Petite histoire d'un grand chapeau

Merci, Capitaine évidence


Aujourd'hui, comme promis (ah bon ?) je vais vous parler d'un accessoire de mode ultra célèbre depuis des lustres: le Panama. Clark Gable, Gene Kelly, Marcello Mastroianni, et d'autres immenses acteurs étaient inséparables de ce cultissime chapeau blanc à ruban noir.



Marcello Mastroianni
Anthony Hopkins dans le film Hannibal Lecter
(pas mes photos)

J'ai été frappé par la panamaïte aigüe il y a plusieurs années, en regardant Some like it hot avec Marilyn Monroe. Le milliardaire excentrique en porte un, et chose incroyable, j'ai trouvé ça absolument fascinant et magnifique (je fantasme sur les vieux à chapeau ou quoi ??).

Et depuis que mon n'amoureux m'en a offert un, je comprends l'engouement autour de ce chapeau: il est divin. Une fois vissé sur la tête on ne veut plus s'en séparer: léger, souple, protecteur, élégant, il habille n'importe quelle tenue. Il est si délicat et raffiné qu'on peut l'associer avec n'importe quoi sans avoir l'air d'un clown, et pourtant sa matière première assez simple lui donne un côté cool et vacancier, donc avec on a l'air chic et décontracté, vraiment le summum du style raffiné (selon moi hein, j'ai peut être des goûts bizarres mais bon...).

Quand je suis rentrée dans la chapellerie, j'ai tout de suite remarqué les Panama: en hauteur, dominant négligemment la populace plébéienne des autres chapeaux. Ils me narguaient de leur altitude, ma tête réclamant vainement d'en être coiffée. Puis la chapelière en descendit une bonne dizaine.
J'en essaye un, puis deux, puis... la magie opéra. A peine vissé sur ma tête, le chapeau cria victoire: ma tête était sienne, éperdument abandonnée à la domination de la paille équatorienne. J'en ai essayé d'autres, pour être sûre, pour ne pas me tromper, pour faire le bon choix. Mais c'était bien celui-ci qui voulait partager sa vie avec la mienne. Vaincue par sa domination incontestable, je le tendis à la chapelière: "c'est celui-ci". D'un air entendu, elle me le pris délicatement. "Attention mademoiselle, un Panama est un chapeau fragile". Comme toutes les diva séculaires, c'est évidemment un chieur. Ne jamais le laisser seul dans la voiture au soleil, le vaporiser délicatement d'eau pour le nettoyer, le prendre délicatement à deux mains, le poser sur la tête, le positionner d'une main, ne jamais l'empoigner... On ne possède pas un Panama, il accepte de nous envelopper de ses charmes et de sa classe seulement si on se plie à ses besoins.

Pour ça, tu vas mourir dans ton sommeil.


S'occuper de son Panama, y faire attention, c'est respecter le travail qui a été fourni pour sa création. Un Panama est tressé à la main en Equateur, et non à Panama. Il doit son nom aux ouvriers qui travaillaient au canal de Panama, car ils en portaient tous un.
Comme pour les dieux antiques, il existe un classement des Panama. Des petits dieux de maison aux immenses dieux supportant l'Univers, il y a des Panama simples et les complexes Panama. Ils sont tressés à partir de la fibre de jeunes palmiers d'Equateur, la finesse de tressage variant selon le Panama. Grossier, ils sont faits assez rapidement en une poignée de jours, avec des fibres mal dégrossies. Moyens, leur fabrication prend au moins une semaine, à l'aide de fibres finement filées. Et grandioses, ils sont créés en plusieurs mois, avec une fibre d'une finesse comparable à de la soie, et le prix comparable au SMIC français.
Autant vous dire que le mien ne relève pas de la dernière catégorie !

Pour tresser un Panama, femmes, enfants et hommes sont mis à contribution: ce chapeau est la fierté de l'Equateur, il existe même des écoles d'apprentissage pour le panama ! Il est tressé en bas d'un tronc d'arbre, le fabricant est penché, plié en deux, le dos courbé. Autant dire que c'est un travail long et épuisant. Pour fabriquer un Panama il faut énormément de patience (un chieur je vous dis !).




Une fois la forme de base tressée, il faut le modeler. Les panama traditionnels équatoriens sont ronds, et grands. Pour faire ceux que l'on connaît en Occident, ils sont envoyés en Italie puis modelés selon la mode d'ici. Il existe plein de tailles différentes, chacun peut donc trouver facilement la forme qui lui convient: à petits bords, bords moyens, bords grands, très larges, avec des coups de poings prononcés (ce sont les "bosses" sur les côtés), ou moins prononcés, etc. Le mien est un Panama moyen, avec des petits coups de poings car je trouve ça plus féminin. (il en existe même qui se roulent !)


Ci-dessus, différentes formes de Panama (pas mes photos).


Voilà pour l'histoire du Panama, maintenant il me reste à créer la mienne avec l'élu de ma tête...



Cadeau Bonus:

En cherchant des images sur Google pour illustrer superbement cet article fort intéressant (je m'auto-promotionne), je ne résiste pas à vous en livrer les perles:

Hum hum, mais oui certainement mon cher Watson
Bonjour mon mignon
Je suis une panthère, je suis une panthère (l'auto persuasion marche du tonnerre paraît-il)

Commentaires

  1. Superbe série de photos !! J'ai un sérieux coup de foudre pour les chapeaux en ce moment en plus :)


    XX Selma

    PS : viens jeter un coup d'oeil à mon blog si ça te dit ;)

    http://letmebewacky.blogspot.fr

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