin »  (là encore j'exagère à peine). Et conclusion finale : « oh mais en fait la vie c'est cool et tout le monde m'aime pour de vrai youpi youpla boum ! » avec quelques petites larmes de joie.



Bon.
Si ce n'était que ça, ça pourrait encore aller... Mais il y a des gros WTF. L'histoire est en fait tirée du livre If Marnie was there de Joan G. Robinson, une écrivaine anglosaxone (oui écrivainE parce que merde au sexisme de la langue française), que je ne pourrais pas explicitement décrire ici sans spoiler à fond toute l'intrigue, donc je vais essayer d'être habile. Du coup je ne sais pas si dans l'histoire originale les incohérences sont aussi présentes, mais dans le film ça m'a vraiment gênée. En fait, Anna, elle rencontre Marnie, une jolie jeune fille blonde. Qui ressemble comme deux gouttes d'eau à sa poupée de quand elle était petite mais ça n'a pas l'air d'être important puisqu'elle ne fait jamais le rapprochement, et que rien dans le film insiste dans ce sens là. J'ai peut être été traumatisée par The Doll Master, c'est même fortement possible, mais QUAND MÊME. Anna elle se pose même pas la question. Et dès qu'elle la voit, Marnie lui parle par son prénom et tout, elle lui dit qu'elle l'aime direct (au Japon c'est genre un truc qui se fait pas, mais pas du tout) et qu'elle est son secret et que leur rencontre est merveilleuse. Euh... oui mais non ? C'est pas super chelou une fille qui te parle comme ça à la première rencontre ? Oh ben non apparemment, Anna, la super anti sociale qui déteste les filles de son âge, ça la dérange pas. Elle lui répond même niaisement « oh oui toi aussi tu es merveilleuse Marnie je t'aime tu es mon secret ». Ce qui permet aux dialogues pendant l'heure et demie qui suis à se résumer à « Marnie ! » « Anna! » « Marniiiiiie ! » « Annaaaaa! » etc. « je t'aime ! » « moi aussiiiii ! » (cœur cœur, larmes, lumière rose sur l'eau).

J'exagère à peine. PREUVE.

Bon alors j'AVOUE, la fin m'a un peu émue, mais en même temps, les dialogues hyper pas évocatifs et la musique de violons + piano très fort, ça a un peu beaucoup conditionner mon émotion. (purée mais Joe Hisaishi revient ! C'est toi la musique des films Ghibli ! Irremplaçable!)
Et voilà le défaut majeur du film : il conditionne nos réactions. Il insiste trop. T'es émue ? Re-grosse couche de musique+lumière rose+câlins+sourire triste. Et je sais pas pour vous, mais quand je me retrouve dans un film qui m'oblige à être émue, ça m'énerve. J'aime ma liberté, et la possibilité de choisir ou pas d'être émue. Avec les Souvenirs de Marnie, t'es obligé(e) de te sentir ému(e). Du coup, ça foire, car en sortant de la salle, j'ai eu l'impression d'avoir été escroquée. (mon dieu ça y est je l'ai dit). Un peu comme quand tu essayes une robe qui te va pas et que la vendeuse te force à acheter, et en rentrant chez toi tu vois bien qu'elle te fait un gros cul et les seins qui tombent. 



Alors, oui, chez Hayao Miyazaki, c'est parfois un peu larmoyant. Mais c'est beau, parce que tu ne te sens pas obligé de larmoyer. Parce que tout le film est intense, et que la musique ne noie pas la beauté et la magie de l'instant. Parce que même quand ça finit bien, ton cœur est un peu pincé et la gorge un peu nouée, tant le film était prenant, tant tu as tremblé pour les personnages, tant tu t'y es cru à la place de Ashitaka qui combat la haine, Chihiro qui veut retrouver ses parents, Sophie qui veut rendre à Hauru son cœur. 

Souvenirs de Marnie, c'est beaucoup trop de bonnes intentions, et plus de place pour l'essentiel : l'authenticité.


Les studio ont-ils donc encore un nouvel avenir après Miyazaki et Takahata ? C'est mal parti, mais peut être si les élèves arrêtent de chercher à copier le maître, pour insuffler une nouvelle créativité dans ces studios qui nous ont tant fait rêver...

Commentaires

  1. je vais le voir dimanche avec mon fils j'espère qu'il aimera!

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  2. Mince du coup j'ai plus envie de le voir, j'attendrai la sortie en dvd. Merci pour ta critique franche je pense que je vais ressentir la même chose :/
    BIz Jeny

    Concours sur le blog * http://www.jenychooz.com/dotclear/index.php?post/2015/01/12/Concours-Lucie-Saint-Leu *

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    1. Ah ouais mais carrément attends la sortie DVD ! Miyazaki est parti, il faut se faire une raison...

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  3. "à trop vouloir bien faire, le synopsis tire un peu sur la corde du larmoyant, du pathos, et sans mauvais jeu de mots, ça finit par être un peu pathétique..."
    Je m'accrochais pourtant...je lisais cet article en me disant "naaan, elle exagère, je suis sur qu'elle exagère"...mais cette phrase m'a tuée ><. C'est dommage, ce film avait l'air tellement poétique, si plein de maîtrise au vue des bandes annonces...bon, je fais ma fille outrée alors que je sais que j'irais le voir tout de même. Mais grâce à ton article, ce sera avec moins d'attente que prévue, ça m'évitera une bonne grosse déception ;__;

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    1. Oui bon j'AVOUE, j'ai un peu exagéré. A la base je ne suis pas sortie aussi remontée contre le film. Mais curieusement, au fur et à mesure que j'écrivais mon article c'est l'agacement qui a pris le pas sur mes autres sensations. J'ai été vraiment déçue car j'attendais trop je crois, de ce dernier film de Ghibli. J'ai trop voulu retrouver Miyazaki: il est inimitable. Faut que je me fasse une raison ><
      C'est tellement dur d'arriver après son génie !
      Vas y sans attentes, comme un petit animé sympa qui fait larmoyer bien comme il faut, et ta déception sera moindre ;)

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  4. avis mitigé du coup !
    ok merci de ce retour
    bisous
    Ann'so M
    http://www.annsom-blog.com/

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    1. Oui, vraiment mitigé... merci de ta lecture Ann'so :)

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  5. hiromasa yonebayashi movies are amazing! also love your style xo

    http://fridaynightstyle.com/

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